LE PLAN IONIQUE
Le plan lui-même exprime la même adaptation à l’histoire du rocher sacré et à celle de l’époque qui a conçu le monument. Création originale, libre des routines scolaires, il est bien l’œuvre et le reflet de son temps. Dorique par son ordonnance extérieure, parce qu’alors l’ordre dorique était encore
le seul accrédité dans l’architecture religieuse de la Grèce propre, il déroge au plan rectangulaire très allongé que le temple dorique de la Grèce continentale tenait de son aïeul préhistorique, le « mégaron », introduit par les envahisseurs nordiques dès le y millénaire avant Jésus-Christ. Il n’a pas davantage l’ampleur presque carrée de la cella ni la largeur de portiques, qui caractérisent le temple ionique, né en Asie et dérivé du mégaron méridional de la Crète minoenne. Il rappelle plutôt les proportions du type mixte né dans la Grèce achéenne de la fusion des prototypes septentrional et méridional, telle qu’elle apparaît dans les palais de Mycènes et de Tirynthe. Après l’invasion dorienne, on était revenu, de chaque côté de la mer Égée, chacun à sa tradition régionale : la Grèce continentale au plan long (dorique), la Grèce d’Asie (sauf l’Éolide du Nord) au plan large (ionique). En Grèce, le Parthénon de Périclès est le premier édifice où s’observe une réédition de la formule éclectique du mégaron mycénien : trait par lequel se traduit sous une forme architecturale l’orientation de l’esprit attique vers l’Est, depuis qu’Athènes prétendait au titre de métropole de l’Ionie. Signe des temps d’autant plus remarquable que ni l’Hécatompédon des Tyrans, pourtant entouré d’une foule de statues ioniennes, ni le Parthénon archaïque n’en étaient affectés. L’élargissement du Parthénon va de pair avec l’agrandissement d’Athènes en empire « amphibie », selon le mot de Strabon.
Aussi bien, le monument tout entier est le symbole d’une fraternité ethnique et morale entre l’Attique continentale et la Grèce d’Orient. Il est le prototype, en architecture et en sculpture, de ce qu’on peut appeler l’art « attico-ionien », qui formera une école appelée à refluer sur l’Asie hellénisée et à lui imposer ses conceptions, en Lycie, en Carie et en Ionie propre, en dépit de la survivance de la tradition proprement asianique. Cette solidarité attico-ionienne, le Parthénon en est l’affirmation volontaire, conforme à la politique nationale qui s’était précisée depuis les guerres médiques et surtout sous le gouvernement de Périclès.