II. - Critique des conceptions de Dustin et Lits
Avant de pousser plus loin l’étude des travaux sur la colchicine, il faut examiner attentivement les documents que nous possédons déjà. Nous avons assez l’éléments pour faire cette critique des résultats obtenus et nous passerons ensuite à l’étude des recherches ultérieures.
1° Que signifie la leucocytose colchicinique? Est-eile un argument
en faveur de l’action excito-mitotique?
La leucocytose colchicinique, étudiée par Drxox et Mazpex, Beck, Levison et Lrrs, a été d’abord considérée comme due à la contraction de la rate et des ganglions, par action vagomimétique de la colchicine, puis comme en rapport avec un chimiotactisme négatif des leucocytes vis-à-vis du poison. Maïs l’existence d’une leucopénie initiale suggère que c’est plutôt un phénomène réactionnel secondaire, la baisse des globules bläncs étant elle-même due à la destruction pure et simple de ceux-ci ou à la concentration de ces cellules dans les capillaires lymphatiques et pulmonaires.
De toutes façons, il reste que le mécanisme de cette poussée leucocytaire est encore inconnu et qu’on ne peut, d’une façon certaine, le relier à une hyperplasie médullaire, qui se montre faible et d’ailleurs tardive.
Il est impossible d’en faire un argument en faveur de l’action excito-mitotique de la colchicine.
2° Le fait qu’on observe beaucoup de mitoses dans un champ microscopique ne prouve pas qu’elles soient
augmentées par stimulation de la division.
Suivons pas à pas les conclusions de Lrrs lui-même:
a) Les premières mitoses observées sont normales et non dégénérées ;
b) Le nombre des mitoses dégénérées augmente avec le temps ;
c) Toutes ces mitoses sont en métaphase ;
d) Quand les pycnoses se sont généralisées et que la phagocytose a déblayé les débris, il y a une phase de repos mitotique, assez brève d’ailleurs :
e) Enfin apparaît une deuxième onde de mitoses, qui se place généralement entre la 90° et la 140° heure. Cette onde est beaucoup moins vive que la première.
Qu'est-ce que ces faits signifient ?
a) Une chose est certaine, c’est que la colchicine n’a pas agi d’emblée en faisant dégénérer les cellules en division. Autrement, les premières observées ne seraient pas normales ;
b) S’il y avait excitation de la mitose, l’augmentation du nombre des cellules en division devrait se faire d’un seul coup et non progressivement. Dans ce cas, c’est qe l’action toxique fait de mieux en mieux sentir son effet;
c) Pendant cette phase d’augmentation, il faudrait qu’un beaucoup plus grand nombre de cellules se montrent au stade de la prophase. Si ce fait s’observait, il ne serait pas à lui seul une preuve de la stimulation, mais il faudrait bien qu’on puisse le surprendre pour
affirmer cette dernière. Or, il n’en est question nulle part;
d) Les phénomènes de dégénération, si importants et si précoces (2° et 3 heure) dans le thymus, sont incompatibles avec l’idée d’une stimulation se produisant au même moment.
Pas plus pour un tissu normal que pour une coupe d’épithélioma par exemple, le nombre de mitoses (d’ailleurs anormales) observées dans un champ microscopique à un moment donné, ne prouve nullement que ce tissu prolifère. Au contraire, beaucoup d’anatomopathologistes pensent que c’est un indice-de nécrobiose.
3° L’aspect de la mitose colchicinique
Nous avons décrit, d’après Dusrix, les caractères de ce qu’il appelle la mitose colchicinique. Mais s'agit-il vraiment encore d’une mitose? Le groupe des chromosomes agglomérés ayant l’aspect d’une masse très colorable, presque pycnotique, ne peut tout de même pas être considérée comme un vrai stade de division. Ces images correspondent déjà à un état de dégénérescence plus ou moins avancé, qu’on ne peut pas assimiler à l’un des stades de la division normale.
Pour savoir exactement ce qui se passe, il faudrait étudier les mitoses beaucoup plus tôt, immédiatement après l’injection, afin de prendre sur le vif, en quelque sorte, le début d’action du toxique. Mais l'existence de « stathmocinèses », telles que les décrit Duüsrix, ne saurait nous renseigner à cet égard. ‘