‹ Lacordaire journalisteChapitre 96 sur 114 · HIÉRARCHIE · texte numérisé non relu

HIÉRARCHIE

Le concordat de 1801 avait donné au gouvernement le droitde présenter les évêques au Saint-Siège, et beaucoup d'autres droits qui n'avaient été consentis, selon qu'il était exposé au préambule, que parce que les consuls faisaie.nl profession do la religion catholique. A l'égard de la

nomination des évoques, il était mémo stipulé que si les consuls ou leurs successeurs cessaient de faire profession de la religion catholique, un nouveau concordat réglerait le mode de nomination aux évêchés. Ce cas venait d'échoir par la révolution. Un de ses principes fondamentaux était et est encore celui-ci : // 7i'y a plus de religion de l'État; en d'autres termes : LÉlat ne professe aucune religion. En effet, au lieu que Buonaparte et tous ses successeurs assistaient publiquement aux cérémonies catholiques, on vit pour la première fois le chef delà nation renoncer au sacre des rois et ne donner aucun signe extérieur de catholicisme, en quelque circonstance que ce fût. Et ce n'était pas. comme il est nécessaire de le remarquer, par impiété personnelle, mais pour se conformer à l'opinion publique, pour se montrer conséquent au nouvel ordre créé par la révolution. Dès lors, le droit de présenter les évoques n'appartenait plus au gouvernement, et l'on conçoit en effet le danger de laisser à des ministres déistes, protestants, juifs, incrédules, le soin de choisir les successeurs des apôtres de Jésus-Christ.

Néanmoins, le gouvernement nomma des évêques. Ses premiers choix épouvantèrent les catholiques. C'était à B... M. l'abbé G.... dont la conduite schismatique, dans l'affaire de M. l'abbé Gr..., dispensa bientôt les fidèles et le clergé de justifier leurs craintes. C'était à D... M. l'abbé R..., dont le peuple disait publiquement dans les rues d'A... : (( Il ne sera point sacré, car il est exécrable. » C'était à M. A... l'abbé d'il..., vieillard décrié par sa conduite sous l'Empire, comme recteur de l'académie de Limoges qu'il avait peuplée de prêtres mariés, affaissé d'ailleurs par les années, et qui s'était démis des fonctions de grand-vicaire qu'il exerçait, par impuissance de les remplir.

Le gouvernement ne se contentait pas de vouloir introduire ses créatures dans l'épiscopat; il cherchait à s'emparer de la hiérarchie inférieure en refusant d'autoriser

le choix des évéques pour les cures vacantes, jusqu'à ce qu'ils eussent appelé des prêtres recommandés au ministère des cultes parl'administration civile des lieux, et quelquefois en y nommant lui-même, comme dans le diocèse de Nîmes. Le curé ne devait plus être l'envoyé de l'évêque vers une portion du troupeau, mais l'homme du préfet, du procureur-général, du maire ou du député. On a vu une paroisse privée de pasteur pendant plusieurs mois, parce que le ministère opposait au candidat de l'évêque un candidat présenté par un colonel; on a vu un ecclésiastique devenir curé d'une autre paroisse, sur la recommandation d'un maire protestant. Et comme la nomination des chanoines et vicaires-généraux dépendait aussi du gouvernement, parla nécessité de l'autorisation préalable, il s'ensuit que toute la hiérarchie tombait directement ou indirectement dans les mains du pouvoir, c'est-à-dire dans les mains d'hommes ennemis de l'ïlglise, et qui, après avoir rêvé sa ruine toute leur vie, se trouvaient tout à coup maîtres de lui donner de mauvais pasteurs, en quelque nombre qu'ils voudraient.

Page 1