‹ Lacordaire journalisteChapitre 101 sur 114 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

De ce qui vient d'être dit il résulte :

1. Que sans l'action des catholiques indépendants de tout parti politique et de toute influence de pouvoir, la religion catholique serait privée en France d'un genre de défense dont elle a besoin dans les circonstances présen-

tes. Car les évêques, dans l'état d'isolement, de dépendance et d'asservissement où on les a placés, n'osent pas et pourraient à peine oser prêter à la religion ce genre de secours que la situation actuelle réclame. Elle se verrait donc abandonnée aux attaques sacrilèges et aux envahissements du pouvoir, à la haine de la majorité des Français et au danger d'un schisme futur;

2. Que la position de ces catholiques indépendants, heureuse à l'égard du pouvoir qui ne peut absolument rien contre eux, est devenue au contraire difficile, à l'égard de ceux sur lesquels ils doivent exercer leur action, attendu que les intrigues gallicanes, jointes aux intrigues purement politiques, ont réussi à les rendre suspects à l'autorité religieuse. En deux mots, l'action des rédacteurs de VAcenir, ou, si l'on veut, de toute autre association agissant dans le même sens, est indispensable pour le maintien du catholicisme en France, cette action ne peut obtenir un vrai succès si elle n'estpas soutenue parle Saint- Siège. C'est donc dans le seul intérêt de la religion catholique, et non dans aucun intérêt personnel, que les rédacteurs de l'Avenir ont entrepris le voyage de Rome, et sont venus aux pieds de Sa Sainteté. Ils ne demandent rien que de pouvoir se dévouer, au prix de tous les sacrifices, à la sainte cause de l'Eglise et de la religion. A cet effet, ils osent supplier Sa Sainteté. 1° Qu'afin de dissiper le soupçon d'erreur répandu contre eux, elle daigne faire examiner V Exposition de leurs doctrines, qu'ils déposent à ses pieds, et que si cette exposition ne contient rien, sous le rapport théologique, de contraire à la sainte doctrine de l'Église romaine, Sa Sainteté ordonne que cela soit déclaré de la manière qui lui semblera convenable; 2° Qu'afin de mettre les rédacteurs de V Avenir et les membres de l'Agence Catholique à mêuie de continuer leur action, si le souverain pontife le juge utile à la religion, il plaise à Sa Sainteté de faire connaître que n'ayant rien de contraire aux principes catholiques, elle ne peut,

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par cela même, être l'objet d'aucune desapprobation. Mais pour acquitter pleinement leur conscience, les rédacteurs de l'Avenir se croient obligés encore à soumettre humblement au chef de l'Église quelques observations, fondées sur la connaissance particulière qu'ils ont de l'état de choses et des esprits en France. Et, premièrement, à l'égard des doctrines professées dans l'Avenir, soit que le souverain pontife les approuve, soit qu'il les condamne, son jugement ne rencontrera pas la plus légère opposition, parce que quiconque oserait se permettre une pareille opposition serait à l'instant repoussé avec un sentiment d'horreur par le corps entier des catholiques; tandis que le silence du Saint-Siège aurait pour effet d'affaiblir le courage de ceux qni lui sont dévoués, de jeter dans l'indécision un grand nombre d'esprits, de détourner leurs pensées de Rome, d'ouvrir un vaste champ aux craintes, aux doutes, aux réflexions tristes et dangereuses, en même temps que le gallicanisme redoublerait ses efforts pour coriompre l'enseignement, et pour l'imposer comme une obligation de conscience à la jeunesse des séminaires, en vertu même de l'obéissance due aux supérieurs ecclésiastiques : et, ainsi qu'on l'a dit dans ce Mémoire, c'est ce qu'on voit déjà. Secondement, à l'égard du système de conduite adopté pour la défense de la religion, il n'est pas moins à craindre que le silence du Saint-Siège n'en fût regardé comme la condamnation; ce qui aurait deux conséquences: la première, qu'il serait désormais impossible d'opposer aucune résistance aux oppresseurs de l'Église, et le mal dès lors croîtrait avec une rapidité incalculable; la seconde, que cette immense partie de la population, qui, en France et dans les pays circonvoisins, était devenue l'ennemie du catholicisme parce qu'elle le supposait incompatible avec les libertés civiles, et qui commençait à s'en rapprocher depuis la publication deV Avenir, se persuadant que les principes établis dans ce journal sont désavoués à Homo, s'éloigneraient de la religion, et

avec plus de haine que jamais. Déjà les journaux du libéralisme en Belgique se sont ouvertement expliqués à ce sujet, et le plus grand obstacle qu'on ait trouvé dans le libéralisme français, pour le faire concourir à la défense des droits des catholiques, est la croyance réelle ou feinte que YAvenw exprimait des opinions sur lesquelles on ne pouvait fonder d'alliance solide, parce qu'elles étaient opposées aux doctrines de Rome.

Voilà ce que nous avons dû représenter pour acquitter nos âmes envers Dieu. Le souverain pontife jugera dans sa siigesse: et maintenant, pleins d'amour pour lui et dociles à sa voix comme de petits enfants, nous nous prosternons c\ ses pieds, en implorant sa bénédiction paternelle.

Rome, 3 février 1832.

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