LE MOINE
T Maintenant, considérons Lacordaire comme moine.
Il prèchait depuis tantôt deux ans à Notre-Dame avec le succès que l'on sait, quand il s'éclipsa tout à coup.
Voici en quels termes il avait pris congé de son fidèle auditoire :
« Puissé-je, messieurs, vous avoir inspiré au moins la bonne pensée de vous tourner vers Dieu dans la prière, et de renouer vos rapports avec Lui, non seulement par l'esprit, mais par le mouvement du cœur. C'est l'espérance que j'emporte avec moi; c'est le vœu que je forme en vous quittant. Je laisse entre les mains de mon évêque cette chaire de Notre-Dame désormais fondée, fondée par lui et par vous, par le pasteur et par le peuple. Un moment ce double suffrage a brillé sur ma tête : souffrez que je l'écarte de
moi-même, et que je me retrouve seul quelque temps
devant ma faiblesse et devant Dieu !. »
Et le monde apprit qu'il venait de prendre un parti étrange.
Le romantisme avait remis en honneur le Moyen- Age, son art, quelques-unes de ses formes de vie, et en particulier ses monastères *. L'on s'était mis à chanter la poésie des cloîtres, à en vanter la mystique architecture, à célébrer ces temps heureux où les
âmes venaient en foule dans les solitudes pour y chercher la paix et l'oubli dans l'amour spiritualisé.
Et cela avait servi de thème à des déclamations un peu vagues mais qui partaient toutes d’un bon naturel. Il n'est pas jusqu'à Alfred de Musset qui, dans un poème offrant un très curieux mélange de sensualisme effréné et de sentimentalisme chrétien, Æo//a,
n'y eut été de son air: