SUZANNE PITT
pensàcs et d'autres prières suggérées par les premières.
Aiiisi^ entre les lignes du passage qu'on vient de lire, se trouvent ajoutés ces mots :
... Vous ra*avez donné mou cœur, je vous le dois tout entier! La puissance d*aîiner, je la tiens de vous, ne permettez pas que j*aime jamais hors de vous et sans vous! Donnez-moi, Seigneur, de voils aimer un peu comme les saints, comme les anges, comme la sainte Vierge vous aiment l Embrassez mon cœur du feu divin de votre amour. Que cette sainte ardeur le purifie, le consume, l'ëclaire et le dévore! C'est à' vos pieds que je dépose mon pauvre . misérable cœur comme saint François me Ta appri$«
La Ictlre suivante est Tune des rares où nous > ayons trouvé, une mention explicité de son malheur. Elle l'écrit le jour du- premier anniversaire de la mort de son fils, à sa nièce, Suzanne Pilt, qui avait eu vingt et un an la veille de ce jour.
RiehmoAd, 39 mai 185».
^ Très chère Suzanne,
Hier, le jour de votre naissance, je ne vous ai pas écrit. Je n'en ai pas eu le courage... je ne pouvais me- distraire de la pensée des heupes de cette jourqee que vous aviez passées Tannée dernière a Ye(î moii cher enfant! Mais je ne veux pas que vous puissiez douter de 1» tendresse* des vœui que je (orme pour votre bonheur, ni. de' l'affection particulière que je vous porte.
Le jour où on a vingt et un ans est une époque dans la
vie ! Puisse-t-elle marquer pour vous celle d'un progrès
. nouveau dans tout ce qui est bon et saint! Agissez éii tout
selon ce que vous discernerez que le Dieu tout-puissant i
attend de vous. Cherchez en toutes choses sa volonté et
348 CEIAI^ITRE: XIV - (1855-1857)
puisse-t-il vous. combler pour ce monde et pour l'autre de ses ])1u6 précieuses bénédictions. A genoux près de sa t«mbe, ce matin, j'ai senti un ardent désir d'appeler ces bénédictions sur tous ceux qu'il a aimés et qui l'ont aimé en retour! Vous et Fanny étiez pour lui deux sœurs. Que Dieu vous bénisse toutes les deux, et vous accorde tous les biens de ce monde, et surtout tous ceux que ce monde ne donne pas !
Je n'attends pas de réponse à cette lettre, chère cufant; je désire même que vous ne me répondiez pas. A vous affectueusement.
Peut-ôlre fut-ce alors, qu'elle écrivit les vers suivants qui ne portent aucune date et que personne ne lut avant ce jour.
Cher enfant ! tu es devenu mon ange gardien ! — je me sens maintenant attirée vers le ciel par mon amour pour toi ! — Ta douce main a brisé toutes les entraves, je sens près de moi ton pas silencieux, — enfant chéri, donné à Dieu avec de si amers regrets. — Que mes doutes me soient pardonnes par Celui qui t'appela pour te sauver ! O bien-aimé ! obtiens-moi, pour toi, un plus grand amour, — pour notre patrie céleste, un plus grand désir, — en mon Dieu, une plus aveugU confiance!., d
Lady Georgiana et son mari passèrent, à Rome, rhiver de 1856. Nous verrons, par les extraits suivants, qu'elle y fut admise dans le Tiers Ordre de St-François, au mois de mai 1857.
Ai-je suivi le Seigneur jusqu'à )>rés6nt? je l'ai connu peut-être, comme les fils de Zébédée le connaissaient avant ce jour mémorable où il leur dit : « Sauvez-moi ! » Ne m'adresse-t-ii pas maintenant ces mêmes )>aroles ? Ne
TIERS ORDRE DE SAIKT-FRÂNÇOIS 349
m'invîte-t-il pas à le suivre d'une manière plus parfaite ? et rengagement que je vais prendre dans le Tiers Ordre de Saint-François d'Assise n'est-il pas un signal et un point de départ pour moi ? Mes défauts se dressent devant moi, et semblent grandir au lieu de diminuer. Voici le moment de commencer sérieusement à me vaincre et à faire pénitence selon mes forces, et les moyens que Dieu me donne pour cela !
Plus bas, elle écrit en anglais les résolutions formées et tenues avec une fidélité dont tous peuvent . rendre témoignage, quoique bien peu de monde, peut-être personne, n'ait eu connaissance de l'engagement qui la liait à l'Apôtre de la Pauvreté.
Être pauvre d'esprit, en ce qui regarde mes goûts, autant que cela sera en mon pouvoir, pratiquer la pauvreté au milieu de la richesse, me réjouit, au lieu de m'affliger, de toute occasion de souffrir quelquq privation qui m'en rapproche. Donner plus que je ne l'ai fait jusqu'à présent, donner des choses auxquelles j'attache réellement du prix, me détacher de plus en plus de tout ce que je possède.
Je vais devenir fille de Saint-François d'Assise, l'apôtre de la pauvreté ! Puisse sa vertu favorite devenir de plus en plus chère à mon cœur! O bienheureux Sauveur! apprenez-moi à la pratiquer de toutes les manières que je le pourrai, mais surtout en réprimant tout désir d'être estimée, considérée, tenue pour supérieure à d'autres. Donnez-moi ce désir de l'humiliation, cette joie de l'abaissement de soi-même qui caractérise les saints ! Faites que je m'accoutume à être blâmée dans les petites choses, à ne jamais me. défendre ou me vanter, afin que, peu à peu, cet esprit croisse en moi. Donnez-moi les grâces nécessaires pour être une
35e CHAPITRE XIY — (1855-1857)
parfaite tertiaire de Saint^François... Que je sois vraiment une religieuse dans mes pensées et ma conduite autant que, dans ma position, cela m'est possible.
Daignez, SeigneoTi me suggérer de bonnes pensées, faites-les nattre dans mon esprit par la réflexion, mûrir dans mon âme par la prière, germer dans mon cœur par
ses affections To hunger andtkirst after righteousness
(avoir faim et soif delà justice), donnez^moi de l'éprouver cette faim et soif spirituelles... Voici, Seigneur, la première pensée que vous m'avez inspirée ce matin en m'éveillant. To wcUk in God's présence €uid to do God*8 witl (marcher dans la présence de Dieu et faire sa volonté). Ces mots contiennent tout un règlement de vie. Si seulement je pouvais me pénétrer de leur sens et vivre selon leur esprit !
Dieu vous voit. C'est là la première instruction qu'on donne aux enfants, c'est là la dernière leçon que l'homme consommé en sainteté arrive à apprendre. Daignez, Seigneur, me pénétrer de cette idée, afin qu'elle s'établisse dans mon âme et qu'elle y porte des fruits de vie !
Le paragraphe qui suit débute par deux vers de Newman, si présents en Angleterre à toutes les mémoires, qu'elle les lui emprunte et les intercale dans sa prière , presque sans s'en apercevoir et seulement comme l'expression la plus exacte de sa pensée.
Ces vers sublimes (moins connus en France),
nous tenterons ici d'en donner l'idée à nos
lecteurs, quoiqu'il faille nécessairement les lire
dans Poriginal pour apprécier leur harmonieuse
• beauté :
Conduis-moi, douce lumière I conduis-moi en avant dans