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ÉTAT Dli LA RELIGION EN FRANCE SOUS LA RESTAURATION
L'état de la religion en France, dans les seize années qui ont précédé la dernière révolution, peut se peindre (in deux mots. La religion était opprimée par le gouvernement et haïe par une grande partie de la nation.
D'une part, le gouvernement royal avait maintenu toutes les lois de l'empire relatives à l'Eglise, y compris les articles organiques décrétés en fraude du concordat de dSOl, et par conséquent, la servitude de l'Eglise était légalement la môme que sous un homme qui avait excellé dans l'art d'opprimer tout ce qu'il prenait sous sa protection. Les rapports des évéques entre eux et avec le Saint- Siège étaient entravés, et tout prêtre catholique était passible d'une peine qui pouvait aller jusqu'au bannissement, s'il Qjdt osé correspondre avec Rome. Plus de conciles provinciaux, plus de synodes diocésains, plus de tribunaux ecclésiastiques, conservateurs de la discipline; mais le conseil d'État pour unique juge de toutes les affaires contentieuses, relatives à la religion et à laconscience. L'éducation était confiée à un corps laïque, à l'exclusion du clergé; la direction spirituelle des séminaires gênée, et, leur enseignement même soumis, dans ce qu'il y a de plus essentiel, aux prescriptions de l'autorité civile; la pratique des conseils évangéliques sous une règle commune, interdite par la loi, à moins d'autorisation toujours révocable, et accordée presque exclusivement à quelques congrégations de femmes; enfin tout ce qui fait la vie même de la religion, énervé ou détruit par le maintien de la législation impériale. Personne n'ignore les deux ordonnances célèbres du 16 juin 1828, qui attestent d'autant mieux la servitude de la religion que le prince qui les signa le fit à regret, et poussé par la force des choses établies.
Ces ordonnances supprimaient les seuls collèges qu'une tolérance sourde avait laissés quelque temps dans les mains du clergé, et soumettaient de fait à l'autorité civile toutes les écoles ecclésiastiques; elles limitaient le nombre des jeunes gens auxquels il serait permis de se préparer, par l'étude et la prière, au service de Dieu; elles leur enjoignaient de por er un costume particulier dès qu'ils auraient atteint un certain âge; elles voulaient que leurs maîtres, préalablement approuvés par le gouvernement, prêtassent serment de n'appartenir à aucune congrégation religieuse non reconnue par l'État.
D'une autre part, l'Église était haïe par une grande partie du peuple, qui, fortement attachée aux libertés promises par le roi Louis XVIII, soupçonnait le clergé d'avoir fait alliance avec un parti pour détruire cet ordre de choses. Le clergé avait vu avec une grande joie le retour de l'ancienne famille royale, en 1814, et conçu de son rétablissment sur le trône des espérances pour la religion : car ses malheurs avaient commencé, en France, avec ceux de la royauté; l'Église avait tout perdu au pied de l'échafaud de Louis XYI, et Napoléon ne lui avait donné qu'une chose qui ne lui manquera jamais, du pain, au lieu de la seule chose qui lui fût nécessaire, la liberté. Il était donc naturel que le clergé de France, voyant revenir de l'exil les princes de l'ancienne maison royale, espérât d'eux l'affranchissement de la religion. Il ne s'agissait pas de rétablir les privilèges de l'Eglise, de lui rendre les biens immenses dont la révolution l'avait dépouillée, et dont le souverain pontife, suprême dispensateur des biens de l'Eglise, avait fait le sacrifice dans le concordat de -1801. Quelques esprits purent rêver ces choses impossibles; mais le grand nombre n'y songeait pas. On sentait seulement que l'Eglise, asservie par les lois de l'Empire et par celles des lois de la Képublique que l'Empire n'avait pas abrogées, n'était pas dans son état naturel, et l'on attendait de la Restauration la fin de
cet état violent, créé par un homme qui ne voyait dans la religion qu'un moyen d'agir sur la conscience des peuples, pour les plier plus facilement à son despotisme. Ces idoes se montrèrent dans la Chambre de 1815, et il est remarquable que l'on considéra dès lors le budget du clergé comme un obstacle à l'affranchissement de la religion; un député proposa de donner à cette allocation annuelle, au lieu de la forme d'un salaire, la forme durable qui convient à une indemnité stipulée dans un traité.
