‹ Lacordaire journalisteChapitre 29 sur 114 · Lettre à Mme Schwetchine, 26 juin · texte numérisé non relu

Lettre à Mme Schwetchine, 26 juin

On le réclame du reste partout pour rédiger des journaux: « ... M. l'évoque de Nancy ne me prend-il pas à part l'autre jour, pour me proposer sérieusement d'écrire dans la Gazelle de France, dont M. de Genoude continue à être rédacteur et se propose de faire une petite sainte t Je n'ai pas accepté, comme vous le pensez bien, et cela m'a fait le pendant d'une autre proposition qu'on me faisait dernièrement, celle d'écrire dans la Mode. »

Lettre à Mme Schwetchine, 4 octobre 1834.

plein de troubles, de changements, d'erreur, de doutes... Que de projets sur le chemin ! Que de questions résolues tantôt dans un sens et tantôt dans un autre ! J'ai été sur le point d être jésuite, sur le point de m'établir en Pologne, sur le point d'aller en Amérique (sais-je tout ce que j'ai pensé et tout ce que j'ai voulu?) 11 y a en moi quelque chose d'énergique et de soudain. Et, toutefois, il y a aussi un fond de raison froide, persévérante, qui navigue en moi tout au travers de mes tempêtes et qui, enfin, m'a mené au port, avec la grâce de Dieu... ^ »

La voilà, la vraie raison : brûlé du désir intense de consacrer sa vie à la défense de l'Église et de la liberté, Lacardaire ne savait encore quelles armes il lui serait donné d'employer, ou la plume dons le journalisme, ou la parole dans la prédication. Au moment oii nous en sommes arrivés de sa vie, la Providence parut lui avoir indiqué sa voie. 11 avait, en effet, admirablement réussi dans la série des conférences inaugurées par lui au collège Stanislas, le 19 janvier de cette année 1834, et il sentait bien que là, vraiment, était sa vocation. On comprend, dès lors, qu'il hésitât à reprendre le « travail décousu » du journalisme. Son hésitation, néanmoins, fut d'assez courte durée, et il écrivit à M. Foisset pour lui faire connaître sa décision.

« J'ai entièrement abandonné la pensée d'écrire dans les journaux pour la défense de la religion. Les journaux sont de deux sortes, quotidiens, ou paraissant en forme de Revue à des époques plus ou moins éloignées. Les journaux quotidiens ne peuvent avoir un aliment suffisant que dans la politique, et la rapidité qu'exige leur composition entraîne tous les inconvénients de la précipitation. \.' Avenir, si reniarqual)le qu'il ait été par le talent et l'originalité, en est une preuve sans répli<|ue ; et s'il eût vécu plus longtemps, la lassitude de ses rédacteurs l'eût bientôt relégué au rang des feuilles ordinaires. Il a péri par l'impossibilité de faire une telle œuvre avec sang-IVoid, avec sagesse, avec impartialité, et sans se jeter dans le torrent

1 Lettre à M. Foisset, 15 août 1834.

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bourbeux des afl'airos les plus humaines. D'ailleurs, les journaux perdent tous les jours dans l'opinion publique; c'est une arme trop salie, et qui n'aura jamais d'îclat que dans ces moments périlleux où une nation peut è(re remuée de fond en comble, et jetée dans la guerre civile ou la guerre extérieure. L'Église, toujours calme et maîtresse d'elle-même, doit se défendre par d'autres voies, si ce n'est peut-être au moment d'une persécution, d'un schisme ou de quelque grande catastrophe; alors il y a un aliment suffisant et glorieux à ces combats de chaque jour. En ce sens, V Avenir avait paru très à propos. Remarquez encore que l'Église se gouverne de havt en bas nécessairement, et par suite de sa constitution divine; et que les journaux, au contraire, s'ils ont une véritable influence, introduisent un gouvernement de bas en haut; il faudrait, pour éviter ce danger, que l'épiscopat fit un journal, ce qu'il ne fera jamais. L'exemple de l'Irlande et des États-Unis ne prouve pas contre cette thèse; car ces deux pays sont dans le cas d'exception que je signalais plus haut, et, le cas échéant, je ne craindrais pas de me mettre, pour un temps donné, à la tète d'une feuille quotidienne.

Restent les Rfvves mcnnicHes. Ici c'est autre chose. Une revue où. tous les catholiques savants et sachant écrire déposeraient leurs pensées surabondantes, et répondraient aux attaques de l'ennemi, serait une excellente chose. Là il n'y aurait ni précipitation, ni passions, ni embarras politiques. Mais les éléments de cette Revue manquent aujourd'hui. M. de Lamennais, perdu comme point de ralliement, est encore un obstacle à l'union. Tous ses anciens amis se groupent diversement, et le chef, nécessaire partout, manquerait à cette œuvre. Y a-t-il quelque chose de pitoyable comme cette Revue européenne, où M. Hallanche, le premier des hérétiques modernes, puisqu'il nie l'éternité des peines, et qu'il est plus qu'origéuiste, écrit et est donné comme catholique, où M. d'Eckstein, qui va sans cesse prônant l'émancipation du siècle et de la raison, est un oracle? Mon ami, tout cola dégoûte; ce n'est autre chose que la dissolution du parti fJe M. de Lamennais dans ses diverses branches; c'est la fin des quinze dernières années. Il n'y a là ni vie, ni espérances, ni sagesse, ni compréhension de l'Église et de ses doctrines. C'est un pot-pourri misérable ^ »

Ce n'est pourtant pas un adieu définitif qu'il adresse au journalisme. Viennent les temps « d'exception « ou « ces

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