DE L' « AVENIR » A L' « ÈRE NOUVELLE
Aux heures d'aCfaisscment qui suivent d'énergiques efforts non couronnés de succès, ne nous sommes-nous pas sentis portés à jeter un regard vers le passé? Notre sort nous émeut, et, d'instinct, en le comparant à celui de nos devanciers, nous le trouvons autrement digne de la compassion des foules. Il ne nous semble pas que leurs combats aient été aussi héroïques, ni leurs meurtrissures aussi cuisantes : les hommes pour eux furent moins injustes et la Providence plus douce mère.
Peu à peu, néanmoins, le calme se fait dans notre esprit; nos pleurs séchés ont rendu à notre regard sa clarté, nous voyons mieux et nous jugeons plus sainement et' notre nouveau jugement vient détruire le premier.
Ce que nous subissons, nos prédécesseurs l'ont subi, les coups qui nous ont frappés ont broyé leurs épaules, le sang qui marque la trace de nos pas, c'est leur sang mélangé au nôtre, comme les luttes que nous avons livrées n'ont été que la répétition, souvent amoindrie, des leurs.
Comme ils ont fait, nous devons agir.
Ont-ils été obligés de briser leur plume ou de taire leur parole : ils en ont profité, dans le silence et dans l'étude, pour se préparer à de futurs combats, et, en attendant l'occasion favorable, ils perfectionnaient leur méthode et leurs armes.
C'est ainsi, du moins, que Lacordaire en usa, dans le
repos forcé que lui procura la Providence, après la disparition de VAve7iir.
A quoi va-t-il se résoudre? II reprendra tout simplement cette vie de tranqu'llité qu il avait abandonnée pour se lancer dans la mêlée; il la reprendra même avec une certaine joie : « Je vais d'abord reprendre ma petite p'ace de chapelain de la Visitation, que j'avais en i828 et d829, et qui est devenue vacante par le décès du pauvre jeune homme auquel je l'avais cédée. C'est un endroit charmant pour moi. Là, modestement et tranquillement, je laisserai passer ce reste d'orage, dont j'ai ma grosse part sur la tête; je laisserai s'éteindre les préventions, je préparerai des travaux oratoires et un ouvrage où je compte faire le parallèle de l'Église et du monde en ces temps-ci, et oii je reprendrai une foule de questions dans un esprit conciliateur ^ »
Ne fit-il point aussi le rêve d'aller se retirer au fond d'une campagne et d'3^ consacrer sa vie à l'évangélisation des humbles? « Je veux, disait-il, aller m'ensevelir au fond d'une campagne, ne plus vivre que pour un petit troupeau d'hommes, trouver toute ma joie en Dieu et dans les champs. On verra bien que je suis un homme simple et sans ambition. Adieu les grands travaux! adieu le renom et les grands hommes ! J'en ai connu la vanité et je ne veux plus*quc vivre obscur et bon -. )>
Retiré au numéro 6 de la rue Neuve-Saint-Etienne-du- Mont, au pied de la montagne Sainte-Geneviève, il y vivait avec sa mère, qui était venue une seconde fois partager sa solitude.
A aucun prix il ne consent à se remettre dans la presse. « Je n'ai pas voulu, écrivait-il, rentrer dans la carrière du journalisme. J'ai fait mon temps de service, quoique court, et j'ai reçu assez de blessures pour être réputé in-