‹ L’Acuité Visuelle: Étude Physique et CliniqueChapitre 17 sur 36 · PRIE C-A · texte numérisé non relu

PRIE C-A

9° Échelle [type Snellen]. —C'est sur les conseils de M. Badal que nous avons fait construire cette échelle, de façon à n'être pas obligé, comme avec la première, de prendre une distance constante, mais, au contraire, à pouvoir placer l’œil à une distance quelconque. — Dans cette échelle, les dimensions ont été calculées de la même façon que dans les échelles ordinaires, c’est-à-dire en déterminant par le calcul la hauteur et la largeur des traits des lettres qui, sous l’angle de 5’, sont vues

“tHomtrk ST 3 4 vu à w 2 1025 20 n/5 x —H « 4 HN W eo 5 4 5 n N j

{re ligne à 5® »

Cette échelle n’est done que la continuation de celle de

Snellen,. dans laquelle la dernière ligne est vue à 6 mètres sous l’angle de 5’: la hauteur des lettres de cette ligne est de 8""5, En partant de cette valeur et en désignant par æ la hauteur des optotypes correspondant à la distance d, on a la proportion

8,5 6 d'où = dx On obtient ainsi HAUTEUR, LARGEUR DES TRAITS, Lroligne , + 0008 5, ,, 1m DD es 0 OUT plc rml 97 3e — FEU 7 UD pere 1 43 me — LODEL 0 99 5e — LU 25 RS 0 85 6 — HR DL eee 0 78 7 — SR UE Se 0 7 8 — rm Sources 0 56

La valeur de l’acuité s'obtient avec cette échelle de la façon suivante: si à 6 mètres un œil distingue les lettres de la 9° ligne, son acuité est 8,5 6 EE a On divise donc la grandeur des lettres lues par l’œil d’acuité 1 par celle des lettres que lit, à cette même distance, l’œil examiné; ou, ce qui donne le même résultat, mais ce qui est moins conforme à la méthode, on divise la distance à laquelle l'œil lit les caractères par le numéro placé au-dessus de ces mêmes Caractères.

Pour suivre l'habitude employée, nous avons écrit au-dessus de chaque ligne le numéro correspondant qui est la distance qui permet de voir les optotypes sous l’angle de 5’. Nous le répétons, ce n’est pas ce nombre qui devrait constituer le numéro d’une série, mais bien la hauteur des lettres de chaque - série. (2° méthode),

M — (2 méthode) ou

ee Nous reproduisons ci-dessous une réduction typographique de notre échelle :

PRLOC

D SKE 4m DANSE. R ASSEPEVEZ 3m

LC YU TEN Qu75 | FB-D HR 9m50 Ge P NN ÉCv 2m Z NN RH C

Nos deux échelles ne sont pas, comme la plupart, des échelles typographiques ; on ne peut pas, par conséquent, leur reprocher les défauts inhérents à celles-ci. Les lettres ont été dessinées avec le plus grand soin. L’épaisseur des traits a été obtenue en divisant le carré formé par chaque lettre en vingtcinq petits carrés égaux. De cette façon, l’angle sous lequel chaque trait est vu est bien exactement cinq fois moindre que celui qui correspond à la hauteur. Les lettres n’ont pas été placées de manière à ce que les intervalles soient égaux à la largeur des lettres : nous pensons que chaque lettre porte en elle-même le principe du minimum separabile. En: effet, pour arriver à lire un caractère d'imprimerie, il faut voir nettement tous les traits qui constituent ce caractère ; or, dans une même lettre majuscule, les traits noirs sont séparés en général par des intervalles blancs de même largeur. D'ailleurs, si on mesure, comme-nous l'avons fait très souvent, l’acuité d’un même œil : 4° en lui faisant viser les caractères de la dernière ligne de Snellen à des distances variables, et 2 en lui faisant lire EFune ou l’autre de nos échelles à 5 mètres, on trouve

ne absolument la même valeur dans les deux cas. Il est donc inutile de: placer les lettres comme l’indiquait Giraud-Feulon, pour observer le principe du minimum separabile. Ainsi, dans l'appareil de Carl, de Francfort, la mesure de l’acuité est faite avec une seule lettre vue isolément. Joy Jeffries s’élève contre la proposition formulée par Green, qui voulait que les caractères soient séparés par des intervalles proportionnels à leur hauteur. L’échelle de Maurel est faite aussi de caractères espacés largement, et ses résultats sont tout à fait semblables à ceux auxquels amènent les autres optotypes.

