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vait un autre et passait à un genre différent de travaux. C'est pourquoi ce qu'il a laissé porte un réel cachet de grandeur, de force et de beauté, et aussi un manque d'unité dans l'inspiration et l'effort, je ne suis quoi qui trahit l'inconstance de l'ouvrier et comme un arrèt subit de son action, Son rêve généreux d'apostolat l'emportait en des sphères qu'il ne savait pas explorer jusqu'au bout, ni creuser à fond. Son tort était de ne pas se circonscrire en des limites bien définies. Nous ne voulons pas diminuer la puissance et la pénétration de sa pensée, les dons merveilleux d'éloquence qu'il a apportés à défendre la cause qui lui fut d'abord si chère. Et sans l'événement qui a donné une orientation funeste à son génie, il aurait sans doute produit des œuvres dont le monde chrétien se fût fait honneur. Dans celles mèmes qui ont précédé sa ré olte, il y à beaucoup de choses dont nous pouvons faire notre profit, au point de vue religieux. Elles étaient surtout de circonstance, l'auteur y traitait de questions d'actualité, S'attaquait à un mal qui était éminemment celui de son époque, mais il faut y reconnaitre aussi la part de l'éternel, qui y est considérable ; et les âmes de tous les temps trouveront dans certaines pages de Lamennais apologiste, ou guide spirituel, des lumières et des consolations surnaturelles, bien propres à les fortifier dans la foi, et à leur faire apprécier les grandeurs
de l'ordre divin.
Sans rabaisser le mérite de ces écrits, et tout en déplorant
que Lamennais it renoncé à sa véritable vocation, nous ne
pensons pas qu'il eût jamais atteint à la gloire solide d'un
Bossuet, Par contre, la poésie, cette poésie qu'il n avait pas cherchée et dont il n'a jamais Paru taire grand cas, éoile ses œuvres d'alors et de toujours, C'est Surtout par ce qu'elles Sontiennent de poésie que l'immor: dité littéraire leur est pro mise. Platon chassait les poètes de su République idéale, Et, somme dit Ozanam, la Poésie se venge de cet ostracisme en entrant de toutes parts dans ses dialogues et en les fleurissant de roses. Lamennais Prétendait viser surtout à l'idée et se p
occupait de forger des SYstemes philosophiques ou Sociaux, capables, selon lui, de Préparer le nouvel avenir et d'assurer le bonheur des Peuples ; son cerveau était tout plein de grands problèmes desquels devait découler la régénération de l'humanité. Mais, tandis qu'il se perdait en des conceptions le plus Souvent chimériques, la Muse, à son insu, tissait lâ-dessus un voile léger et charmant, et semait de broderies gracivuses les théories sévères ou les utopies Philanthropiques du penseur, C'était la seule veng ace, bien digne de sa nature céleste, qu'elle tirait du dédain où il la tenait, Et il s'est trouvé que les inspirations qu'elle lui à fournies, et qu'il à traduites avec une sorte d'inconscience, et sans Y attacher autrement d'importance, Sont peut-être ce qu'il y a de plus pur et de plus durable dans son œuvre, et ce que l'on Peut admirer sans résers e, où qu'on le rencontre, Si le Lamennais de la seconde et dernière époque fourmille d'erreurs doctrinales et de rêves dangereux, à chaque instant se présente Pourtant des oasis où l'on Peut se reposer Sur l'herbe fraîche, pérmi les parfums, au bruit des sources, Ce
asté et dévoyé, était si naturellement poète qu'il s'élee
vait comme de lui-même 4 la sphère transcendante, oubliant un moment ses spéculations étranges et obscures pour moduler des hymnes de lumière où la vérité et la beauté se fondaient en une
harmonie parfaite...»
Extrait de notre ouvrage en préparation intitulé: Æanx- Portes et Tailles- Douce