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RÉPONSE AU « TEIVIPS » ET AU « COURRIER FRANÇAIS

(25 Octobre 1831)

Le Temps et le Courrier Français ont fait aujourd'hui une petite croisade contre l'Avenir, à propos des funérailles de M. Debertier, ancien évêque constitutionnel del'Aveyron.

Le Temps, « à la vue du scepticisme qui dévore les masses, après avoir corrompu les hautes régions de la société, avait souvent désiré qu'il s'élevât quelque voix éloquente pour ranimer les croyances refroidies et les rajeunir au baptême des idées nouvelles. La pensée qui fonda V Avenir lui avait paru belle et grande, mais il aurait fallu procéder comme Leibnitz, et Bossuet, par voie de fusion, et agrandir le cercle religieux au lieu de le restreindre, appeler à soi les dissidents et non les tenir excommuniés. »

Quoiqu'il y ait dans ces paroles un coté très risible, nous voulons bien cependant les prendre dans le sens sérieux qu'elles peuvent à toute force présenter, et nous avouerons qu'il fallait un baptême aux croyances refroidies, qu'il fallait procéder par voie de fusion et agrandir

le cercle religieux. Il fallait un baptême aux croyances refroidies, non pas nouveau, mais ancien, car on ne se trompe qu'à sa source, et ni les hommes, ni les choses de ce temps ne méritent assez d'estime pour qu'une religion qui a vu passer tant de choses et tant d'hommes espérât dans un autre esprit que le sien. Mais ce baptême antique eût été nouveau, il eût ressuscité ces chrétiens primitifs qui ne demandaient au pouvoir que la liberté; et qui, la portant de dessous terre sur les échafauds, avaient, entre le règne de Tibère et le règne des Eunuques, émancipé au profit du monde la conscience, le culte et la parole. Peutêtre de tels hommes eussent été bons pour ces temps-ci. Il fallait pour les rappeler à la vie, préparer au sein des peuples une grande réconciliation; et comme la France est le peuple que Dieu a placé bien loin en, avant de tous les autres dans l'amour du juste et dans le sentiment du Beau, il fallait adressera ce peuple, l'aîné de la famille, des paroles si saintes et si fraternelles, si libres et si évidemment au-dessus de tout ce que peuvent dire des lèvres souillées par l'esprit de parti, qu'il fût impossible à la France, étant ce que Dieu l'a faite, de s'y tromper. On les a dites ces paroles, et si injuste que l'on se montre à leur égard aujourd'hui, peut-être il naîtra des hommes qui les comprendront. Nous le répétons à cause d'eux. On a donc dit aux Français de la part du Christ « vous voulez être libres, et vous faites bien, c'est la vocation des hommes et des peuples. Vos rois ne vous ont pas donné la liberté: quand ils aidèrent autrefois vos conspirations devenues si célèbres sous le nom de Communes^ ce fut pour détruire leur noblesse et non pour vous affranchir. Sous eux et avant eux, vous n'eûtes quelque liberté que par votre religion, et plus vos rois s'éloignèrent du Christianisme, plus vous vîtes grandir ce pouvoir absolu que vous avez bien brisé parce que vous êtes les restes d'une nation chrétienne, incapable par conséquent de porter la servitude. A la fm aussi, il faut en convenir, l'Église de France avait mal