Mais il était déjà trop tard pour réaliser ces vues sages. A tort ou à raison, l'attachement du clergé pour la Maison de Bourbon ayant pris une apparence trop exclusivement politique aux yeux d'une partie du peuple, qui crut y voir une sorte d'alliance ou de conjuration de l'Église et de la Royauté contre les libertés publiques, le clergé fut dès lors traité en ennemi. Il devint solidaire de tous les actes du gouvernement, et pendant seize années, les actes du gouvernement furent l'objet d'une opposition
r violente, d'une haine qui alla croissant jusqu'au bout, et qui retombait sur le clergé, mais plus forte encore contre lui que contre le gouvernement, parce que toutes les fois
^ que le clergé est haï, il l'est plus qu'une institution humaine; et il y avait cela de malheureux, que cette haine même, causée par l'alliance de l'Église avec le pouvoir, resserrait leurs liens réciproques. Le trône et l'autel, menacés ensemble, se pressaient l'un contre l'autre, et, quoique l'autel eût de plus que le trône des promesses divines de stabilité, leurs défenseurs communs semblaient croire que leurs destinées étaient inséparables.
La foi et la piété allèrent en diminuant; la pratique des devoirs religieux devint chaque jour plus rare, parce que, dans l'état des esprits, elle impliquait une sorte d'abandon de la cause nationale. A cet égard, un immense changement s'opéra, surtout dans la jeunesse, que la crainte d'un despotisme qui semblait vouloir s'appuyer sur la religion repoussa vers la philosophie du dix-huitième
siècle. Les nombreuses réimpressions de Voltaire, Rousseau et autres^ n'eurent pas d'autres causes ; et en efTet, depuis deux ans, ces réimpressions ont cessé. Enfin, pour juger combien l'état de choses que nou& venons de peindre fut funeste à la religion, il suffit de dire que le nombre des communions pascales, qui s'élevait, à Paris, sous l'Empire, à quatre-vingt mille, était réduit au quart vers la fin de la Restauration. Le même fait se reproduisait dans toute la France, de sorte que l'on peut dire que la révolution de 1830, qui a arrêté celte décadence progressive, a été, sous ce rapport, un événement heureux. Il n'était plus question de l'affranchissement de l'Église ; la haine qu'une partie de la nation portait au clergé rendait impossible toute grande mesure législative à cet égard. Si en 1814 le clergé avait pu séparer sa cause de celle des partis; si, moins touché [^ar des souvenirs, qui, au reste, avaient ému toute la France, il n'eût pas permis de confondre ses intérêts avec ceux d'une famille, si illustre qu'elle fût; et que, se bornant à revendiquer son indépendance légitime, la nation n'eût jamais vu en lui que le représentant de Dieu et le protecteur naturel des droits de la conscience, le clergé eût acquis le respect de tous; il eût obtenu ce que la faveur d'un parti ne peut donner, la confiance universelle, et ce que la victoire d'un parti ne donne que précairement, une position forte et libre, (ju'arriva-t-il, au contraire, et que faisait le gouvernement pour la religion, en récompense de la situation terrible où on l'avait mise par amour de la Maison de Rourbon, par confiance dans sa piété, par espérance dans sa force? Il augmenta le nombre des évêques, leur accorda souvent des faveurs particulières, les introduisit dans la Chambre des Pairs; il grossit leurs traitements et ceux des curés; il créa des bourses pour les grands cl les petits séminaires auxquels il permit de se multiplier: il entretint et encouragea les pompes du culte; il favorisa les missions en leur imposant toutefois un caractère poli-
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lifjiie et dès lors dangereux pour la religion; il toléra l'établissement de plusieurs communautés d'hommes : en un mot, il faisait tout ce qu'un gouvernement peut faire par des actes de faveur, mais rien qui fût durable, rien qui ne fût exposé à des variations fréquentes et n'accrût encore la haine des partis, rien qui ne pût être détruit par un seul changement de ministère, comme l'ont prouvé les ordonnances du 16 juin 1828. Ce jour-là vit périr l'ouvrage de quatorze ans, et le clergé de France put comprendre qu'il n'avait acquis depuis Napoléon aucune liberté, et qu'il n'avait de plus qu'une seule chose, la haine d'une partie de la France.
U'un autre côté, l'on voyait se préparer et se développer peu à peu les éléments du schisme. Dès le commencement de la Restauration, l'autorité civile, renouvelant les décrets de Bonaparte, ordonna d'enseigner dans les séminaires les quatre articles de 1682. MM. Laine et de Corbière, successivement ministres de l'intérieur, exigèrent des directeurs de ces établissements et des professeurs de théologie de signer la promesse d'enseigner la doctrine contenue dans cette déclaration, improuvée du Saint- Siège. Les partis ennemis de la religion y virent un moyen d'amener une rupture avec Rome. Dès lors tous les journaux de ces partis, le Constilulionnel, le Courrier, les Déhais furent chaque jour remplis d'articles oh. l'on pressait le gouvernement de surmonter la résistance qu'il trouvait sur ce point dans une partie du clergé, lequel, à cette époque, répugnait beaucoup moins au gallicanisme en lui-même, qu'à la prétention du pouvoir de le lui imposer d'autorité. Plus tard, au commencement de 1826, un arrêt solennel delà cour royale de Paris déclara que les quatre articles de 1682 faisaient partie des lois fondamentales du royaume. Cette doctrine faisait de tels progrès qu'au lieu de la combattre directement, les hommes de l'Église, liés au pouvoir par leur position personnelle, la soutinrent sans détour et cherchèrent seulement à en retarder les conséquences.
