‹ L’Acuité Visuelle: Étude Physique et CliniqueChapitre 7 sur 36 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« Voir n’est autre chose que sentir un objet en dehors de soi et dans la direction même où il se trouve. C'est un toucher médiat, expressément géométrique. » (Giraud-Teulon.) (1)

Cette définition du mot voir n'est pas tout à fait exacte : nous ne voyons Jamais les objets dans la direction où ils se trouvent. Il faudrait pour cela que nous fussions plongés dans le vide. L’œil a, au contraire, la propriété de prolonger les derniers rayons qui frappent sa cornée, en sorte que l’objet d’où émane la lumière, est vu au point de concours des prolongements de ces derniers rayons.

Pour que nous percevions nettement les objets extérieurs, trois conditions au moins sont nécessaires (2) :

1° L'image formée sur la rétine doit être nette;

2 L'objet doit être convenablement éclairé, pour que l’image rétinienne ait une intensité suffisante ;

3° L’excitation de la rétine par les rayons qui viennent y former l’image de l’objet doit être transmise intégralement au cerveau.

L'image que forme un objet sur notre rétine est renversée. Depuis Képler, on s’est demandé comment l’œil peut voir droit au moyen d'images à l'envers. Cette question a soulevé bien

(1) La Vision et ses Anomalies, p. 96.

(2) Imbert, les Anomalies de la Vision, p. 1.

des hypothèses de la part des savants et des philosophes ; nous ne les reproduirons pas ici. Cependant voici l'opinion de Giraud-Teulon (!): « Le propre de la sensibilité rétinienne, son mode d'activité réactionnel spécial ct inné, consiste en la propriété de sentir en dehors de nous, c’est-à-dire de rapporter l'impression à l'extérieur du moi..….; ce n’est donc pas cette image que voit ou sent le sensorium, c’est objet extérieur lui-même. — La sensation fait un avec la notion d’extériorité, tandis que l’image, faisant corps avec la rétine, serait sentie à la surface postérieure de l'œil, si c'était elle dont le sujet eût conscience. Le sensorium ne sent donc pas l’image, il ignore même l'existence du tableau rétinien : ce qu'il sent, c’est l’objet en dehors de lui, à distance. »

Récemment, un savant russe, Oziersko (?), a donné une explication plus satisfaisante. Cet auteur cherche à résoudre cette question par un entrecroisement des fibres du nerf optique qui se produirait entre la rétine et l'écorce cérébrale, et dont le résultat serait le même que si l’extrémité rétinienne de chaque fibre occupait au fond de l’œil une position symétrique de celle qu’elle occupe en réalité. Les conditions de la vision droite ne se trouvant pas réalisées dans les terminaisons du nerf optique pourraient l’être dans le stade de transmission ou dans le stade de l’activité cérébrale. Il semble bien probable, d’après Oziersko, que les conditions cherchées se réalisent pendant le stade de transmission; le point où se réalisent ces conditions serait, dit-il, d'autant plus près du cerveau que l'animal considéré occupe un rang plus élevé dans la série.

Cette explication est peut-être la vraie : quoi qu'il en soit, c’est sur l'écran rétinien que viennent se peindre les images des objets extérieurs.

Parmi les objets extérieurs que l’œil aperçoit simultanément, un seul est nettement perçu : c’est celui sur lequel se porte l'attention. Son image rétinienne correspond à une petite

(t) Giraud-Teulon, Loc. cit., p. 96.

(®) Revue générale d’ophtalmologie, 1891, p. 542.

mms À = région anatomiquement remarquable, connue sous le nom de macula lutea, dont le centre est la fovea centralis. La rétine, en ce point, s’amincit en forme de vasque de fontaine, de façon à être réduite, en son centre, à la seule membrane de Jacob (cônes et bâtonnets). Cette localisation expresse de l’attention visuelle dans la fovea a été démontrée objectivement par Donders de la façon suivante :

1° Le sujet en observation recevant l’ordre de fixer son attention sur l’orifice central du miroir ophtalmoscopique, observateur constate que la tache jaune se présente toujours pour recevoir l’image de cet orifice ; 2° si, pendant l'observation, on ordonne au sujet de suivre attentivement la flamme d’une bougie qu’un assistant promène, l'observateur constate que l’image de cette flamme demeure constamment sur la macula.

C’est précisément pour faire former sur la tache jaune l’image des objets que nous dirigeons toujours notre regard vers l’objet ou le point que nous voulons voir distinctement.

« L’alouette que nous entendons chanter, perdue dans le bleu de l’espace (Gæthe), est perdue pour nous tant que nous ne parvenons pas à amener son image sur la fovea (Helmholtz) (1). »

Les éléments sensibles de la rétine sont les cônes et les bâtonnets; ils peuvent fournir à l’œil un nombre presque infini de signes élémentaires.

