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Lettre à un religieux, 3 mai 18i

2. Voici on quels tennos l'Univers du 5 mai 1848, rond compte de ces dômonstratioiis onthousiastos.

« La journée a été boUo pour le P. Lacordaire, pour l'Église dont il est le ministre, et pour les ordres religieux dont il est

Durant le peu de jours qu'il siégea à TAssemblée nationale, Lacordaire ne prit que deux fois la parole.

Ses biographes nous semblent avoir laissé trop dans l'ombre cette phase de sa vie. Sans doute ils ont pensé que, mise en lumière, elle n'ajouterait rien à sa gloire : certains même ont cru qu'elle l'amoindrirait, prétendant que l'illustre dominicain n'avait pas transporté h la tribune parlementaire sa brillante éloquence de la chaire.

Nous ne discuterons pas leurs raisons; mais il nous sera bien permis de dire qu'il vaut mieux oublier la forme oratoire, pour ne voir que la pensée et la noblesse des sentiments qui l'ont dictée.

^ Aussi rapporterons-nous m extenso le compte-rendu de

parmi nous le représentant le plus populaire. Le dominicain s'est présenté au sein de l'Assemblée nationale, où l'avait apl)elé le libre suffrage de deux cent mille Français. Il y est entré revêtu de cette robe ])lanche du Frère Prêcheur qu'il a ramenée parmi nous. Son élection a été validée sans la moindre opposition, et son costume monacal n'a pas soulevé le plus léger murmure dans cette assemblée, où siégeaient cependant M. Dupin et M. Isambert.

» Mais ce n'est pas tout. Lorsque l'Assemblée nationale tout entière s'est transportée sur le péristyle du Palais-Bourlwn pour y proclamer la République devant le peuple et la garde nationale, le P. Lacordaire est descendu, accompagné de M. l'abbé de Cazalès, grand vicaire de Montauban, jusqu'à la grille, qu'assiégeaient les flots pressés de la i)opulation parisienne. A la vue de l'éloquent religieux et de sa robe monastique, ce peuple généreux l'a salué de ses acclamations. Le P. Lacordaire a échangé des poignées de main et des embrassements^avec une foule de citoyens et de gardes nationaux, et il a été ramené comme en triomphe jusqu'aux portes de l'enceinte législative.

» A la fin de la séance, en quittant l'asseml)lée i)ar la rue de Bourgogne, il a dû traverser les rangs d'une comi)agnie de la dixième légion, qui, en le voyant, a fait entendre le cri do: Vive le P. Lacordaire!

» On peut le dire: à dater de ce jour les lois oppressives que nous avons si longtemps combattues, et que tous les d(;spotismes ont tour à tour évoquées contre la conscience, contre la sainte liberté de la pénitence et du dévouement, ces lois sont abrogées par le fait ; elles sont tombées frappées à mort par lo courage du moine et parles acclamations du peuple! La seconde Réi)ublique a réparé aujourd'hui l'une des phis odieuses iniquités de son aînée. »

LACORDAIRE JOURNALISTE il

ces débats, qui valurent alors à Lacordaire les félicitations et les éloges et firent regretter, plus tard, à beaucoup, qu'il n'eût pas cru devoir conserver son siège de député.

La première fois qu'il monta à la tribune ^ il s'agissait de savoir si TAssemblée nommerait elle-même directement les ministres intermédiaires jusqu'à la constitution définitive du pouvoir exécutif ou si elle confierait ce mandat à une commission permanente et responsable de cinq membres. Ce dernier parti donnait chance aux membres de l'ancien gouvernement provisoire de ressaisir l'autorité, sous le contrôle de l'Assemblée. Le P. Lacordaire, dans un but de conciliation, appuya cette opinion de la minorité. Le rapporteur concluait à la nomination directe.

Voici le compte-rendu que nous trouvons dans Y Ère nouvelle :

M. JcLES Favre, dans un discours qui produit une vive impression sur l'assemblée, soutient le système contraire à la majorité de la commission et demande une commission exécut ve. Quant à moi, dit-il eu terminant, ce n'est pas au nom de l'autorité, c'est au nom du repos de mon pays, c'est au nom des principes, au nom de la révolution que je vous conjure de ne pas vous faire illusion sur la gravité de la situation, do constituer un pouvoir énergique, et de ne pas semer dans votre scrutin la défiance et la peur, car vous recueilleriez l'anarchie et les tempêtes. {Approbation mir j)lusiciirs bancs )

Le p. Lacordaire. — Citoyens représentants, les raisons qui viennent de vous être présentées pour nommer une commission executive sont, dans mon opinion, d'une telle évidence, d'un tel poids, d'une telle nécessité, en quelque sorte, que je ne monterais pas à cette tribune, et qu'après avoir entendu le citoyen préopinant, je ne serais pas descendu de mon banc; et ma conviction, si elle avait pu hésiter encore, serait en ce moment décidée et parfaite.

Mais j'avais demandé la parole parce que le citoyen qui l'avait avant le préopinant disait qu'au fond ce n'était pas les principes qui étaient débattus, mais que sous les principes il y

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