‹ Lacordaire journalisteChapitre 30 sur 114 · Lettre à M. Foissot, 28 août · texte numérisé non relu

Lettre à M. Foissot, 28 août

moments périlleux où une nation peut être remuée de fond en comble, et jetée dans la guerre civile ou la guerre religieuse » nous verrons à nouveau Lacordaire « se mettre, pour un temps donné, à la tête d'une feuille quotidienne. ))

Durant ces tergiversations explicables et compréhensibles, il n'avait pas oublié le chemin des rédactions. Le 2 mai -1834 paraissait, dans VUiiivers religieux, un article de lui intitulé : De l'état actuel de l'Église de France.

Il commençait ainsi : « Il y a trente-quatre ans, l'Église de France ne présentait plus aux anges et aux hommes qu'une vaste ruine. » L'auteur montrait ensuite l'impuissance doctrinale du dix-huitième siècle personnifié dans laRévolution française, puis le Concordat et le Sacre. Il faisait voir qu'en 1830, faute d'une doctrine religieuse quelconque qu'ils pussent donner au peuple, les vainqueurs furent obligés de laisser la France jouir tranquillement de la religion véritable, que le dix-huitième siècle s'était cru si sûr d'anéantir. Il dit que « sortie de ses cendres toute jeune et toute vierge, l'Église de France n'avait plus à vaincre qu'une erreur usée par la victoire, » mais que, par malheur les esprits y étaient profondément divisés sur des questions de la plus haute importance, et en particulier sur l'enseignement de la philosophie. Lacordaire imputait à bon droit cette division à M. de Lamennais, à son système sur la certitude et à l'école qu'il avait fondée. Il en prenait occasion pour faire cette déclaration solennelle : « Hier encore, l'école dont nous parlons, subsistait; affaiblie et divisée par une parole du Siège Apostolique, elle avait néanmoins conservé un chef et des disciples. Aujourd'hui, nous pouvons annoncer que cette école, que nous avions quittée depuis longtemps, n'existe plus ; que toute communauté de travaux est rompue entre ses anciens membres, et que chacun d'eux, fidèle à ce que son cœur lui demandera d'égards envers le passé, ne connaît d'autre guide que l'Église, d'autre be-

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soin que l'union, d'autre aml)ition que de se presser autour du Saint-Siège, et des évoques que sa grâce et la miséricorde divine ont donnés à la France. »

L'importance de ces lignes n'échappera à personne quand on se rappellera qu'elles furent écrites peu de jours après l'apparition des Paroles d'un croyant.

Lacordaire ne se contenta pas de trancher ainsi le lien qui l'avait uni à Lamennais : il le voulut faire d'une façon plus éclatante. C'est alors qu'il publia ses Considérations sur le système phisosophique de M, de Lamennais^ .

Analyser cet ouvrage ne rentre pas dans le cadre que nous nous sommes tracé : nous n'en parlons que pour relater une polémique à laquelle il donna lieu entre le baron d'Eckstein et Lacordaire.

Le baron d'Eckstein fit, dans la France catholique, une critique acerbe du livre de Lacordaire, et attaqua personnellement ce dernier. Il lui reprochait « de battre sa nourrice, de se donner la discipline sur le dos de son maître, » au moment où tout le monde jetait la pierre à ce dernier. 11 lui dit qu'il était « trop jeune, léger, pétulant, irréfléchi, mobile, *sans compréhension philosophique, » qu'il abjurait « complètement la raison humaine, » et qu'il rompait violemment « le lien de la science et de la foi; » il lui accorda toutefois qu'il n'était pas de la sacristie, « un de ces noms odieux, dit M. Foisset, que les partis sont si habiles à inventer pour rendre odieux leurs antagonistes, mais qu'un adversaire loyal ne profère jamais '. »

La réponse de Lacordaire ne se fit pas attendre ^ : elle est verte, mais digne. « J'y ai mis le plus de simplicité et le plus de sincérité que j'ai pu, écrit-il à madame Schwetchine, mais je crains d'avoir mal trouvé la mesure, tant que vous ne m'aurez pas rassuré *. »

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