‹ Lacordaire journalisteChapitre 100 sur 114 · LACURDAIKK .1 OUH XA L 1 ST E · texte numérisé non relu

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accusations que chaque jour ils imaginaient contre eux. On alla jusqu'à noircir leur vie privée. Enfin, dans un livre, imprimé à Avignon avec la permission du maître du sacré palais ils ont été traités comme des novateurs à la façon de Luther; et l'auteur y déclare qu'il ne faut pas interpréter leurs pensées d'aprèsleurs paroles, i)arce qu'elles manquent de sincérité.

Cependant, et ceci est digne de remarque, tandis que chaque jour les rédacteurs de rAî;e?2ir développaient leurs pensées, tandis que chaque jour leurs ennemis accusaient leurs doctrines et leurs intentions, pas une seule proposition ne fut notée par un évêque. 11 semblait, d'une part, que l'Église fût menacée et, d'une autre part, nulle voix ne signalait aucun danger précis.

Pour expliquer cette étrange situation, il faut remonter aux causes de l'opposition rencontrée par les rédacteurs de V Avenir. 11 y en avait deux principales : l'une politique, l'autre théologique. Les partisans de la branche des Bourbons, tombée du trône, en voyant paraître un journal qui défendait la religion, sans défendre l'ancienne dynastie, qui même s'expliquait avec franchise sur les fautes de la Restauration, se persuadèrent qu'il serait un obstacle à leurs desseins. Ils eurent peur que leur cause ne perdît l'appui du clergé; et comme cet appui leur semblait essentiel, ils apportèrent à ruiner l'Avenir dans l'opinion tout le soin et toute l'ardeur que mettent les partis à renverser un obstacle. De là cette haine inconcevable et poussée à celte extrémité d'appeler hérétiques et schismatiques des hommes qui ne cessaient de prouver leur attachement à l'unité, et dont plusieurs l'avaient prouvé par des travaux précédents durant de longues années. D'un autre coté, quoi(jue le gallicanisme dogmatique fût détruit en France dans la grande majorité du clergé, il en restait encore des traces; et, de i)lus, le gallicanisme pratique, c'est-à-dire la longue habitude d'un certain ordre social fondé sur la théorie gallicane,

faisait quo ceux même qui avaient sacrifié logiquement le principe, vivaient encore sous l'empire des choses créées. Or la séparation de l'Église et de l'État attaquait le gallicanisme pratique ; c'était la mise en action des doctrines romaines dans une société où des doctrines contraires avaient régné pendant plusieurs siècles, et venaient à peine de périr sous une controverse de dix années.

Comment une telle tentative n'aurait-elle pas soulevé des passions théologiques déjà aigries? 11 s'agissait de voir la pratique changer après les principes, et l'on pouvait espérer, dans un dernier combat, de regagner ce qui avait été perdu. De là cette persécution exercée, dans l'ombre des séminaires, non pas seulement contre la partie politique des doctrines de VAvenir, mais, il faut le dire hautement, contre toutes les doctrines soutenues par M. l'abbé de La Mennais. De là ces accusations étonnantes de schisme, d'hérésie, afin que la haine qu'on appelait sur la personne de l'auteur, retombant sur ses écrits, tous fussent également réprouvés. Nous l'affirmons, il n'y a aujourd'hui en France qu'une seule question, une question où tout est indivisible, les choses et les personnes; et cette question la voici : La société de Louis-XIV, et les doctrines gallicanes qui en sont la suite et la base, ressusciteront-elles, oui ou non?

Les rédacteurs de VAvenir, affligés de l'opposition qu'ils rencontraient, mais effrayés et affligés à cause de l'Église et non à cause d'eux, firent ce que la foi et de saints exemples leur inspiraient. Dès le 2 février 1831, le jour même que le choix de Dieu donnait à l'église Grégoire XVI, ils signèrent à Paris une exposition des doctrines professées par eux. Elle devait être immédiatement envoyée à Rome, et mise aux pieds du Saint-Père. Elle fut en effet confiée par un député à M. Sébastiani, ministre des affaires étrangères qui s'était engagé à la faire parvenir par l'ambassade. On n'a su que très tard qu'il n'avait pas jugé convenable ou possible de faire cet envoi. Lorsque

les rédacteurs de l'Avenir en furent instruits, leur position était encore devenue plus grave; car on parlait de condamnations, et mille bruits circulèrent auxquels on ne craignait pas de mêler le nom du souverain pontife. Étaitce avecou sans fondement? Les rédacteursde VAveiii)' résolurent d'éclaircir ce doute et de venir à Rome même, aux pieds du successeur de saint Pierre, en chercher la solution. Après treize mois de combats pour la religion, ils suspendirent avec douleur mais avec confiance en Dieu, la publication de l'Avenir; et nous quittons, disaient-ils aux catholiques de France, nous quittons un instant le champ de bataille pour un autre devoir également pressant: «Le bâton du voyageur à la main, nous nous acheminerons vers la chaire éternelle, et là, prosternés aux pieds du pontife que Jésus-Christ a préposé pour guide et pour maître à ses disciples, nous lui dirons: 0 père! daignez abaisser vos regards sur quelques-uns d'entre les derniers de vos enfants, qu'on accuse d'être rebelles à votre infaillible et douce autorité. Les voilà devant vous, lisez dans leur âme; il ne s'y trouve rien qu'ils veulent cacher. Si une de leurs pensées, une seule s'éloigne des vôtres, ils la désavouent, ils l'abjurent. Vous êtes la règle de leurs doctrines; jamais, non jamais ils n'en connurent d'autres. 0 père! prononcez sur eux la parole qui donne la vie, parce qu'elle donne la lumière, et que votre main s'étende pour bénir leur obéissance et leur amour. » {Avenir du 13 novembre 1831.)

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