‹ Lacordaire journalisteChapitre 46 sur 114 · Séance du 9 mai · texte numérisé non relu

Séance du 9 mai

avait clans les discussions, lelles qu'elles se passent au fond des consciences, d'autres motifs qui faisaient qu'on ne voulait pas d'une commission executive, mais qu'on voulait d'un pouvoir purement raiaidériel sorti du secret, du foni mj'stérieux de l'urne électorale; c'est parce que l'on a dit cela que je suis monté à la tribune. {Mouvement d'attention.) Et c'est précisément à cause de celle pensée secrète qu'indépendamment des derniers motifs qui viennent d'être exposés, je voterai pour une commission executive. Et si la discussion ramène la proposition du citoyen Dornès telle qu'il l'avait signée avec nous, les noms qu'il avait présentés et signés, moi aussi je la voterai et la signerai. {Très lien! très lien!)

Pourquoi cela? C'est qu'au fond, bien que nous soyons des républicains, que nous ayons tous acclamé la République dans cette enceinte et à la face du peuple français qui nous regardait, qui nous écoutait, qui mêlait ses applaudissements aux nôtres; si cela est vrai que nous sommes tous républicains, cependant, quant à moi, je déclare que je suis républicain nouveau; je déclare qu'avant le 24 février j'étais monarcliiste, que je n'étais pas républicain, et par conséquent je comprends très bien qu'ayant des aînés et des anciens dans la République, il ne me convient pas, à moi si jeune dans cette opinion, et qui n'ai pas encore fait mes preuves, d'écarter mystérieusement ou publiquement ceux dont la pensée a devancé la mienne, {Très bien ! très lien! Longs applaudissements), ceux qui ont obtenu par le combat ce que moi-môme j'entrevoyais à peine dans le lointain des choses possibles et d'un avenir inconnu.

Ainsi je veux que ceux qui m'ont précédé dans cette opinion triomphante, que ceux qui ont été l'avant-gardede la victoire, et qui l'ont payée par des angoisses, sinon de leur sang, je veux (|ue leur nom ne soit pas écarté. Je n'approuve pas tout ce qui a été fait, qui est-ce qui approuve tout ce qu'un gouvernement fait ! Mais de ce que je n'approuve pas, de ce que dans les nécessités publiques il y a des actes dont nul citoyen qui n'est pas au timon des affaires ne doit prendre la responsabilité, il ne s'ensuit pas moins que je reconnais les droits acquis, que je reconniis les mérites, que je les reconnais d'autant plus puissants, que les circonstances étaient plus difficiles et plus puissantes elles-mêmes.

Voilà mon premier motif, voilà mon premier motif secret, voilà mon premier motif intérieur, indépendamment des raisons de métaphysique et d'ordre public, pour lesquelles je voterais pour une commission executive.

J'ajoute que, au fond, parmi nous, citoyens, les anciens ré-

publicains sont en immonso minorité; oli hion, c'ost précisément parce qu'ils sont on minorité, que je veux que celte minoiilé' ait un organe dans le gouvernement qui sortira de la majorité, afin, non pas qu'on unisse des partis contrciircs,mais qu'on unisse la minorilt' républicaine et la majorité républicaine dans un seul faisceau de conviction, de force et do résolution ; afin de ne jamJs céder le terrain que nous avons conquis, à des rangs différents, mais ({u'au fond tous ensemble nous avons con(iuis. {Bravo! iravo !)

M. Cazel, de si plare. — .le proteste contre ces paroles... {Interruption. — L'tisstz parler!)

Le VkRE Lacordaihe. — L'ancien gouvernement avait une immense majorité ; il a péri dans sa majorité et par sa majorité. C'est pour cette raison que, si Dieu me tailla grâce de continuer une vie polit i([ue qui ne fait que commencer, j'aurai toujours pour les minorités, et surtout pour les minorités qui ont été la cause do l'établissement dont je ferai partie, un profond respect, im profond désir de leur faire leur |)art.

C'est pour cette seconde raison ((ue je voterai pour la nomination d'une commission executive, telle qu'elle a été proposée par le citoyen Dornès '.

Je n'ai pas autre chose à dire. {Vifs applaudissements )

M. Catien Arnoud estime que la commission executive, manque de l'esprit démocratique, parce qu'il n'j a que trois grandes idées qui résument la politiiiuc tout entière: régner, gouverner, administrer. Qui règne, aujourd'hui ? C/cst le peuple. Qui administre '? L'Assend3lée. Qui gouverne? Ce ne peut être qu'un ministère. L'orateur conclut dans le sens de la commission.

M. Ferdinand de Lasteyrie. — Bien que j'eusse demandé la parole avant le citoyen Lacordaire, je lui avais cédé la parole avec bonheur, parce qu'il venait plaider la même cause q\ie moi ; mais après l'avoir entendu, je reprends la parole, parce qu'il a défendu cette cause dans des termes ([uc je ne puis accepter. Si je défends comme lui la commission executive, ce n'est pas pour donner une une fiche de consolation aux vaincus, car je ne reconnais pas de vainqueurs et de vaincus enlre nous.