Pour donner une idée de l’immense richesse de l'appareil visuel, rapprochons-en le langage parlé : les signes élémentaires de la langue se réduisent à 24 lettres seulement, et pourtant, quelle n’est pas l'extrême variété des idées que leurs combinaisons nous permettent d'exprimer! Si nous estimons à 250,000 (chiffre fixé par Helmholtz) le nombre des fibres du nerf optique et si nous remarquons que chacune d’elles peut recevoir des degrés d’excitation infiniment variés provenant soit d’une, soit de trois couleurs fondamentales, nous sommes

(1) Helmholtz, Conférence d’Heidelberg sur les progrès récents dans la théorie de la vision, 1869.

= jé forcés de conclure qu’il y a là de quoi former un système de combinaisons infiniment plus riche qu'avec les quelques lettres de notre alphabet, sans parler des. variations si rapides que peuvent subir les images visuelles. Il ne faut donc pas s'étonner si le langage de nos sens, et en particulier celui de la vision, nous donne des renseignements infiniment plus détaillés, plus nuancés et plus individualisés que ne peut le faire la parole ().

(1) Helmhoitz, Conférence d’'Heidelberg sur les progrès récents dans la théorie de la vision, 1869.

Re

Du minimum separabile.

Tous les yeux ne sont pas également aptes à distinguer de petits objets, bien que les images rétiniennes soient également grandes et également nettes. La portée de la vue n’est pas synonyme de sa qualité : ainsi un œil myope ou œil brachymétrope. a, par définition, la portée de la vue courte (Bozybe, court; péreov, mesure). Il peut cependant avoir une excellente vue. On conçoit très bien que chaque œil ait sa sensibilité rétinienne propre, son acuilé visuelle propre. Cette sensibilité particulière de la rétine pour chaque individu se retrouve pour les autres nerfs sensitifs. A ce point de vue, il existe une correspondance presque parfaite entre le sens de la vue et les quatre autres sens : l’ouïe, le goût, l’odorat, le toucher.

L’acuité de la vue correspond à la finesse de l’ouïe (acuité auditive); à la finesse du goût (acuité gustative); à la finesse de l’odorat (acuité olfactive); à la finesse du toucher (acuité tactile). |

Toutes ces acuités se prètent aux mesures et pourraient être traitées dans une même étude générale qui aurait pour titre : l'Acuité.

Cette qualité du sens de la vue qui s'appelle l’acuité visuelle dépend de la faculté que possède notre œil de pouvoir isoler les sensations. Dès que l’animal, dit Giraud-Teulon (t), a dépassé le premier degré de développement oculaire, à partir de l’apparition du point visuel des animaux inférieurs (lequel se borne à distinguer la lumière de l’obscurité) jusqu’au merveilleux instrument d'optique qu'offre l'œil de l’oiseau de

Si ———

(1) Loc. cit., p. 128.

Tr. pe proie, tous les efforts de la nature gravitent autour d’un seul objectif : d’abord, la distinction de la direction (apparente) des rayons lumineux, puis le perfectionnement graduel de cette distinction, s'accusant dans l’accroissement du nombre des éléments rétiniens.

On peut donc dire que la faculté isolatrice de la rétine grandit à mesure que de l'œil élémentaire on passe à Pœil composé.

L’inverse de l’angle formé par les deux directions les plus voisines que l’on peut isoler dans un œil, telle est la définition de la faculté isolatrice de la rétine.

L'’angle correspondant à ces deux directions les plus voisines constitue ce que l’on nomme le minimum visibile. Giraud- Teulon, à cause de l’élasticité du mot voir, préfère l'appeler minimum separabile.

Le principe du minimum separabile a été formulé en 1759 par Hooke. «Le D" Hooke, dit Porterfield, a trouvé, par des expériences aisées à répéter, que le minimum visibile dans la plupart des yeux est compris dans un angle de une minute. Il suit de là que toute chose distinguée est au plus de cette dimension angulaire : ainsi, toute étoile que l’œil découvre paraît être de cette étendue au moins, et cela se conçoit, quoique cependant lorsque nous venons à mesurer ses dimensions réelles au moyen du télescope, nous lui trouvions seulement une étendue de quelques secondes. Et cela est aussi la raison pour laquelle s’il existe 200 ou 300 étoiles, si rapprochées l’une de l’autre qu'elles soient comprises dans cet angle de une minute, l'œil n’a pourtant que la sensation d’une seule étoile et ne les distingue point l’une de l’autre (1). »

La valeur de une minute indiquée par Hooke a été retrouvée un siècle plus tard par Giraud-Teulon et par Snellen qui ne connaissaient pas alors le traité de Porterfield.

