PROGRÈS
pénirence, pas même devant celles qui font particulièrement frémir les gens du monde, et même quelques-uns de ceux qui se croient familiarisés avec les idées chrétiennes. Ceux-ci, du moins (je veux dire les chrétiens), n'ont qu'à arrêter fermement leurs regards sur les souffrances volontairement subies pour nous, par Celui qui est notre maître et notre modèle. Cette considération suffira pour leur faire comprendre le sentiment des âmes qui éprouvent le besoin de lui rendre souffrance pour souffrance, amour pour amour ; et moins on se sent capable d'imiter de tels exemples, plus on doit être pénétré de respect pour ceux qui osent les donner. Au surplus, il est plus difficile probablement de maîtriser son amour-propre ou son égoïsme, que de s'infliger une souffrance corporelle; mais celle-ci fortifie l'empire sur soi-même qui sert à tout.
Nous ne serons pas surpris de retrouver, à cette date, un réveil du scrupule relatif à ses écrits, que renouvelait sans cesse dans son esprit la soif du plus parfait dont elle était dévorée.
Journal
La difficulté qui m'arrête lorsque je parle de partager mon temps entre mon travail littéraire et les œuvres de charité, c'est que ces dernières l'absorbent tout entier et qu'on ne peut jamais les remettre, tandis qu'il est facile de mettre de côté ce qu'on écrit. Les gens qui ont à me parler de leurs affaires, les lettres que ces mêmes affaires me
donnent à écrire, ce sont ïk des choses qui ne supportent pas qu*on les ajourne.
En faveur de mes écrits, je considère d*abord et surtout les ressources qu'ils me procurent (200, peut-être 300 livres [5,000 à 7,500 fr. par an]i, et davantage lorsque ce sont des ouvrages d'imagination. Que d'orphelins je puis recueillir avec cela !... Que de gens je puis secourir! et peut-être en même temps faire un peu de bien par mes livres. Ensuite, je pourrais peut-être ne plus songer à écrire que des récits religieux, ou des vies de Saints. Le profit serait moindre assurément, donc, moins d'enfants secourus, etc., etc. Mais un bien plus direct serait fait par mes écrits. Ma Vie de sainte Françoise Romaine, par exemple, a probablement fait plus de bien que mes romans. Je me demande si ceuxci en ont jamais fait aucun ?.., J'espère que oui cependant, à quelques personnes. Mais, pur le fait, si je m'adonne sérieusement à ce travail, si j'en fais ma vocation, il me faudra renoncer à tout cet autre travail personnel, parmi les pauvres, qui fait tant de bien à mon âme. Il me faudra perdre beaucoup de cette influence que j'exerce sur d'autres, en m'associant à ce qui les occupe et les intéresse. Il faudra que je me délivre de beaucoup d'engagements formés, et que, en agissant ainsi, je décourage le zèle de plusieurs personnes . . .
Et pourtant il est vrai que lorsque je suis k donner des leçons dans une école, ou à visiter des pauvres, je pense souvent que beaucoup d'autres feraient cette besogne à ma place et la feraient beaucoup mieux que moi, tandis que peut-être elles ne pourraient pas, comme moi, écrire des livres, dont on a besoin aussi jusqu'à un certain point...
Le résultat de ces réflexions fut qu'elle continua à écrire. Mais il n^apparait en rien qu*elle ait pris une part moins active à aucune des œuvres