Ce fut alors que M. Frayssinous publia la seconde édition de son ouvrage, Les vrais principes de V Eglise de France, dans la préface duquel, en avouant qu'on voulait se servir des quatre articles pour opérer un schisme, il disait qu'il n'en fallait pas moins les conserver, mais en les séparant de l'abus qu'on en voulait faire. Dans le même temps, il annonçait, comme ministre, la fondation d'une école de hautes études ecclésiastiques pour en perpétuer l'enseignement; école destinée, disait-il, à remplacer l'ancienne Sorbonne, ce concile permanent des Gaules. M. l'évéque de Chartres publia aussi une lettre circulaire pour les défendre, et ce mouvement se communiquait à tous les diocèses. En ces circonstances, on crut devoir opposer à une impulsion qui poussait l'Église de France vers une ruine certaine, une résistance d'autant plus nécessaire que ses ennemis et ses amis mêmes, chose étrange ! étaient unis dans une action commune. M. l'abbé de La Mennais entreprit donc de défendre les doctrines romaines, et en cela il voyait le double avantage de combattre les principes du schisme qu'on préparait, et de poser le fondement de la liberté de l'Eglise, qui a toujours eu pour appui la chaire de Saint-Pierre.
Quoique ces questions ne fussent traitées que sous le rapport dogmatique, le gouvernement s'effraya, et tandis que la France était inondée de livres dont l'impunité attestait la licence des opinions, on vit, surlesbancsdela police correctionnelle, un prêtre accusé d'avoir soutenu quelques doctrines théologiques qui avaient autrefois déplu à Louis XIV. C'est qu'entre toutes les doctrines, entre toutes les croyances, celles de l'Eglise catholique étaient les seules qu'on pût attaquer impunément, parce que chaque jour elles trouvaient moins de sympathie dans la nation; et le gouvernement qui le savait ne se faisait pas faute d'être ingrat, quand la peur le forçait de donner des gages à ses ennemis. Même avant les ordonnances du 10 juin 1828, la peur l'y contraignit souvent et l'on ferait
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une longue histoire de tous les actes qui avertirent successivement le clergé que la religion se perdait, si Dieu ne venait à son secours.
DANGERS QUK LA RELIGION AVAIT A CRAINDRE DE LA RÉVO- LUTION FRANÇAISE DE 1830
Une révolution nouvelle, prévue et annoncée par ceux qui ne pouvaient croire à la stabilité d'un ordre de choses où tout était libre excepté la religion, vint tout à coup ôter à l'Église de France le seul appui sur lequel on paraissait avoir compté depuis seize ans. La religion se trouva sans protecteur visible, en présence de ses ennemis victorieux et maîtres des affaires, tout nouvellement irrités par des prédications politiques et par les mandements de plusieurs évêques. Dieu permit qu'elle fût épargnée dans le premier moment de la fureur populaire, mais il n'en fallait pas moins songera ce qu'elle allait devenir, et prévoir toutes les chances de sa perte pour essayer de les surmonter.
Un schisme avec Home était impossible. Les controverses des années précédentes avaient détruit le gallicanisme dans l'esprit de la très grande majorité du clergé et l'avaient àtï'aibli dans l'esprit même de ceux qui conservaient encorede vieilles préventions. Toute l'Église de France eût repoussé avec mépris la tentative d'une Eglise nationale.
