Celui où se trouve Tanniversaire de la mort de son fils
352 CHAPITRE XIV — (1855-i857)
tié d'une très longue vie et j*ai très peu fait, très peu avancé, très peu thésaurisé pour le ciel. Il ne me reste guère, même si j'atteins un âge avancé, qu'une vingtaine d'années à vivre, certainement cela est peu pour travailler. Eh bien ! mon Dieu I il y a des saints qui le sont devenus dans un temps plus court encore ! Faites-moi la grâce de prendre aujourd'hui la résolution de travailler de toutes mes forces à bien remplir le reste de ma vie ! 2® Je dois demander constamment la protection de la sainte Vierge, ma mère, ma maîtresse, ma supérieure, je veux avoir recours à vous sans cesse. Revêtez-moi vous-même, mardi prochain, de l'habit et de la corde de Saint-François, faites que je sois une vraie religieuse, que je me pénètre profondément de l'esprit du saint Tiers Ordre que je vais embrasser... que je m'y prépare pendant ces derniers jours avec beaucoup de zèle et de ferveur et surtout en méditant votre vie, en étudiant vos exemples, en écoutant vos paroles et pour cela en gardant le silence dans mon âme. Oui, je veux aspirer aune grande perfection, je tâcherai d'éviter les moindres fautes, de pratiquer un recueillement profond, de m'humilier devant Dieu, et, dans toutes les occasions possibles, devant les hommes aussi. Marie! ma mère, priez pour moi.
Rome, 4 mai 1857.
Voici le temps acceptable, voici le jour du salut. Demain matin le deuxième anniversaire de la dernière communion de mon enfant bien-aimé, je serai admise dans le Tiers Ordre de Saint-François. J'ai la ferme intention que ce soit, par la grâce de Dieu, le commencement d'une vie nouvelle, uniquement dévouée à son amour et à son service.
1® Je renouvelle le vœu que j'ai fait, il y a dix-huit mois, avec le consentement du P. Faber;
2o Je forme la ferme résolution de pratiquer la pauvreté dans toutes les choses qui seront en mon pouvoir, choisissant toujours pour moi-même les objets et les vêtements
les plus pauvres les plus simples et les moins coûteux, autant du moins que je le pourrai en observant les conve-* nances et les égards dus aux autres ;
3« Je considérerai mon argent comme ne m*appartenant pas, mais à Dieu seul et aux pauvres, je n'eu garderai pour moi-même que ce qui m^est le plus strictement nécessaire pour mes vêtements et mes dépenses personnelles* Hors de là, je n'en dépenserai point qui ne soit dans' le but de servir Dieu directement ou indirectement. Je compte dans cette dernière catégorie les petits présents d'amitié que je puis faire aux autres, mais si j'avais à cet égard quelque . doute, je l'exposerais à mon confesseur et me soumettrais à sa décision...
4« De chercher en toutes choses h m 'interdire tout ce que ne se permettrait pas une religieuse : toute animation trop vive dans la conversation, toute plainte ou toute remarque sur l'absence des comforts dont il m'arriverait de manquer, toute attitude trop molle, trop commode, trop nonchalante. En un mot, autant que cela est possible dans ma position, de mener la vie d'une religieuse, de ne point agir par fantaisie ou par impulsion, mais, le plus que je pourrai, par obéissance, me soumettant aux circonstance^ extérieures elles-mêmes, dans ce même esprit d'obéissance religieuse, me souvenant que pour les gens du monde la patience doit être ce qu'est la règle pour les religieux.
5* Je tâcherai de me borner exactement à deux repas par jour, et si j'étais forcée de manger davantage, je me contenterai de pain sec. Peut-être ne pourrai-je pas toujours observer ceci. En tous cas, je ferai ainsi maintenant; 6* J'étudierai attentivement mon règlement, pour en observer chaque point exactement, ou du moins pour en conserver toujours l'esprit, lors même que je serais forcée de m'écarter de la lettre. Je m'examinerai là-^dessus atten* tivement et je noterai tous mes manquements.
Demain je ferai ma méditation sur les cinq plaies de notre Saureur, en priant ardemment saint François de m*obtenir les cinq vertus d'humilité, d'obéissance, de mortification, d'amour de la pauvreté, et de patience.
Le lendemain, 5 mai 1857, jour de sa réception dans le Tiers Ordre, anniversaire de la dernière communion de son fils, elle écrit :
Bienheureux anniversaire de la seule consolation du reste de ma vie M Souvenir précieux, conservé comme un trésor dans mon cœur, sans lequel tout eût été pour moi obscurité et désolation, tandis que ma douleur est pénétrée d'espérance et de consolation! Allons, mon âme! soulevez-vous et montrez au Dieu tout-puissant votre reconnaissance, en vous conduisant plus généreusement envers Lui, en vous consacrant plus entièrement k son service !
Aujourd'hui j'ai été trop positive en faisant valoir un argument. Il y a là un manque d'humilité, je suis maintenant une franciscaine, que je ne l'oublie pas! une religieuse de cœur et, jusqu'à un certain point, de fait. Que Dieu soit béni de cette grâce, et de toutes les bénédictions spirituelles qu'elle signifie et contient.
Parlez, Seigneur, votre servante vous écoute... surtout après la communion, lorsqu'il se fait en elle un grand silence, alors, mon Dieu I il sort souvent des paroles de votre bouche qui sont la vie de l'homme. Qu'il en soit ainsi aujourd'hui. Seigneur, que j'entende votre voix ! que je recueille vos paroles !
Et puis; Seigneur, la nature entière, les arbres, les fleurS; les montagnes, les hommes, les livres, les animaux, tout nous parle de vous, seulement il faut que nous