servi votre cause, elle avait fait avec le trône' de Louis XÏV une alliance qui hâta bien des malheurs. Mais, ce qui l'excuse; c'est que ce fut vous-mêmes qui employâtes plusieurs siècles à lui persuader que la personne du roi était sur terre indépendante de toute justice, souveraine à la manière de Dieu et presque adorable comme lui! Elle vous avait crus, portés que vous étiez par une irréligion naissante à élever au dessus de tout ce trône que vous deviez abattre deux fois en quarante ans. Aujourd'hui l'Église de France se détrompe avec vous-mêmes, elle se rappelle que la religion fut la liberté, et elle vient vous en demander sa part, à une heure qui n'est pas tardive, puisque vous n'avez encore pu sans elle affranchir l'Europe et votre pays. Elle ne vous demande, d'ailleurs, rien d'extraordinaire. Ce sont vos lois qu'elle invoque, c'est votre charité dont elle réclame l'exécution. Donnez aux Catholiques ce que vous avez promis à tous: la liberté de la presse, la liberté d'enseignement, la liberté de conscience, la liberté de leur culte dans celle de tous les cultes; séparez l'Église de l'État avec sincérité; livrez chaque religion aux vertus et aux talents qu'elle pourra susciter pour sa défense; faites de tous les autels, non pas un même autel, ce serait la ruine violente de tous, de toutes les convictions, non pas une même conviction, c'est l'affaire du temps et la victoire de la vérité; mais, laissant chaque autel oii il est et à qui il appartient, chaque conviction à l'esprit qui s'y est attaché, faites entre tous les autels et toutes les convictions ce pacte grand et sacré : que chacun sera libre chez lui, que le catholique n'entrera chez le protestant qu'avec la permission du ministre et le protestant chez le catholique qu'avec la permission de l'évêque! Ainsi naîtra de la liberté, de la possession assurée à tous d'un droit égal au droit d'autrui une tolérance universelle, et cette fusion des esprits, qu'il n'est pas donné à l'homme d'opérer par le sacrifice de sa pensée, parce que ce serait le suicide de la conscience^

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mais qui s'opère lentement par le combat h armes égales de toutes les doctrines, jusqu'à ce que l'une ayant triomphé, le genre humain applaudisse et reconnaisse à sa solitude la parole dite une fois pour ne passer jamais! »

Tel est le baptême que les rédacteurs de l'Avenir ont dési-ré pour la religion de leurs pères et de leurs concis toyens, leljaptême antique de la liberté. Telle est la réconciliation qu'ils ont voulue pour elle, la réconciliation delà liberté. Telle est la fusion des croyances qu'ils ont appelée de leurs vœux, parce qu'elle est la seule possible, la fusion qui se fait par la liberté. Ou s'il était au-dessus de leurs forcesd'obtenirde si grands résultats, ils ont voulu, du moins, ils ont essayé de rassembler au milieu des partis qui déchirent la France, quelques hommes qui pussent se rendre le témoignage qu'ils n'étaient pas complices de ces divisions mortelles, qu'ils ne demandaient que la paix et la liberté, qu'ils étaient prêts à sacrifier les personnes aux choses, pourvu que ces choses fussent communes à tous, pourvu qu'une fois en quarante ans de malheurs, on voulût se donner la main avec ce serment, le dernier des serments que fera l'homme : Uberlé pour vous et pour nous.

Beau30up de catholiques, beaucoup de prêtres catholiques ont répondu à cet appel, et nous donnons notre parole au pays que le clergé de France, malgré des dissentiments, qu'on ne peut dissimuler, tient à ces doctrines de manière à ce qu'il soit impossible de l'en détacher aujourd'hui ! D'autres qu'eux ont repoussé le baptême de la liberté, d'autres qu'eux ont repoussé la réconciliation de la liberté, d'autres qu'eux n'ont pas voulu de cette fusion que le Temps nous reproche de n'avoir pas cherché à obtenir. Et en vérité, la récrimination est si lacile qu'on n'a pas le courage de la faire. On se lasse d'avoir raison contre ceux qui n'ont jamais de remords. Disons le pourtant, parce qu'après ces homives il en viendra d'autres, disons-le : qu'a fait le gouvernement pour la liberté des cultes, pour la séparation de l'Église et de l'État,

pour la liberté d'enseignement? Quelle différence y a-t-il entre ce temps-ci et le temps qui précéda, sinon que la lerre et le soleil ont marché et que les hommes sont restés immobiles, sinon que le clergé était esclave hier et qu'on se plaint aujourd'hui de ce qu'il ne l'est pas assez? Qu'ont fait de leur coté les journaux pour la liberté des cultes, pour la séparation de l'Eglise et de l'État, pour la liberté d'enseignement? Qu'a fait le Temps, qu'a fait le Courrier Français, qu'ont-ils tous fait? Ils n'ont pas même honoré d'un mot où il y eut quelque justice des hommes qui se dévouaient aux calomnies de leurs propres frères pour les éclairer. Le Messager des Chambres reconnaissait hier, par hasard, qu'au moins nous avons le mérite de ne pas attendre notre salut d'une restauration, et cependant il n'est presque pas de jours que le reproche d'hypocrisie ne nous ait été adressé. Il semble que les écri- A'ains de o pays soient devenus incapable de discerner le cri d'une conscience sincère.

