Poésies nouvelles
2. C'est le mardi, 9 avril 1839, que Lacordaire reçut l'habit dominicain des mains du Général de l'ordre, le Père Ancarani, dans l'église de la Minerve, à la chapelle de St-Dominique.
s'était élevé jusqu'au sacerdoce et à l'apostolat, ne se trouvait pas encore en communion assez intime avec le Dieu de sa jeunesse. Il voulait se donner plus entièrement à lui. Or, l'état religieux ne porteil pas à sa perfection ce sacrifice de soi que l'on a déjà fait au Seigneur en devenant son prêtre !'? Ne pousse-t-il pas l'oblation personnelle jusqu'à son extrême limite? Lacordaire se fit donc moine, afin d'étreindre plus étroitement son idéal divin, l'objet sublime de sa passion, afin de se fondre, de s'anéantir en Lui.
Et puis, sa parole emprunterait sûrement à sa vie plus austère une plus haute autorité. Elle en recevrait comme une consécration souveraine, Sous ces livrées nouvelles, l'apostolat qu'il se disposait à aller
reprendre n'en serait que plus fécond. Et pourquoi
n'assurerait-il pas en quelque sorte l'avenir de son verbe si béni de Dieu, en revenant dans son pays, non pas seul, mais accompagné de disciples et de
frères, animés du même esprit et qui alimenteraient
1. « La sacerdoce est une immolation de l'homme ajoutée à celle de Dieu, et celui-là y est appelé qui sent dans son cœur le prix et la beautè des âmes. » LACORDAIRE. Pan. du bx. Fourier, tome vu des Œuvr. compl. p. 34.
leur prédication à la même source de science et de sainteté? C'était donc vouloir restaurer en France l'ordre de S. Dominique qui en avait été banni, avec tant d'autres choses du passé, à la Révolution.
Il y a, dans la cour intérieure du couvent de Sainte- Sabine, à Rome, un oranger que la tradition dit avoir été planté par saint Dominique !. Or, à l'époque où Lacordaire et les quelques compagnons qu'il avait déjà attirés en Italie y faisaient leur noviciat de frères-
prècheurs, ce vénérable oranger poussa tout à coup
un rejeton *. C'est Renan qui a dit : « Un hasard n'est rien pour une âme distraite ; c'est un signe divin pour
1. S. François de Sales en parle dans la première lettre qu'il ait écrite à Madame de Chantal: «J'ai vu un arbre planté par le bienheureux S. Dominique, à Rome; chacun le va voir et chérit pour l'amour du planteur. » Cette lettre est datée d'Annecy, le jour de la Sainte Croix, le 3 mai 1604, Œur. compl. de S. François de Sales, tome im, Lettres, Lettre LV. Lyon, Librairie catholique de Périsse Frères, 1864, p. 78.
Et voici ce qu'en dit Lacordaire :
«Le couvent (de Sainte-Sabine) possède l'étroite cellule où saint Dominique se retirait quelquefois, la salle où il donna l'habit à saint Hyacinthe et au bienheureux Ceslas, et dans un coin du jardin un oranger, planté par lui, tend ses pommes d'or à la pieuse main du citoyen et du voyageur. » Fe de saint Dominique, c. xu.