‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 123 sur 196 · RÉSOLUTIONS ET PRIÈRE · texte numérisé non relu

RÉSOLUTIONS ET PRIÈRE

sachions prêter l'oreille, écouter toutes ces voix dans le «ilence et le recueillement, et faire cesser le bruit de notre imagination. Seigneur, il faut, silencieuse et recueillie à vos pieds, se nourrir de la manne sacrée que vous nous donnez. Que nos communions soient le résultat de notre . vie entière I et notre vie entière la suite de nos commu« nifMis!...

Ces dernières lignes furent écrites peu ayant la fin de £K>n séjour à Rome. Elle ne cessa pas toutefois de noter ses pensées intin>es, si précieuses pour nous à connaître, et nous pourrons continuer à les consulter. Elles nous permettront même de suivre le mouvement extérieur aussi bien qu'intérieur de sa vie jusqu'à son retour en Angleterre, où cette fois encore une nouvelle demeure les attendait. Ils ne possédaient plus Wilbury; tout l'attrait de ce lieu avait dispara avec celui pour qui seul il avait été choisi. La mort qui déchire le cœur, bouleverse et déracine aussi bien souvent la vie. Il en fut ainsi pour eux. Tout sembla être remis en question par le malheur qui les avait frappés, et l'instabilité qui pendant quelques années régna dans leur existence, bien qu'une épreuve légère en regard de la grande croix qui pesait sur eux servit cependant à sanctifier Georgiana, à détruire en elle jusqu'à la dernière trace de complaisance pour ses propres goûts, pour ses préférences, ou ses désirs personnels, et à lui faire pratiquer, comme elle l'avait

sincèrement désiré et demandé, un détachement des lieux et des choses, assez complet pour ressembler beaucoup au renoncement qui fait partie de la vocation religieuse.

Dans les passages que nous lirons plus loin, nous apercevrons un réveil des doutes déjà éprouvés sur Tutilité de ses travaux littéraires. A cette heure de suprême effort pour gravir des hauteurs plus escarpées, nous ne pouvons nous en étonner, et nous y trouverons un motif de plus d'admirer sa bonne foi et sa générosité.

Pendant un court séjour à Paris, à leur retour de Rome, elle écrit :

Paris, 26 Juin (1857).

Mon Dieu ! j'ai de quoi m'humilier profondément quaad je songe à la manière dont je me conduis depuis mercredi ! Après tant de bonnes résolutions, de bons mouvements, de bonnes lectures et de pieux élans, je suis retombée dans la lâcheté, la tiédeur, la préoccupation d'esprit, la dissipation et ce malheureux flux de pensées inutiles qui dessèchent mon cœur et qui m*éloignent de Dieu !

La chaleur de la température, la fatigue d'esprit et de corps, la souffrance d'un mal de dents et trois mauvaises nuits ont sufB pour dissiper tout le recueillement auquel je me croyais parvenue depuis longtemps... Les louanges et les paroles des personnes bienveillantes que j'ai vues mercredi soir m'ont aussi causé une agitation nerveuse et fébrile, qui a éloigné le sommeil, éveillé mes scrupules et détruit la paix de l'âme que je cherche tant à obtenir !

Hier matin, je me croyais trop agitée pour communier, mais en entendant la messe, en récitant mes prières vo-

cales, j*ai senti que mon esprit se calmait, qu'un vif désir de communier s'élevait dans mon cœur et je me suis approchée de la table sainte avec un recueillement passable

Mes distractions et mon agitation n'ont repris le dessus qu'après mon action de grâces, mais pendant le reste de la journée, elles ne m'ont pas laissé de répit.

Pendant la nuit dernière, je souffrais des dents et aussi d'une vive douleur de sciatique et je n'ai pas prié du tout ; je n*ai pas offert à Dieu ces incommodités, je n'ai pas mis à profit cette insomnie, et toute la journée je me suis trouvée tiède et languissante pour le corps et pour l'âme.

Je n'ai pas de force morale pour supporter les souf* frances ou la faiblesse du corps. Je n'ai pas le courage de faire des pénitences volontaires, et lorsque Dieu daigne y suppléer, comme je l'en ai presque prié dernièrement, je fléchis sous le poids des moindres incommo-> dites, je me plains, je me laisse aller à la langueur et \ la paresse.