Il ne restait donc à la révolution, pour accomplir ses vues, qu'une persécution violente ou un asservissement sourd et progressif, fondé, d'une part, sur la protection apparente des personnes et des choses de l'Eglise, et, d'autre part, sur l'exécution des lois hostiles de l'Empire, affermies par la Restauration. Le gouvernement pouvait, dans ce système, s'emparer légalement de la hiérarchie, de l'enseignement, du culte, et réduire le clergé trompé par la conservation des formes antérieures, à n'être plus
qu'une branche de l'administration civile, jusqu'à ce que, perdant avec les années les évêques et leurs doctrines présentes, on pût tenter sur lui ce qui consonnme la servitude des Eglises, le schisme formel. Buonaparte avait créé sa législation dans cette vue profonde; mais un sentiment de l'ordre, très remarquable, ne lui permettait pas de donner sciemment à la religion des chefs indignes, et il n'eût essayé de réaliser le schisme qu'à la dernière extrémité. La Maison de Bourbon avait conservé cette législation, moitié par impuissance, moitié par préjugés issus de Louis XIV, et elle se fiait à sa piété pour en amortir les abus; mais ni la pensée de Buonaparte, ni la foi des Bourbons n'animaient ceux que la révolution de 4830 venait de placer à la tête des affaires, et l'Église de France ne pouvait plus être préservée d'effroyables maux, qu'on employât contre elle soit la persécution, soit la légalité impériale, que par sa propre énergie soutenue de l'assistance divine.
DES DEUX SYSTÈMES DE CONDUITE QUE LES CATHOLIOUES POUVAIENT ADOPTER APRÈS LA RÉVOLUTION DE 1830
Il n'y avait évidemment que deux partis à prendre : ou s'en tenir au système de la Restauration, à l'alliance indissoluble du trône et de l'autel, à la solidarité éternelle de l'un et de l'autre; ou renoncer à ce système, et séparer, autant qu'il était possible deux causes dont l'union avait été si malheureuse.
Voyons maintenant quels étaient les avantages de l'un et de l'autre de ces partis, avec leurs inconvénients.
Le système de la Restauration avait contre lui l'expérience de seize années. A aucune époque, l'Église n'avait été moins libre, moins puissante sur l'esprit des peuples, en butte à plus d'outrages et à ceux mêmes du pouvoir, qui, trop faible pour la défendre, tâchait d'apaiser ses
ennemis en leur sacrifiant les droits de la religion. Personne ne conteste que telle fut la véritable situation de l'Église sous ce régime, et personne n'eût voulu que cette situation durât toujours. On espérait que la 3Iaison de Bourbon, en acquérant plus de puissance, ferait à l'Église d'autres destinées, mais où était cette puissance à la fin de juillet i830? Continuer sous la révolution, avec des ennemis, un système qui avait été funeste sous la Restauration avec des amis, n'était-ce pas une folie? Aussi les partisans de ce système avaient une pensée secrète, et la voici : Il y aura prochainement une seconde restauration; séparer l'Église de l'État, ce serait enlever aux Bourbons une partie de leur puissance, et priver l'Église de la protection qu'ils lui accorderaient. En attendant cette restauration, laissons donc les choses dans l'état oii la révolution les a trouvées. C'est-à-dire qu'il fallait livrer l'Église de France au gouvernement de Louis-Philippe, parce qu'à tout hasard, il pourrait avoir pour successeur Henri V et qu'à tout hasard encore, Henri V pourrait être et plus éclairé et plus fort que Charles X. Il est toujours incertain qu'une révolution ramène au trône les princes qu'une révolution en a précipités: il l'est davantage qu'elle les y ramène dans un temps très court, et il est impossible que ces vicissitudes donnent de la force au pouvoir qui les subit. Elles ont pour résultat des transactions qui ne tirent les princes de l'exil qu'en les plaçant sous la dépendance de toutes les opinions et de toutes les forces qui contribuent à les ramener.
Suivre ce premier système de conduite, était donc abandonner l'Église au hasard dans un moment décisif pour elle; et en supposant des espérances douteuses réalisées même dans un court délai, c'était attendre son salut de cela même qui avait fait sa perte pendant seize ans.