Burchardt, de Cassel, aurait redécouvert, en 1870, ce même

(1) Porterfield, À treatise of the eye, 2° vol., p. 61.

principe du minimum separabile, car on retrouve dans son mémoire la proposition capitale qui forme la base du travail que Giraud-Teulon à présenté au Congrès d’ophtalmologie en 1862.

La largeur de la ligne correspondant à cette valeur du minimum separabile est de 0""1 pour une distance de 0"33. La grandeur de l’image rétinienne formée dans ces conditions est de 0""004.

D'autres expérimentateurs ont trouvé des valeurs beaucoup plus petites qu’une minute pour l'angle du minimum separabile. Ainsi Hirschmann, sur l’instigation d’Helmholtz, en 1867, obtint dans des conditions convenables un angle minimum visuel de 50 secondes (1).

Récemment Uthoff a repris ces mesures du minimum separabile, non seulement dans le cas de la lumière blanche, mais aussi dans le cas des différentes couleurs du spectre solaire. Il se servait (?) d’un grillage de fils de fer d’un diamètre égal à 0""0463, séparés par des interstices de même largeur. Il trouva 1° que l’angle du minimum separabile était sensiblement le même dans les différentes régions du spectre; 2° que la valeur de cet angle était comprise entre 27"6 et 328; ce qui correspond à des images rétiniennes de 0"*002 et 0""0023%.

Cette valeur du minimum separabile est environ la moitié de celle indiquée par Giraud-Teulon et Snellen. Notons dès maintenant ce résultat, qui est conforme aux mesures d’acuité que nous avons faites. Uthoff, pour se rapprocher de la valeur trouvée avant lui pour ce minimum, ajoute qu’il croit que le plus petit objet perçu n’est pas représenté par le diamètre seul du fil, mais par un fil et son interstice : de cette façon il arriverait à obtenir l’angle de 1 minute. Nous ne pensons pas qu’il soit utile de faire cette restriction, et nous considérons l’angle de 30 secondes, comme représentant bien le minimum separa-

(1) De Wecker et Landolt, Traité d’ophtalmologie, p. #14, t. I. (2) Revue genérale d’ophtalmologie, 1891, p. 302.

= 1 — bile, car l’acuité visuelle d’un bon œil correspond exactement à cet angle, pourvu que l’éclairage utilisé soit très bon.

L'angle de 30 secondes est aussi celui qu’adopte le professeur Charpentier, de Nancy (1). «Il était admis, dit-il, que leplus petit intervalle perceptible entre deux points lumineux était sur la rétine d'environ 0004. Or, j'ai observé que l’angle visuel minimum était réduit à une demi-minute et plus. L'opinion classique est donc fausse. »

D'ailleurs l’angle de 30 secondes répond sur la rétine à un arc de 0""0022. Or, d’après les mensurations qu’on peut croire exactes (?), le diamètre des cônes dans la fovea est,

d’après M. Schultze, de 0,0020 à 0,0025 — H. Müller, de 0,0015 à 0,0020 — Welker, de 0,003 à 0,0036

On voit par là que les cônes sont assez petits pour répondre

à l’exactitude des perceptions dont il s’agit.

(!) Archives d’ophtalmologie, t. II, p. 308.

(2) Helmholtz, Optique physiologique, p. 296.

D ve

IT

Définition de l’acuité visuelle. — Causes de ses variations. De l’œil réduit.

On divise l’acuité visuelle en acuité centrale et en acuité périphérique, suivant que la vision s’exerce à l’aide des parties centrales de la rétine (tache jaune), ou à l’aide des parties périphériques. La sensibilité de la rétine décroit rapidement à mesure qu'on s'éloigne de la fovea centralis; vers la région équatoriale, le degré d’acuité devient tellement faible qu'il ne subsiste plus là que la vision d’avertissement.

La définition de l’acuité visuelle, celle que nous adoptons, est la suivante : l’acuité visuelle d'un œil est l'inverse du plus petit angle sous lequel cet œil peut encore reconnaître la forme d'objets donnés.

Si on désigne la valeur de cet angle par «, on peut poser, d’après la définition,

La grandeur de ce plus petit angle « est fonction de la netteté de l’image rétinienne formée par l’objet vu sous cet angle.

Cette netteté de l’image dépend de quatre conditions principales :

4° De la grandeur de l’image rétinienne;

20 De l’éclairement de l’objet;

3° Du diamètre de la pupille;

4° De l’état de l'organe visuel.

(1) On a l’habitude de désigner l’acuité visuelle par la lettre V.

