‹ L’action des toxiques sur la cellule en divisionChapitre 26 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Leurs caractères et leur classification

La colchicine a été le plus connu et le mieux étudié de ce que Dusrin appelle les poisons caryoclasiques. Au cours des chapitres précédents, nous avons vu qu’il n’était pas le seul. Mais de tous les corps rencontrés chemin faisant, aucun ne paraît avoir la même action sur les différentes zones germinatives, de sorte que nous avons été amené à nous poser la question des sensibilités différentielles, en nous demandant ce que ce terme signifie. On connaît encore trop mal les nombreux

‘toxiques étudiés, pour décider en dernier ressort de ce

problème délicat. Par contre, la précision relative de nos connaissances sur l’alcaloïde du Colchique et son application systématique à un matériel biologique varié en font pour le moment le poison caryoclasique majeur; c’est pourquoi les application de la découverte de Dus-

TiN continuent à s'étendre chaque jour. L'étude comparative que nous allons ébaucher restera forcément fragmentaire et provisoire, càr ce chapitre de l’histoire scientifique ne sera peut-être jamais terminé. En attendant, nous allons essayer de classer mormentanément et de façon utilitaire les substances que nous avons appelées les toxiques de la cellule en division.

Mais comme leur action n’est jamais parfaitement identique, ni également aussi forte sur les divers stades de la mitose et sur les divers tissus, il nous faut un critère général, qui permette d’accepter ou de rejeter chacun d’eux, suivant son effet sur la cellule. Quel pourrait être ce critère?

La définition donnée par Dustin nous paraît actuellement trop étendue: « Est caryoclasique, d’après cet auteur, tout corps qui déclenchera rapidement de grosses lésions nucléaires, superposables à celles obtenues par les rayons X, et cela particulièrement dans le cortex thymique, les centres germinatifs lymphoïdes et parfois les cellules en cinèse de l'intestin grêle ». On pourrait objecter que le thymus et les organes lymphoïdes, étant normalement le siège des destructions et de restaurations tissulaires importantes, réagissent à des agents vraiment trop divers. Par ailleurs, classer, comme le fait Lirrs, les protéines ou les peptones à côté de la colchicine, c’est, à notre avis, mettre sur le même pied des choses très différentes. Si cette dernière mérite une place prééminente, c’est justement parce que son action, partout la même, est indépendante de l’organe considéré et nous verrons que la notion de sensibilité différentielle à son sujet est souvent basée sur des observations pas assez critiquées. À côte d’elle, beaucoup de

substances agissent de façon plus limitée, peut-être parce que leur toxicité est trop forte, ou parce qu’on n’a pas employé de doses assez variées. Il est même difficile, dans l’état actuel de nos connaissances, de décider, pour une substance donnée, si son activité sur la caryocinèse est due à une action immédiate et directe, ou à une réaction de l’organisme, dont l’intervention est difficile à déceler. En principe, nous devrions rejeter de ce chapitre tout poison chimique ou toute substance biologique, dont l’effet se borne à provoquer dans le thymus une onde plus ou moins massive de pycnoses. Il n’est pas prouvé qu’il soit spécifique pour cela, ni qu’il agisse nettement sur la division cellulaire. Force nous est bien pourtant d’en conserver provisoirement un certain nombre, ne serait-ce que pour nous en tenir à l’usage.

Nous indiquerons cependant, à propos de chacun, ce que nous pensons de l'étude qui en a été faite. Ceux qui sont susceptibles d'empêcher, retarder, ou déformer le mécanisme de la caryocinèse, tout en respectant généralement le noyau quiescent, ont souvent été trop succintement étudiés pour que nous donnions à leur égard une opinion définitive sur leur mode d’action. Tout ceci nous fera conclure simplement qu’il y a là une moisson considérable, pour les travailleurs qui voudront à l’avenir approfondir ce sujet.

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