Aujourd'hui même, que l'on juge entre eux et nous?

Le ministère a fait célébrer, dans une P^glise catholique un service funèbre en l'honneur d'un homme étranger à l'Église catholique; il s'est emparé pour un jour du temple, du sanctuaire, du tabernacle; il en a fait tout ce qu'il a voulu ce jour-lù, et il en fera par conséquent tout ce qu'il voudra un autre jour, une synagogue ou une mosquée. C'est une violation éclatante de la Charte, car c'e t un acte de religion commandé par l'État, et l'Etat n'a le droit de commander aucun acte de religion: c'est un acte de religion hostile à un autre culte, c'est un acte de religion hostile tous les cultes, puisque si le ministère suivait ce système, comme il prétend en avoir le droit, il pourrait faire porter les corps des catholiques chez les calvinistes, les corps des juifs chez les uns et les autres, c'est-à-dire qu'il pourrait troubler la paix de toutes les consciences et la majesté de toutes les religions. Nous avons dit que c'était \h un crime et nous n'en

connaissons pas de plus grand : c'est abuser de la mort même contre Dieu. Que répond le Temps?

(( Si la religion catholique était encore la religion de l'Ktat, ou si la liberté de conscience n'était pas même un nom, le sacerdoce aurait quelque droit d'irvoquer le bras séculier contre les schismatiques, de leur fermer l'entrée des temples et de les exclure de la terre consacrée. Mais nous vivons sons l'empire d'une tolérance universelle qui ne permet au gouvernement de prendre fait et cause que pour le maintien de cette liberté; il a prêté ses temples aux prêtres catholiques, schismatiques ou orthodoxes, car il ne peut s'informer qui a raison entre eux, ni épouser l'une ou l'autre querelle. »

L'État a prêté ses temples. Je le veux bien, mais s'il avait prêté ses temples pour en faire des écuries, pourrait-il au jour et à l'heure qu'il voudrait les reprendre et les consacrer à une autre destination? Non, les lois s'y opposent, il faudrait donner le temps au possesseur de sortir, d'emmener ses chevaux, de trouver un autre emplacement. Des animaux même ne peuvent être expulsés d'un édifice de l'Ktat delà manière dont l'Ktat en chasse Dieu quand cela lui convient. Il a prêté ses temples, je le veux bien, mais ce prêt n'est-il pas soumis à des conditions dont la liberté est la première? Est-il au monde un gouvernement qui oserait dire en face à des hommes : voici une maison, placez-y vos autels, des autels saints et libres, mais souvenez-vous que j'y ferai offrir tels sacrifices qu'il me plaira par tels hommes que je voudrai? On n'accepterait pas une étable à ce prix. Et il s'agit de la religion, de ce qui fut dans tous les siècles le lien de la société, de ce qui est l'espérance et la vie d'une foule d'hommes ! Ah ! nous sommes venus dans des temps dignes de pitié et jamais la conscience humaine ne fut outragée à ce point!

Le Courrier Français est encore moins grave que le Temps, et passant avec légèreté d'un crime h un autre^

il se moque à la fois, en quelques phrases, de notre indignation contre le sacrilège de l'église Saint-Louis et contre la spoliation de l'abbaye de3Ieiller.vy. Ces hommeslà n'ont pas même le temps de rire de ces choses! Ils ne peuvent leur accorder qu'un sourire et ils passent; ils vont vite, j'en conviens, mais il y a quelque chose qui va plus vite qu'eux : leur règne.

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