Nous ne sommes qu'au lendemain de la grande bataille qui a fait crouler le pouvoir contre lequel nous combattions tous; à

1. Dans la séance du 8 mai, le citoyen Dornès avait proposé la uouiiuation d'une comniissiou executive composée de : Ijainartiuo, François Arago, Ledru-liollin,Garnicr-Pagès et Marie.

peine nous avons ouvert la discussion, et nous serions à nous regarder, les uns comme vainqueurs, les autres comme vaincus ; et par une sorte de compensation que je ne comprendrais pas, par une politesse bien au-dessous des circonstances, nous voudrions donner une consolation aux vaincus. Moi, je repousse ce s^^stème. {Mouvement.)

Le Père Lagordaire. — Je n'ai pas parlé de cela.

M. Ferdinand Lasteyrie. — J'appuie la commission, mais si je l'appuie c'est en principe ; c'est parce que je la regarde comme une chose bonne en soi.

M. DE Lamartine

. . . L'orateur ren:l hommage en ces termes aux paroles prononcées par le Père Lacordaire.

Quand j'entendais tout à l'heure un illustre ministre dont le langage correspondait si bien et tombait de si haut, en analogie avec la sainteté de sa mission de paix, vous recommander de faire la part, non pas des partis, nous avons dit qu'il n'y eu avait point et qu'il ne pouvait plus y en avoir, et qu'à l'heure même où ils se déclareraient partis, ils seraient anéantis, submergés dans la masse de la souveraineté nationale; mais vous recommander, en faveur de toutes les grandes nuances de l'opinion publique, une certaine justice et une certaine reconnaissance pour les services qu'à titres divers nous avons tous et loyalement rendus selon la mesure de nos forces à notre paj^s, je reconnais là le véritable langage de la politique; car le sentiment religieux et le sentiment politique se confondent dans cette justice, dans cette sagesse, dans cette modération qui, au lieu d'établir la guerre intestine, la guerre, ne vous y trompez pas, la guerre de parlement, de chambre, à l'origine des institutions, y établit la concorde, le concours volontaire, la conliance et la paix.

Oh! moi aussi, cette pensée de conciliation m'a toujours animé. Ralliez-vous, unissez-vous, oubliez vos dissidences s'il y en a ; consacrez-vous comme un seul corps et une seule âme au salut public. Voilà ce que le peuple a dit à tous les membres du gouvernement provisoire du 24 février i.

Tels furent les débuts dans la vie parlementaire du célèbre dominicain. Sans aucun doute, nous l'avouons, il n'y a aucun terme de comparaison possible à établir entre

i. L'Asseiublce, par 411 voix contro 38o, repoussa la nomination directe des ministres — puis décida do nommer une commission executive de cinq membres.

ces quelques paroles et les conférences de Notre-Dame, non plus qu'avec les articles que l'on trouvera plus loin. Mais elles témoignent d'assez de libéralisme pour qu'on puisse les citer. C'est, d'ailleurs, en ce sens que VA7ni de la religion^ généralement peu sympathique à Lacordaire, lui adressait des félicitations pour sa « franchise » et le (( noble sentiment de conciliation qui l'a inspirée ^ «

Quatre jours après ^, Lacordaire remontait à la tribune pour la seconde et dernière fois. Ce fut afin de repousser une intempestive — inconvenante serait mieux — attaque d'illégalité soulevée contre son costume religieux par M. Portails, dans une discussion relative à la formation d'un ministère des cultes.

M. Portalis s'était exprimé ainsi :

M. PouïALis. — Je suis bien aise de prolesler contre la formation d'un ministère des cultes. Je déclare que c'est une innovalion malheureuse et que je ne comprends pas comment c'est la République qui fait une création que la restauration et la quasi-restauration n'avait pas osée !... [Très bien, très bien !)

Que les cuUes soient une division du ministère de la justice, je l'approuve complètement. Mais vouloir faire des cultes un examen spécial, un travail particulier, c'est donner à certaines questions une importance qu'elles n'ont pas... [Réclamations) 3.

Dieu merci, nous vivons sous le régime de la liberté; nous avons dans nos assemblées des hommes qui autrefois n'auraient pas osé se présenter dans un costume que les lois ont prohibé. [Murmures.)

Le Père Lacordaire. — Je demande la parole. [Mouvements )

M. PouTALis. — Représentants du peuple, représentants aussi de la liberté, nous acceptons tout cela, nous acceptons les hommes et leur costume. [Très bien.)

Mais qu'on ue s'y trompe pas, et qu'ils ne s'imagiuent point qu'en entrant dans cette assemblée, c'est un piédestal que nous leur avons élevé pour s'emparer du pouvoir. [Réclamations.)

C'est la liberté, c'est l'égalité, c'est la fraternité que nous voulons, la fraternité entre les hommes, la fraternité entre les

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