Nos échelles d’acuité ont été construites non pour le vain plaisir d’en augmenter le nombre, déjà bien considérable, mais parce qu'elles répondent à un besoin, étant donné que physiologiquement et à la lumière du jour l’acuité est toujours plus grande que celle regardée comme acuité moyenne. L’utilité de la détermination de la valeur limite de l’acuité d'un œil est indispensable. Ainsi, dans la mesure du degré des amétropies par la méthode de Donders, nos échelles pourront fournir de meilleurs résultats que celles utilisées d'habitude. En effet, supposons un œil myope ayant une acuité de 1,6 et placé à 6 mètres d’une échelle de Snellen ordinaire. En plaçant des verres de plus en plus forts, cet œil arrive à lire la ligne qui donne V — 1; à ce moment on s’arrête, puisque le verre interposé a permis à cet œil d’avoir l’acuité moyenne ou réputée telle. Mais puisque le sujet considéré a l’acuité 4,6, le verre qu’on croit mesurer exactement le degré de myopie pourra être faible et ne pas donner à l’œil l’acuité qui lui appartient. En faisant usage de nos échelles, et surtout de l'échelle décimale, on fera une mesure exacte du degré d’amétropie, puisqu'on pourra obtenir la valeur limite de l’acuité.

Nous avons vérifié le fait expérimentalement en déterminant le degré de myopie : 1° avec l’échelle de Snellen ; 2° avec notre échelle décimale. Dans le premier cas, le verre différait :toujours de celui correspondant au second eas de 0°95 à 0*50. Cette différence se conçoit aisément, si on remarque qu’un

a+ Qi. 25

œil ayant une bonné acuité voit la dernière ligne de Snellen, malgré les cercles de diffusion qui entourent chaque lettre, et provenant de la non complète correction de l’amétropie; au contraire, pour que cet œil puisse lire les caractères correspondant à son acuité 1,8 ou 2, il faudra que l’amétropie soit complètement corrigée.

Une autre circonstance qui démontre l'utilité de nos échelles est la suivante: soit un sujet qui a possédé pendant longtemps l’acuité 1,8; à un moment donné, pour une raison quelconque, cette acuité baisse, et le sujet s’en aperçoit : il demande des conseils à un oculiste, qui le place devant son échelle de Snellen: le sujet pouvant lire encore la ligne qui donne V — 1 est considéré comme ayant une acuité normale, et renvoyé comme non malade; il peut résulter de là des conséquences extrêmement fâcheuses pour le patient malade, puisque sa maladie a pu passer inaperçue. S'il était admis, au contraire, que l’acuité moyenne physiologique est comprise entre 4,5 et 2, de pareilles erreurs ne se produiraient pas. C’est pour cette raison que nous espérons voir bientôt une modification apportée dans la valeur de l’unité d’acuité. C’est une anomalie de voir imprimé dans tous les ouvrages que l’acuité moyenne correspond à un minimum separabile de 1’, quand le plus grand nombre des yeux adultes possèdent une acuité

qui correspond, en général, à la valeur du minimum separabile d’Uthoff et de Charpentier.

Acuiîité sans correction.

Lorsqu'on détermine l’acuité chez un amétrope, on corrige d'habitude son amétropie; la mesure de l’acuité est alors représentée par le même nombre, quelle que soit la distance à laquelle se fait cette mesure.

Le prof. Badal a appelé l'attention des ophtalmologistes sur l’acutté sans correction.

On comprend facilement qu’un œil amétrope, myope par

exemple, ait une acuité égale à 1 pour une faible distance (celle de son remotum), et qu’à une grande distance, il ait une acuité très mauvaise. Nous avons dit au commencement de cette étude que l’acuité dépendait en première ligne de la netteté de l’image rétinienne de l’objet visé. Les cercles de diffusion qui accompagnent, dans un œil myope, l’image donnée par un objet éloigné, expliquent cette très mauvaise acuité.

IL peut devenir nécessaire cependant dans certains cas, comme le fait remarquer M. Badal, de savoir quelle est la valeur de l’acuité sans correction, pour une distance déterminée, soit que le sujet ne veuille pas faire usage de lunettes, soit que sa profession lui en interdise l’emploi (soldats, marins, employés de chemins de fer, ete.).

Pour mesurer l’acuité d’une personne qui ne veut pas ou ne peut pas porter de lunettes, M. Badal conseille de faire deux déterminations : on fait une détermination à 5-6 mètres, qui représente la vision au loin; la seconde, à la distance qui correspond plus spécialement au travail de près (20 à 50 centimètres, suivant les sujets et la nature de leurs occupations).

Acuité visuelle aux grandes distances.