Comment, avec un corps et une âme si peu doués de force et de courage, ferais-je jamais de grandes choses pour Dieu !

30 juin.

Demain nous quittons Paris, j'ai beaucoup souffert cette semaine, je me sens mal à l'aise dans cette ville. Mes souvenirs y sont tristes à bien des égards. J'y ai beaucoup offensé Dieu, j'y ai perdu des années entières, j'y ai gas-» pillé le temps précieux de ma jeunesse et maintenant j'y ai fait une triste expérience de ma faiblesse et de ma misère I

Je me sens découragée et plus que jamais incertaine sur la marche que je dois suivre dans la vie. D'un côté, l'étude, la littérature, un peu de bien à faire peut-être en écrivant De l'autre, le peu de temps que j'ai à donner à la

prière et aux œuvres de charûé Je ne sais commeat

faire la part de ces deux genres de vie, et à cela s'ajoutent les devoirs de famille qui vont aussi me distraire et me préoccuper.

Mon Dieu ! je vous en prie, montrez-moi ce que vous voulez que je fasse ! Daignez me donner vos ordres, régler ma vie et posséder mon cœur.

J'entrevois ce que Dieu veut de moL C'est une vie toujours occupée, toujours recueillie, mais où chacun de mes moments et de mes occupations soient aux ordres des circonstances. Toujours prête à changer selon les indices qu'elles m'offriront de celte adorable volonté que je veux faire et aimer de toutes mes forces ; écrivant patiemment un quart d'heure par jour, si je ne puis disposer de plus de temps, retranchant tout k la paresse, à la dissipation d'esprit; faisant toutes les bonnes œuvres qui me seront possibles et me soumettant avec résignation aux empêchements qui se présenteront ; lisant toujours les choses utiles, soit pour ma sanctification, soit pour apprendre à mieux servir les pauvres, soit dans un but littéraire ; soumise à ma vie errante, aux fréquents changements de lieux et de projets qui sont dans ma destinée...

Je veux m'efforcer de ne penser qu'au présent, à Dieu et à mon enfant chéri pour qui je travaille et qui m'attend ! Hélas I je demande à souffrir pour lui, et quand Dieu, dans sa bonté, m'envoie de légères souffrances, je ne sais pas les supporter avec patience et sans me plaindre !....

Londres, 19 juillet.

Mon Dieu I me voici prosternée à vos pieds. Regardezmoi, Seigneur, avec compassion et envoyez-moi les secours dont j'ai besoin pour vaincre mes défauts, pour avancer dans la vertu et dans la piété, pour supporter avec patience toutes les douleurs de l'âme et du corps, qu'il vous plaira de m'envojer.

SLINDOif m

La suite de son journal est datée de Slindon, eur habitation nouvelle dans le comté de Sussex.

Ce lieu fut, entre ceux que Lady Greorgiana kabita a cette époque de sa vie, celui qu'elle préféra, ce fut peut-être même le dernier où elle ait trouvé la pleine satisfaction de ses goûts. Ce n'était cependant qu'un petit cottage mais situé dans un charmant pays, au milieu d'un grand jardin rempli de fleurs, surtout de roses incomparables, et voisin du château d'Arufidel, où habitait son amie la plus chère, la duchesse de Norfolk. Au bout du village, se trouvait la maison seigneuriale de Slindon, dont les possesseurs * étaient toujours demeurés fidèles à la vieille foi de leurs pères, et leur chapelle servait encore d'église paroissiale aux catholiques des environs. Ce fut en entrant pour la première fois dans cette chapelle, que Lady Greorgiana éprouva cette étrange sensation dont elle parle dans le Journal de son enfance, qui fit apparaître tout ce qui s'offrait à sa vue, et tout ce qui se passait autour d'elle dans cette église, comme déjà présent à sa mémoire et appartenant au passé. On se souvient peut-être qu'elle expliqua ce mirage de son imagination, comme le réveil du vague souvenir d'une église catholique où elle aurait été portée dans les bras de sa nourrice, mais elle

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