Le second parti avait tout d'abord cet avantage de relever la religion de la chute du trône, et de rompre toute solidarité avec ceux qui allaient travailler au profit de la
race royale exilée. C'était empêcher que la religion ne fût traitée en vaincue et en conspiratrice. Dans un pays oii le pouvoir est disputé, où la guerre civile est menaçante, la neutralité est le premier intérêt de l'Église, quand ce ne serait pas son premier devoir. En renonçant à toute alliance avec l'État et avec les partis, l'Église devenait inviolable pour tous; elle choisissait au-dessus des passions sa vraie place; elle accomplissait la mission de paix qu'elle a reçue de Jésus-Christ, et, par un singulier bonheur, elle accomplissait aussi le long désir des peuples; elle disait à ses ennemis, la cherchant dans la poussière d'un trône abattu : Christus non est hic, surrexitl. Elle disait à la France, quel que pût être son sort, qu'elle fût en proie aux étrangers, ou à la guerre civils : Munda ego surn à sanguine hujus. Fallaitil, au lieu de ce rôle si grand et si chrétien, la tenir hypocritement accolée à un pouvoir hostile, priant tout haut pour lui et tout bas pour un autre, rêvant des désastres contre la patrie, prenant une part sourde à tons les complots, et courbée sous des évêques octroyés par l'athéisme? Au temps de la République, l'Église de France s'était honorée sur les échafauds; au temps du Directoire, elle avait ramené courageusement ses débris sur un sol où elle ne possédait plus rien de ses immenses richesses; elle avait vécu et noblement vécu de la charité des siens :. au temps de l'Empire, elle avait accepté la [ rotection, à quelques égards sincère, d'un grand capitaine, et ajouté de la puissance, dans l'opinion des peuples, à ses victoires mêmes; au temps de la Restauration elle avait allié sa cause à celle d'une maison royale revenant de l'exil, et dont elle avait naguère partagé les infortunes. Mais quel rôle eût-elle joué, quel devoir eût-elle accompli en 1830, si, au lieu de songer au salut des peuples, en songeant au sien, elle avait consenti à toutes les servitudes avec résignation, par dévouement à ceux qui n'avaient pu la défendre, et sur la foi de ces prévisions douteuses qui ne
dispensent d'agir ni le chrétien ni l'homme dans les plus simples affaires de la vie?
Quelques prêtres catholiques, ceux-là même qui avaient combattu le gallicanisme et ses conséquences depuis plusieurs années, et qui par ce seul fait s'étaient trouvés en opposition avec le pouvoir qui venait de tomber, jugèrent qu'ils pouvaient se placer entre la révolution et le clergé qu'elle menaçait. Ils crurent devoir saisir cette occasion où la Providence venait de donner un démenti digne d'être médité à tant d'espérances, pour poser dans leurs ruines les fondements de la liberté de l'Église; et c'est pourquoi, entre les deux systèmes de conduite qui viennent d'élre expliqués, ils choisirent nécessairement celui qui ne les condamnait pas à l'inertie la plus absolue, qui n'était pas réprouvé par l'expérience, qui n'était pas une ruine déjà toute faile.
Afin de comprendre encore mieux la nécessité où ils furent de suivre ce syslème, il faut connaitre celui qu'avait adopté contre l'Église le pouvoir sorti de la révolution de 1830.
DU SYSTÈME ADOPTÉ CONTRE l'ÉGLISE PAR LE GOUVERNEMENT SORTI DE LA RÉVOLUTION DE d830
La révolution de 1830 avait été faite autant contre l'Église que contre la Couronne, et il était impossible qu'il en fût autrement, à cause de leur intime alliance. Le gouvernement sorti de cette révolution devait donc être hostile à l'Église; mais il n'avait le choix, comme nous l'avons dit, qu'entre une persécution ouverte et un asservissement progressif et complet. Il choisit le dernier mode connue moins hasardeux, et parce qu'il voulait en toutes choses conserver au moins les apparences de l'ordre antérieur. On sait que telle a été sa politique.
Cependant des actes de violence nombreux furent com-
mis contre la religion sur presque tous les points du pays avec la tolérance du gouvernement; trop faible pour les réprimer, il y voyait d'ailleurs un double avantage, celui de livrer une proie au parti exalté de la révolution, et de rendre le clergé plus docile à ses vœux en lui faisant sentir le besoin d'être protégé. Ces actes de violence achevèrent la démonstration d'une vérité capitale, c'est que la religion n'était pas haïe pour elle-même, mais pour son alliance avec le pouvoir. D'un bout de la France à l'autre, presque sans aucune exception, les sacrilèges eurent le caractère de représailles politiques. Ainsi le palais archiépiscopal de Paris fut saccagé parce qu'on avait cru voirdansun des derniers mandements de l'archevêque des allusions aux coups d'Etat. Ainsi l'Église de Saint-dermainl'Auxerrois fut dévastée parce qu'après un service pour l'àme du ducdeBerry, un jeune homme imprudent suspendit au catafalque l'image du duc de Bordeaux. Ainsi les croix de Mission, plantées dans les derniers temps, furent abattues parce qu'elles portaient aux extrémités des fleurs-delys, et que les missionnaires avaient mêlé souvent à leurs prédications des objets de pure politique; tandis que la croix ancienne, la croix sans emblèmes étrangers ne fut l'objet d'aucune insulte. Partout oii l'on ne trouva que la religion, la religion fut respectée. Elle le fut, non seulement du peuple pris en masse, mais des hommes de parti les plus exagérés. Le gouvernement Pattaqua seul par des moyens hypocrites dont il avait fait choix, et qui se rapportaient aux trois branches principales de la religion, la hiérarchie, l'enseignement et le culte.