‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 119 sur 196 · TRAVAIL INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

TRAVAIL INTÉRIEUR

qui allait désormais remplir sa vie, et qu'il faut nommer : la Recherche de la perfection. Travail inconnu du monde, incompréhensible pour lui, et qui, lors même qu'il se trahit par des faits extérieurs, lui demeure un mystère et lui est même quelquefois un scandale ; mais les saints poursuivant toujours leur chemin ont passé outre, sans s'inquiéter de cette surprise; de même doit-on faire quand on raconte la vie de ceux que la sainteté (c'est-à-dire quelque chose de plus que la plus haute vertu humaine) a marqué de son signe.

Lorsque Georgiana, accablée sous le poids de la plus lourde des croix, se releva en l'embrassant, ce fut donc pour donner à Dieu, sans restriction, le reste de sa vie. Dans cette vie ainsi donnée, elle n'eut plus que deux pensées dominantes : se consacrer avec une tendresse et un dévouement, plus grands encore qu'auparavant, à celui qui, frappé comme elle et, comme elle, inconsolable, eût peut-être succombé à sa douleur, sans le ferme et doux appui, qui jamais, à aucun instant, jusqu'au dernier, ne lui fit défaut, et lui communiquer l'adoucissement qu'elle puisait elle-même dans l'oubli de sa propre souffrance.

L'autre pensée fut celle des pauvres, auxquels elle consacra, avec une générosité entière, tout ce qu'elle possédait : son temps (sauf celui qui était réservé à ce qu'elle tint toujours pour le premier

3U CHAPITRE XIV — (1835-i857)

de ses devoirs), son argent, ses forces, sa santé, son inteUigence toujours directement ou indirectement occupée à les servir, sa vie enfin, dans son ensemble et dans tous ses détails, fut livrée alors sans retour à ce sentiment qui dépasse toute compassion, toute pitié, toute bonté humaine; à cette charité divine qui ne fait qu'un avec l'amour de Dieu, et qui seule demeurera, lorsque la Foi et l'Espérance ne seront plus.

Tout cela s'eiTectua peu à peu dans cette vie transformée, mais, avant de parler des œuvres qui la remplirent, approchons d'abord avec un religieux respect de la source qui les rendit bénies et fécondes, et ne craignons pas maintenant de glorifier celle dont l'humilité ne peut plus être contristée, et que l'orgueil ne peut plus atteindre?

En lisant les pages qui vont suivre, nous comprendrons que l'épreuve à elle toute seule, même acceptée sans murmure, ne suffit pas pour allumer dans l'âme ce foyer d'amour humain et divin, qu'il y faut de plus un travail profond et persévérant. Nous ne connaissons pas exactement les dates de ces pages, mais il est certain qu'elles furent écrites pendant la période qui s'écoula entre 1855 et 1860. La première partie de ces notes est tout entière en français. Nos écrivains spirituels lui avaient, les premiers, donné les enseignements qu'elle allait mettre* en pratique et

leur langage lui était, devenu aussi familier que leurs pensées. Parfois, cependant, elle y mêle quelques passages en espagnol, la langue par excellence de la piété catholique, et que, pour cette raison, elle s'était donnée la peine de con-^ naitre et d'étudier.

a Seigneur, demeurez avec nous ! » C'est là la prière que je vous adresse. Votre nom, c'e^X Emmanuel ! Dieu avec nous. L'air que nous respirons, la terre que nous foulons aux pieds, le ciel, les arbres, les fleurs, Teau, les nuages, tout est plein de vousi... par ces objets visibles vous yous communiquez à notre esprit. Alumbra mi entendimiento con la claridad de tu presencia (Eclaire mon intelligence par la clarté de ta présence) .

Vous demeurez avec nous par les lumières que vous nous donnez dans la prière, dans la lecture, surtout dans la sainte communion.

Mon Dieu ! demeurez avec moi aujourd'hui. Vous entrerez dans mon cœur quand j'aurai le bonheur de vous recevoir. Vrai pain de vie 1 seul et unique objet de mes hommages et de tous mes désirs, daignez prendre possession de tout mon être en ce moment ineffable. Vierge ! qui avez conçu ce Dieu tout-puissant dans votre sein virginal, faites que le Sauveur demeure en moi dans le saint sacrement de son amour et que je l'y retienne par de ferventes prières, par un dévouement sans bornes, par une attention continuelle à éviter les plus légères fautes. Seigneur l demeurez avec moi jusqu'à l'heureux moment où vous entrerez dans mon âme. Faites, Seigneur, que mes pensées rebelles se tiennent dans l'obéissance et le recueillement, et que je ne cesse de songer au bonheur que vous me promettez, jusqu'à l'heureux moment ou il me sera donné de vous recevoir.

Après ces lignes ferventes, écrites avant l'heure de la communion, elle ajoute au crayon :

Seigneur, demeurez avec moi toutes les heures qui vont s^ëcouler. Ne m'abandonnez pas un seul instant. Jésus qui vivez dans le ciel, Jésus qui habitez la terre, demeurez avec moi! Je vous supplie, Seigneur, de m'inspirer tout ce que vous voulez que je sente, que je fasse, que je dise aujourd'hui, faites que je ne vous offense pas une seule fois volontairement; que je ne néglige pas une occasion de faire le bien.

Oh ! mon Dieu, enseignez-moi à couper, à trancher,

à mettre le fer et le feu à mes mauvaises inclinations, à avoir Tœilsimpleet le cœur droit. Que je tâche de comprendre Dieu autant que la faiblesse de mon esprit le comporte, et que je fortifie mon esprit par de bonnes et solides lectures, par des études suivies, par des réflexions qui mettent un terme à ce vagabondage de pensées inutiles qui me distraient si puissamment et qui élèvent un nuage entre Dieu et moi 1

Et puis quand j'aimerai Dieu de cette manière il faudra que j'aime mon prochain comme moi-même, que je craigne la douleur pour lui comme pour moi, et encore plus, le péché pour lui comme pour moi; que je ne me permette jamais d'aversions, d'antipathies, de froideur pour personne, et que je travaille sans cesse, sans relâche pour les autres. Que j'y emploie tous mes soins, tout mon temps en vue de Dieu et pour lui complaire. Que je ne connaisse ni le mépris ni l'ennui. Que je voie sur le front de chaque créature Timage de Dieu et sur chaque chrétien la marque du sang de Jésus-Christ. Qu'il en soit ainsi, mon Dieu !

Elle écrivait sans doute ces ardentes prières pour les relire à l'église, et souvent, sur le même papier, on trouve, écrites au crayon, d'autres

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