La grandeur de l’image rétinienne peut, malgré l'égalité de l'angle, être différente dans les différents yeux, selon la structure dioptrique de l'œil. Ainsi, pour un même angle visuel, les images rétiniennes sont très différentes, chez les yeux amétropes, de celles qu'elles sont chez l'œil emmétrope. L'influence des verres correcteurs sur la grandeur des images rétiniennes sera traitée avec détail dans le cours de cette étude.

La façon dont l’objet est éclairé est un des facteurs qui font le plus varier la netteté de l’image rétinienne et, par suite, l'angle 4. Nous consacrons un chapitre spécial à cette cause importante de la variation de l’acuité visuelle.

Le diamètre de la pupille intervient aussi dans la valeur minima de l’angle sous lequel un objet peut être vu nettement, à cause de l’aberration de sphéricité que la pupille tient sous sa dépendance et qui nuisent à la netteté de la perception rétinienne. Nous étudierons d’une façon particulière l'influence de la grandeur de ia pupille sur l’acuité visuelle.

Enfin, la netteté des images rétiniennes dépend encore de l'état de l’organe : on conçoit facilement que si les milieux réfringents de l’œil, humeur aqueuse, cristallin, corps vitré, ne sont pas d’une transparence parfaite, la valeur de l’angle x devra être plus grande que pour un œil sain. La qualité des éléments sensibles de la rétine agira de la même façon sur la netteté des images. Nous laisserons de côté, dans ce travail, les modifications de l’état de l'appareil visuel produites par les maladies, pour ne considérer que les modifications physiologiques ayant pour cause l'accroissement de l’âge.

UNITÉ D'ACUITÉ VISUELLE. — En prenant pour base la valeur du minimum separabile telle que l’ont indiquée Hooke, Giraud- Teulon et Snellen, on a choisi comme unité d’acuité celle d’un œil capable de reconnaître, sous l’angle de 5 minutes, des caractères d'imprimerie dont l'épaisseur du trait est le cinquième de la hauteur : l’angle sous lequel chaque trait est vu est, par conséquent, d’une minute. Cette unité est, comme

er, toutes les autres, purement conventionnelle; elle n’a rien d’absolu. On pourrait tout aussi bien prendre comme base l'angle de 30 secondes : l’unité serait alors deux fois plus petite. Nous verrons qu’une telle unité répondrait bien mieux à l’acuité normale, physiologique.

Avant d'indiquer comment se mesure l’acuité visuelle, nous croyons utile d'exposer sur quelles données physiques sont établis les caleuls qui ont trait à l’œil humain.

L'œil, au point de vue physique, est formé de trois dioptres convergents : le premier est la cornée; le second, la face antérieure du cristallin; le troisième, la face postérieure du cristallin.

Grâce aux méthodes imaginées et aux instruments sensibles que les physiciens et les ophtalmologistes ont aujourd’hui à leur service, on a pu effectuer, avec toute la rigueur et l’exactitude qu’elles exigent, les mesures des éléments dioptriques de l'œil.

Courbures. — C'est sur la cornée que le plus grand nombre de mensurations de courbure ont été effectuées. Cela tient, ainsi que le dit M. le professeur Imbert, dans son traité sur les Anomalies de la Vision, à la part importante qui revient à la cornée dans l'effet réfringent total de l’œil et surtout au défaut de symétrie qüe présente souvent le dioptre cornéen, défaut de symétrie qui est la cause d’une anomalie de réfraction très commune, l’astigmatisme.

Donders a trouvé des rayons de courbure variant chez les hommes de 8""396 à 7""98, et chez les femmes de 8""487 CA bons E >

Mauthner donne comme courbure moyenne de ses expé-. riences 7"*67. Bourgeois et Tscherning ont constaté des courbures extrêmes de 8""992 et une moyenne de 7""82,

Lt EE

Pour la face antérieure du cristallin, on sait qu’elle varie à chaque instant dans le phénomène de l’accommodation : on a déterminé les courbures maxima et minima qui correspondent, la première à la vision à petite distance, la seconde à la vision des objets éloignés.

Les moyennes d’un grand nombre de déterminations ont conduit à admettre une courbure minima de 10 millimètres et maxima de 6 millimètres.

Enfin, le troisième dioptre, la face postérieure du cristallin, varie un peu de courbure pendant l’accommodation; les moyennes trouvées sont : courbure minima 6 millimètres, courbure maxima 5"5.

Indices de réfraction. — Ces mesures d'indice ne peuvent être prises que sur le cadavre. Cependant, M. H. Bertin-Sans (1) a pu, 2 h. 35 après la mort d’un supplicié de 23 ans, déterminer les indices de réfraction du cristallin; il a trouvé : couche externe 1,3845; couche moyenne 1,402; noyau 1,410, à 21°C.

