A PROPOS DE LAM
A la page 25 de cet our rage, nous disons de Lamennais qu'il fut poète, « poète à la manière de Jean-Jacques et de Chäteaubriand. » Qu'il nous soit permis de donner ici quelques extraits d'une étude, encore inédite, que nous avons consacrée à Zu
Poésie de Lamennars :
« Lamennais a, duns son originalité incontestable, un tour d'esprit qui rappelle étonnamment celui de Jean-Jacques Rousseau. L'un de ses biographes nous le montre, tout jeune, s'enfermant dans la bibliothèque de son oncle, et y dévorant les auteurs du XVIII siècle, J an-Jacques surtout. Cela explique, dans une grande mesure, le ressemblances de pensée et de Manière que nous constator entre lui et ce philosophe, Car Lamennais était impressionnable au delà de l'ordinaire; et la fréquentation de tels ouvrages ne pouvait qu'imprimer une
marque indélébile sur son esprit malléable, et aussi le fausser
pour toujours. Mais l'influence de cet auteur eût elle été sur lui
si irrésistible, s'il n'y eût eu entre eux comme des « affinités électives », et si la nature ne les eût créés Pour ainsi dire de même
ordre? Notons ici, d'ailleurs, une fois Pour toutes, que ce qu'il
y a eu d'anormal, d'aventureux, dans la formation intellectuelle de Lamennais, ne justifie que trop ses égarements finals. Une âme comme la sienne aurait eu besoin d'être sévèrement guidée, dès ses premiers pas dans la carrière de la pensée. Ce n'est pas en vain qu'il est entré de bonne heure en intimité avec un libre rèveur dont les doctrines s'enveloppaient de formes enchanteresses. Il a puisé dans ce contact des germes qui ont mûri lentement et fini par éclater, c'était fatal.
Quoi qu'il en soit du maître qui a présidé à l'éclosion de sa pensée, Lamennais a été un très grand écrivain et l'un de ceux dont on peut dire avec le plus de certitude qu'ils étaient poètes dans l'âme, poètes pardessus tout. Lamennais poète! Il ne paraît pourtant pas que ce breton ait jamais songé qu'il l'était ni aspiré à le devenir. La couronne de lauriers était bien la dernière dont il aurait voulu ceindre son front redoutable. 11 se croyait sincèrement voué à d'autres destinées. Autant qu'on peut le conjecturer, son idéal était bien de devenir un pur théologein, un apologiste profond, un des plus grands penseurs du christianisme, Or l'un de ses historiens —M*" Ricard--fait remarquer précisément avec quelle imperfection il a été un peu tout cela, et en général ce qu'il y avait d'incomplet, d'inachevé dans tous ses ouvrages. Je veux bien admettre que sa rupture avec Rome a brisé ses espérances, et ne lui a pas permis de remplir le rôle religieux qu'il s'était assigné pour la gloire de l'Eglise. Car Lamennais est un personnage tragique ; il se dresse comme un chène où courait d'abord une sève abondante, et dont les
ramures s'offraient à ombrager et à abriter les oiseaux du ciel,
c'est-à-dire la multitude des âmes croyantes, Et tout à coup un éclair s'est abattu sur ce géant, le foudroyant, en ravageant les frondaisons m: &nifiques, [1 4 avait tant de vie dans ce colosse, Ses racines avaient puisé dans le Vieux sol chrétien un sue tele lement fécond qu'il à continué tout de même à végéter, à pousser des feuilles. Mais son existence n'avait désormais que l'âpre beauté des ruines, Laissée à elle-même, près de terre, couchée au lieu d'être debout, ne sentant plus passer sur elle les souflles de l'espace, elle a fini Par S'éteindre, mêlée à des mousses et à des plantes parasites où ce qui restait de son énergie primitive fut étouffé,
Alors même qu'il fût resté fidèle à son noble idéal, et que son orgueil se fût courbé devant les sacrifices qui lui étaient imposés, aurait-il été à la hauteur de lai tâche qu'il voulait rempli Aurions-nous trouvé en lui un véritable docteur et serait-il monté au rang de moderne Père de l'Eglise? Ilest permis d'en douter. I n'avait pas la solide Préparation théologique qu'il eût fallu pour cela. Et aussi il embrassait trop ; et je crois que Rabelais a été le premier à formuler en netre langue le fameux proverbe : “qui trop embrasse Peu estrainet!. » Lamennais en voulait trop faire; il était dans son tempérament de se livrer à une grande variété d'entreprises intellectuelles. 11 S'y donnait avec ardeur, avec fougue ; il amassait de nombreux matériaux et commençait à élever des édifices aux lignes imposantes, Puis son élan se
ralentissait ; et le monument n'était Pas terminé qu'il en conce-