M. Gayat(1) s’est demandé si la mesure de l’acuité faite avec les échelles typographiques pouvait être comparée à celle faite à de grandes distances. Il est connu de tous, dit-il, que tel sujet placé en face des échelles pourra bien lire à 20 pieds le n° 20, et être considéré comme ayant une acuité parfaite (?), tout en étant complètement incapable de pointer une pièce d'artillerie à 8,000 mètres ou même de viser à 4,200 mètres avec les nouveaux fusils (modèle 1874).

Nous ferons remarquer de suite qu'un œil qui pour M. Gayat ne possède que l’acuité 1, à, non pas une acuité parfaite, mais une acuité médiocre, comme nous l’avons dit déjà.

(+) Ann. d’ocul., t. LXXIV, p. 171.

Quoi qu'il en soit, M. Gayat a entrepris des recherches expérimentales pour savoir comment varie l’acuité aux grandes distances. | Nous rapportons une de ses observations, qui nous parait intéressante. |

« Dans la plaine, au sud-ouest de Laghouat, en plein désert, sans arbres ni montagnes à l’horizon, par un ciel sans nuages, et vers le milieu du jour (c’est ce qu’on peut appeler un bon éclairage), nous mettons en observation quatre sous-officiers de tirailleurs algériens (de 25 à 35 ans) en face d’un sous-officier français de 1"70 de taille. Il porte un pantalon garance, une capote gris-noir, un képi noir avec simple liséré garance et des épaulettes vertes, un galon rouge large de 2 centimètres au bas de ses manches, pas d'armes ni aucune autre pièce métallique que les boutons de la capote. A 1,000 mètres, deux des tirailleurs disent voir nettement le pantalon et les galons rouges dés manches. Ils annoncent que le fantassin pivote sur lui-même, marche en avant ou vient directement vers eux, mouvements dont j'étais convenu en secret et qui devaient être faits à des moments déterminés. Pour moi-même et les deux autres Arabes, à 600 mètres, aucun des mouvements n'était perceptible. Il fallait pour les constater que le fantassin marchât obliquement ou dans un sens latéral par rapport à nous et par rapport au point où il se tenait primitivement. Cependant les quatre tirailleurs avaient comme nous une acuité > 1, trois étant emmétropes, et le quatrième, un de ceux qui voyaient le moins bien, étant légèrement hypermétrope. Mais à 550 mètres, nous reconnaissions tous les oscillations de la tête et le pivotement du corps sur lui-même. A 400 mètres, les deux premiers tirailleurs disent voir la bouche; pour les trois autres, et avec une concordance parfaite, ces mêmes détails ne sont perceptibles qu’en faisant approcher le fantassin à 320 mètres.

» À 300 mètres, chacun de nous reconnaît la couleur châtain de la barbe, l’échancrure du col de la capote, les épaulettes

ns

en vertes. Les deux premiers tirailleurs prétendent lire le chiffre unique du bataillon, haut de 3 centimètres, jaune sur fond noir. Les autres n’en distinguent que l'emplacement. »

M. Gayat fait suivre cette observation des réflexions suivantes : |

«Pour comparer la valeur de l’acuité mesurée par les échelles et sa valeur à grande distance, choisissons la distance à laquelle, dans nos expériences, tout le monde a reconnu quelque détail de la figure du fantassin. Si nous donnons à la figure une hauteur moyenne de 20 centimètres, nous voyons qu’un caractère typographique de cette dimension doit être lu, d’après le calcul, à la distance de 660 mètres, tandis que, d’après l’expérience, ces détails ne sont perçus par des personnes ayant l'acuité normale, et dans les meilleures conditions d'éclairage, qu’à 300 mètres. Nous ne multiplierons pas ces rapprochements, qui établissent suffisamment la différence des résultats entre la méthode expérimentale et la méthode mathématique pour la détermination de l’acuité aux grandes distances. »

Nous ne sommes pas d'accord avec M. Gayat sur plusieurs points. D'abord, si on fait le calcul de la distance à laquelle un caractère typographique de 20 centimètres doit être vu sous l’angle de 5’, on trouve 155 mètres au lieu de 660 mètres. M. Gayat a fait un calcul qui se rapporte à un caractère typographique dont l’épaisseur du trait serait de 20 centimètres, ce qui donnerait à ce caractère une hauteur de 1 mètre!

Cet objet est vu, dit M. Gayat, à 300 mètres, ce qui est sensiblement le double de 155 mètres; cela s'explique simplement si les acuités des yeux choisis étaient voisines de 2. Et, en effet, M. Gayat dit bien que l’acuité de chacun était supérieure à 1 : il est regrettable qu'il n'ait pas mesuré exactement la valeur de V. De cette façon, il est très probable que le calcul et l’expérience auraient été parfaitement d’accord. Nous ne voyons pas, en effet, de raison qui ferait que l’acuité n'aurait pas la même valeur à une distance de 60 mètres qu’à

Page 1