60 heures après, l’autre cristallin ayant été conservé dans de l'humeur vitrée de bœuf, il a trouvé les mêmes nombres; ce qui prouve, comme Krause l’avait indiqué pour des yeux de veau, que les indices des différentes couches du cristallin humain peuvent conserver assez longtemps les mêmes valeurs.

L'indice de réfraction de l’eau étant pris égal à 1,3351, Helmholtz a trouvé, pour l'humeur aqueuse, 1,3365; pour l'humeur vitrée 1,5582; pour le cristallin (couche externe) 4,4189. L'indice de réfraction du cristallin étant variable suivant la couche considérée, on a cherché à mesurer l'indice se rapportant à chaque couche. W. Krause (?) a trouvé pour la couche externe 1,4053 ; couche moyenne 1,4294 ; noyau 1,4541. Helmholtz a pu calculer l'indice qu’il faudrait attribuer à une lentille homogène de même forme que la lentille cristallinienne

(1) Montpellier médical, t. IT, 1893, p. 9%.

(2) Helmholtz, Optique physiologique, p. 104.

pour que son pouvoir dioptrique füt égal à celui de cette dernière. Cet indice total du cristallin est supérieur à celui du noyau eristallinien, ce qui prouve que le cristallin produit un effet réfringent supérieur à celui d’une lentille homogène de même forme dont l'indice serait égal à celui du noyau.

L’œil humain est-il un système centré? Helmholtz conclut que les trois dioptres constitutifs de l’œil ne sont pas exactement centrés. Toutefois, on admet que le défaut de centrage est assez faible pour qu’on puisse le négliger.

Œil schématique.

Si on attribue à l'humeur aqueuse et au corps vitré un indice de réfraction égal à celui de l’eau (ce qui ne s’écarte pas sensiblement de la réalité), si on fait abstraction des défauts de symétrie de la cornée et si on admet le centrage des dioptres cornéens et cristalliniens, on peut regarder le système dioptrique oculaire comme constitué par un milieu réfringent unique, séparé de l’air par une surface sphérique, et contenant dans son sein une lentille homogène d'indice égal à l'indice total du cristallin, constituant, avec la cornée, un système centré. Tel est l’œil schématique. On peut alors appliquer à ce système dioptrique les calculs et les raisonnements que l’on fait sur les systèmes centrés. Cet œil schématique possède donc des points nodaux, des plans principaux et focaux dont les positions sur l’axe ont été calculées par Helmholtz (1).

Œil réduit.

Les points principaux de l’œil schématique étant très rapprochés l’un de l’autre, on a simplifié davantage encore le schéma de l’œil en supposant ces points confondus en un seul placé sur l'axe à 2 millimètres en arrière de la cornée de l’œil schématique. Les points nodaux sont de même très voisins; suppo-

(1) Tableau d’Helmholtz, Optique physiologique, p. 154.

nc VU mnt sons-les réunis et coïncidant avec le centre de courbure du dioptre passant par le point principal unique.

Enfin, si l’on suppose que l'œil ainsi simplifié est constitué par un même milieu réfringent dont l'indice est le même que celui de l’eau, on obtient l'œil réduit de Listing et Donders.

Il est formé d’un dioptre unique ayant un rayon de courbure de 5 millimètres limitant un milieu dont l'indice est +.

Si l’on calcule les distances des plans focaux au pôle du dioptre, on trouve 15 millimètres pour la distance focale antérieure et 20 millimètres pour la distance focale postérieure. Ces foyers sont respectivement à 13 et à 22 millimètres du sommet de la cornée de l’œil schématique; ils se confondent donc très sensiblement avec les plans focaux de cet œil schématique, qui sont à 12""918 et 22""93 de ce même pôle de la cornée.

Le dioptre unique constitué par l’œil réduit, pour pouvoir être substitué à l’œil schématique, doit être équivalent au système centré formé par cet œil schématique. Nous venons de voir que ses distances focales sont très sensiblement les mêmes, que le point principal unique et le centre de courbure coïneident approximativement et respectivement avec les points principaux et nodaux de l’œil schématique ; il reste à voir la valeur du rapport des deux distances focales. — On sait que dans tout système centré, si on appelle n l'indice de réfraction du milieu d’émergence par rapport au milieu d'incidence, le rapport des distances focales est égal à n, quels que soient les indices des milieux intermédiaires et leur nombre. Dans le cas de l’œil schématique, le rapport des distances focales est égal à l'indice de l'humeur vitrée 1,33.

Pour l’œil réduit, qui est un dioptre convergent, les valeurs des distances focales sont

ren E et — n—1 à

1= Leur rapport est

Latin) TA NE)

k = nn — 1,33 00 3"

ES

Par conséquent, l’œil réduit constitue un système dioptrique équivalent à l'œil schématique, et on a le droit, au point de vue physique, de substituer le premier au second.

