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C'était lo nom du journal en question

OÙ l'on propage ainsi, dans la société, des opinions que soimême on n'aura plus le lendemain. Légèreté, incertitude, défaut de mission, déî'aut d'une science suffisante (et il faut tout savoir quand on parle de tout), sont-celà les marques auxquelles on connaît la justice? Les journaux sont la chaire drs opinion!^, c'est-à-dire de ce que je méprise. le plus; bien loin d'en faire, je cesse d'en lire. Les opinions tuent la vérité. C'est le mouvement du siècle, dit-on, il faut le suivre, ou combattre sur un champ de bataille sans ennemis. Que Dieu me préserve de suivre l'ennemi dans des marais où je m'embourberais avec lui ! Quand les Juifs é'aient emmenés en captivité, le prophète s'assit seul aux portes de la ville déserte, et il chanta des lamentations qui n'arrivaient aux oreilles ni des vainqueurs ni des vaincus. 11 vient des temps, dans la vie des nations, où il n'y a plus rien à dire aux hommes présents, où il faut se parler seul, et mettre ses livres dans les sépulcres, entre les pieds des morts, comme à Jérusalem on cacha le feu saint dans un l)uits. 11 vient des temps où Caton doit déchirer ses entrailles, afin que, son épée ne pouvant plus combatire, son sang parle à des pfénérations meilleures que celles qui l'ont vu mourir. Il vient des temps où le .«^alut est à périr. Ministre des seules vérités perpétuelles et universelles, jamais, jamais je n'annoncerai aux hommes des opinions, jamais je ne leur annoncerai la vérité du môme lieu où on amuse leur oisiveté par les jeux de l'esprit. Ames fidèles, nous nous consolerons entre nous de notre mieux, et ceux qui le pourront prépareront, en philosophie et en théologie, la double ou l'unique révolution dont ces deux sciences ont besoin pour ne pas perdre d'autres races.

J^es journaux sont funesîes aux talents. Ils épuisent, par des études sans suite et des productions rapides, des esprits qui ne sont point encore formés. On s'habitue à jeter ses pensées dans un cadre rétréci; on fait des pages et encore des pages; on prend un style saillant, qui est bon dans une colonne et déplacé partout ailleurs. Je suis convaincu que la facilite d'écrire dans les journaux est la cause de notre médiocrité littéraire actuelle, et que beaucoup déjeunes gens y perdent tous les jours la part de génie que la Providence leur avait confiée. Il faut d'abord allumer son feu avant de disperser sa l)raisc chez ses voisins.

En troisième lieu, un journal rédigé entre plusieurs ne peut pas avoir une doctrine li\e. La raison, appliquée à chaque événement et à chaque livre, rectifiera quelques fausses idées ; elle ne procurera point de mouvement. Nulle révolution intellectuelle ne s'est opérée que par un principe mis en avant et poussé dans toutes ses conséqtieuccs; ainsi le Christianisme,

ainsi la Réforme, ainsi chaque secte philosophique d'autrefois.

Si je faisais un journal, je soutiendrais plutôt le culte du bœuf Apis, que de soutenir des universalités sans couleur. Le temps de la raison n'a jamais existé ; il n'existera jamais.

Je conçois Bayle faisant son journal à lui seul ; c'est une manière d'imprimer ses livres et de les faire lire. Le Globe a l)ien senti ma pensée, ou je sens bien la sienne; ils ont créé pour religion une espérance ; ils errent sur l'Océan, comme ce Christophe, et, en attendant qu'ils puissent crier terre, ils s'amusent à tirer des oiseaux de passage.

Venons à mon caractère. Je ne peux pas faire deux choses à la fois; et me demander le petit bout de mon doigt, c'est me demander depuis les pieds jusqu'à la tète.

Ajoutez, mon cher ami, (ju'un prêtre, plus que jamais, doit se cacher et demeurer étranger à tout ce qui n'est pas la religion. On ne croira que trop à mon désir de paraître, sans que je donne occasion de Je penser. L'obscurité, une longue obscurité, de petites places, du loisir, voilà ce que j'aime et le plan que je me suis fait.

Je suis prêtre et ne serai jamais que cela; je suis prêtre, et c'est par moi-même que j'étudie les devoirs de mon état. Je ne donne rien à l'usage avant la réflexion, et vous savez que l'esprit d'imitation n'a jamais été mon défaut i.

Tout n'est pas faux, tout n'est pas à dédaigner dans l'appréciation que fait ici Lacordaire de cette « aflaire inique » qu'est le journal. Le portrait qu'il en trace est plutôt le portrait du journal à son époque que celui du journal idéal.

Mais y a-t-il bien d'abord un idéal du journal? L'idée est sujette à discussion : car il nous semble, d'après l'expérience et l'histoire, que le journal a bien varié suivant les époques, les pays et les journalistes eux-mêmes. Les uns veulent en faire le véhicule d'une pensée, d'une doctrine; les autres n'y voient qu'une « chaire des opinions » diverses et contradictoires successivement énoncées; d'autres une sorte de kaléidoscope — soyons modernes, de cinématographe — faisant défiler sous les jeux des lecteurs la vue des faits et nouvelles du monde entier; d'au-

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