Il n’en est pas du tout de même lorsqu'il s’agit des lentilles ; ce rapport des distances focales est égal à 1, puisque f = f" : une lentille n'est donc pas équivalente à l'œil schématique, et jamais on n’a le droit de remplacer l'œil par une lentille convergente. C’est cependant ce qu’on trouve assez souvent écrit dans les ouvrages d’ophtalmologie. Nous ne saurions trop nous élever contre une pareille confusion.

L’œil réduit de Listing, construit avec les dimensions simpiles que nous avons indiquées, peut être regardé comme conduisant à des résultats qui seront en général suffisamment approchés. C’est sur lui que nous rafsonnerons dans la suite de ce travail.

L'avantage de cet œil réduit sur l’œil schématique, c’est que les formules compliquées relatives aux points principaux et nodaux n’ont pas besoin d’être appliquées : ces calculs ne doivent être employés que si l’on raisonne sur l’œil schématique.

On a réalisé l’œil réduit : nous citerons seulement l’œil réduit de Landolt; ceux de Badal, de Perrin, de Parent, etc., étant formés par une lentille, ne peuvent pas servir lorsqu'on veut vérifier ce qui se passe dans l’œil humain, car ils ne constituent pas un système dioptrique équivalent à l’œil schématique; nous venons de dire pourquoi. Seul, l’œil artificiel de Landolt est équivalent à l’œil schématique ; il se compose d’une petite caisse pleine d’eau et possède une cornée en verre mince ayant 9 millimètres de rayon de courbure.

= JG ==

pol

Mesure de l’acuité visuelle.

Soit un œil qui, sous un angle minimum 4, peut distinguer nettement la forme d’un objet AB; d’après la définition que fious avons donnée de l’acuité visuelle, on peut écrire

Fig. 1.

Le triangle ABK étant rectangle, on a:

0 étant la grandeur de l’objet AB et d sa distance à l'œil.

L’angle & étant très petit (5” et souvent moins), on peut, en vertu des lois de Képler, remplacer la tangente par l’angle lui-même et écrire

Rs 0 a — à

Substituons cette valeur à & et nous obtenons d

sr.

Mise sous cette forme, cette formule montre : 4° que l’acuité d'un œil est, pour un même objet, d'autant plus grande que la distance à laquelle l'œil est placé est elle-même plus grande ; 2° que pour une même distance, l’acuité est d'autant plus grande que l’objet dont on peut distinguer la forme est plus petit.

Si nous considérons un autre œil capable de distinguer à la distance d'un objet o’, son acuité visuelle V' sera représentée par

Si nous supposons que l’acuité V' est celle que nous avons prise pour unité d’acuité, la mesure de l’acuité V du premier œil est le rapport

v'” car on sait que mesurer une grandeur, c’est chercher combien de fois l’unité choisie est contenue dans la grandeur à mesurer.

En remplaçant V et V’ par leurs valeurs respectives, on a

d Moon VAE A! pad 70 0° et puisque V'— 1, 41280 Mr Mar

On peut remarquer que si on fait 0'— 0,

d A = d' et que si on fait d = d’, | L'ALX

Il résulte de là qu’il y a deux façons de mesurer l’acuité

ER

visuelle : soit en faisant regarder à tous les yeux le même objet et en faisant varier la distance, soit en laissant la distance constante pour tous les yeux et en faisant regarder des objets de grandeur variable.

Are MÉTHODE. — Objet de grandeur fixe, distance variable.

L'objet fixe sera, par exemple, des caractères d'imprimerie de même grandeur, dont l'épaisseur du trait est le cinquième de la hauteur, ou des traits équidistants à intervalles égaux. Soit d' la distance à laquelle l'œil d’acuité unité distingue nettement l’objet-type, et soit d la distance à laquelle lœæil d’acuité inconnue est obligé de se placer pour voir distinctement le même objet. La mesure de son acuité s'obtient en prenant le rapport de la seconde distance d à la première d', eton a

Dans cette méthode, une seule ligne de lettres-types suffit pour déterminer toutes les acuités; il n’y a que les distances qui varient.

Exemple: Supposons des caractères d'imprimerie ayant 54 millimètres de hauteur et tels que l'épaisseur des traits soit égale au cinquième de cette hauteur. On cherche une fois pour toutes à quelle distance ces caractères sont vus sous l'angle de 5’, c’est-à-dire par l’œil d’acuité 1; dans ce cas, on trouve 36 mètres.

Si un œil est obligé de se placer à 29 mètres pour distinguer ces lettres, son acuité est

Un autre œil qui serait obligé de se mettre à 32 mètres aurait une acuité de

On voit que ces deux acuités diffèrent de ET

Cette méthode permet, en prenant des objets assez grands, de déterminer V avec une grande approximation. Si, en effet, deux yeux sont tels que l’un doive se placer à 31 mètres, et l’autre à 31"50, leurs deux acuités différeront de

31,5 — 31 0,5 1 F0 ROO ee 72 et on conçoit qu’on puisse déterminer des différences encore plus petites.

Cette méthode présente donc un grand avantage lorsqu'on veut avoir une mesure aussi exacte que possible. Mais elle exige qu’on ait à sa disposition un espace suffisamment grand pour pouvoir faire varier les distances.

La plupart des auteurs indiquent qu’en clinique ophtalmologique la mesure de l’acuité se fait en prenant le rapport des distances d et d’; en sorte qu’il semble que c’est la méthode que nous venons de décrire. Il n’en est rien cependant. Dans les cliniques ophtalmologiques, au lieu de faire varier les distances, on place tous les yeux à la même distance. Ce qu'on fait varier, c’est la grandeur de l’ébjet-type. C’est, par conséquent, la méthode que nous allons décrire maintenant qui est utilisée.

2e MÉTHODE. — Distance fixe, objets de grandeur variable.

On choisit comme distance fixe, soit 6 mètres (Snellen), soit 5 mètres (Monoyer). Les objets présentés aux yeux dont on veut mesurer l’acuité varient de grandeur : il sont disposés, en général, sur un tableau par ordre de hauteur croissante ou par ordre de hauteur décroissante. Ce sont, le plus souvent, des lettres, quelquefois des traits, dans quelques cas .des points. Quelle que soit la forme choisie, ces caractères constituent ce qu’on est convenu d’appeler : échelles d’acuité, échelles optométriques, optotypes, test-types, échelles typographiques, etc., dont nous allons longuement parler. On

sr SN détermine, une fois pour toutes, la grandeur des lettres qui, à la distance fixe choisie, apparaissent sous l’angle de 5". Soit 0’ cette grandeur; on cherche ensuite, en faisant placer l'œil à cette même distance, quelle est la grandeur des caractères les plus petits qu’il peut distinguer encore nettement. Soit 0 cette grandeur.

L’acuité de l’œil est donnée par le rapport nn La hauteur des lettres qui, à 5 mètres, sont vues sous l'angle de 5’, est de 75. Si un œil ne peut distinguer que celles qui ont une grandeur de 11#"25, son acuité est évidemment

ILsuffit donc, dans cette méthode, de.noter à côté de chaque rangée de lettres leur grandeur : l’acuité sera donnée par le

po rapport =.

Il est encore plus simple, et c’est ce qui a été fait par plusieurs auteurs, de noter, en face de chaque ligne de caractères,

le rapport = tout calculé. Si les lettres vont par ordre de grandeur décroissante, la valeur de V indiquée en marge sera, par exemple,

ou bien (Monoyer) 1, 0,9: .0,8570,75 0,0: 0,9: 0,4; 0,3; 0,2: 0,1.

Cette méthode, plus commode que la première, ne permet pas de donner la mesure de V avec une approximation aussi grande; elle est donc moins précise et d’une sensibilité moindre; en revanche, elle n’oblige pas à posséder un espace bien grand, puisque 5 mètres suffisent,

Rae. #4

Nous avons dit plus haut que c’est à cette méthode qu’on a recours en clinique. Nous allons le justifier maintenant. En effet: 1° la distance est la même pour tous les yeux; 2° audessus ou à côté de chaque ordre de lettres se trouvent, en général, des numéros qui, au lieu de représenter la grandeur des objets-types, représentent la distance à laquelle ces objets

sont vus sous l’angle de 5’. Mais si on fait le rapport = et

qu'on le compare à celui obtenu en prenant, d’une part, le nombre placé à côté de la ligne lue par l’œil d’acuité 1, d'autre part, le nombre placé à côté de la ligne lue par l'œil d’acuité inconnue, on trouve qu'il y à égalité. Cela se comprend aisément : le numéro de chaque ligne de caractères n’est pas autre chose que le produit de la grandeur de chaque ordre de lettres par la constante 66,66, et il est évident alors que oo" X 66,66

o 0 X 66,66 Le résultat est done le même qu’on prenne (comme l’indique

la méthode) V =— ou le rapport des numéros que portent les

échelles ordinaires. L’approximation obtenue par le rapport adopté en clinique n’est pas plus grande que si on prenait le rapport des grandeurs des objets.

Il serait donc beaucoup plus méthodique d'indiquer la grandeur de chaque ordre de caractères; de plus, la définition de la mesure de l’acuité y gagnerait en clarté : le plus souvent on fait un mélange des deux méthodes, qui devraient être bien séparées l’une de l’autre. La difficulté qu’éprouvent les étudiants et les lecteurs disparaîtrait certainement et la confusion qu’entraîne ce mélange serait remplacée par une clarté que devraient rechercher spécialement les ophtalmologistes.

Quoi qu’il en soit, la mesure de l’acuité sera faite au moyen de la seconde méthode chaque fois que la distance sera constante pour tous les yeux. C’est ce qui a lieu en particulier dans l’optomètre du professeur Badal et dans ceux du même

== 308 genre. Ici, en effet, tout se passe comme si l'échelle optométrique, ou plutôt sa réduction photographique, se trouvait placée dans un des plans principaux de la lentille, c'est-à-dire, dans le cas où le centre optique de l’œil coïncide avec le foyer de la lentille, à la distance de 63 millimètres. L'acuité est

toujours donnée par le rapport . de la grandeur de l’objet vu

sous l'angle de 5’ à celle de l’objet le plus petit vu distinctement par l'œil examiné.

es

Modifications de la grandeur des images rétiniennes par les verres correcteurs dans les différentes amétropies.

Les différentes méthodes de mesure de l’acuité visuelle que nous venons d'exposer s'appliquent à l’œil emmétrope; lorsque l'œil à examiner est amétrope, son anomalie de la réfraction doit être corrigée. Le verre correcteur forme alors avec l’œil un système dioptrique centré qui produit des images rétiniennes différentes de celles formées par les mêmes objets dans l'œil nu. Les mêmes objets (lettres, traits ou points) devant servir à la mesure de l’acuité pour tous les yeux, quel que soit l’état de réfraction, on doit se demander quel est l’effet produit par le verre correcteur sur la grandeur des images rétiniennés. Si, en effet, une même lettre, pour la même distance, ne donnait pas dans un œil amétrope corrigé une image rétinienne de même grandeur que celle de l’œil emmétrope, les mesures de l’acuité ne seraient pas comparables pour tous les yeux.

En effet, considérons les amétropies axiles: un même objet AB fournit dans chaque œil des images HH'<EE'< MM”:

Et, 2%

On ne voit pas a priori pourquoi le verre correcteur rend ces images rétiniennes égales.

De même, si on considère les amétropies de courbure, qui

Fig. 3.

sont produites, non par une variation dans la longueur de l’axe, mais par une variation dans la courbure de la cornée de l'œil, l’objet AB donne les images rétiniennes RH < ER < RM. Là aussi, on ne voit pas, a priori, dans quelles conditions et pourquoi le verre correcteur de chaque amétropie rend les images rétiniennes égales à celles de l'œil emmétrope.

Des démonstrations ont été données, avant nous. Ainsi Knapp, de New-York, pour les amétropies axiles, a appliqué les formules de Helmholtz, et il a trouvé qu’un même objet est vu, quand la correction de l’amétropie est faite, sous le même angle que pour l’œil emmétrope (t).

Landolt (2) arrive aussi à la même conclusion, indirecte, en employant la même méthode, qui repose sur la considération des systèmes centrés: ce qui entraîne des longueurs et rend la démonstration pénible.

Enfin Gullstrand (3), en 1891, montra que pour les angles focaux égaux, dans le cas des amétropies axiles, et des angles principaux égaux, dans le cas des amétropies de courbure, les images rétiniennes sont égales à celles de l'œil emmétrope.

Les calculs que nous allons exposer ont l'avantage sur ceux

() Annales d’oculistique, 1872, t. LX VII, p. 191. * @) Traité d’ophtalmologie (de Wecker et Landolt), t. I, p. 478. @) Revue générale d’ophtalmologie, 1891, p. 299.

des auteurs précités de s'appliquer à la grandeur même de l’image rétinienne : le raisonnement se fait sur l'œil réduit dans lequel, on le sait, on ne doit pas faire entrer la considération de points nodaux ou principaux. En un mot, les démonstrations suivantes sont élémentaires, tout en conservant une approximation tout aussi grande que celles de Landolt, et de plus elles sont directes et tout à fait générales.

1° Amétropies axiles,

Considérons l’œil réduit dans le cas de l'emmétropie (voir fig. 1, p. 26), et soit un objet AB (par exemple une des lettres de l'échelle de Snellen) placé à la distance d. L'image rétinienne de cet objet s'obtient en joignant le point A au centre optique de l'œil réduit.

Désignons l’image rétinienne EE’ par 4,, la distance KE du centre optique à la rétine par o, et la grandeur de l’objet AB par 0.

Les triangles EKE’ et AKB donnent évidemment :

Page 1