PROGRÈS
charitables auxquelles elle apportait son concours. Au contraire, le l^*" juillet de cette même année, le jour de la fête du Sacré-Cœur, on trouve dans son journal une offrande d'elle-même au service particulier des pelits enfants pauvres. Elle se propose « d'honorer et de servir notre Sauveur dans la personne de ces petits, dont les anges voient sans cesse la face de son Père dans le ciel. Et elle demande que cette résolution ne soil point passagère, mais qu'elle soit dans son âme une détermination ferme et durable ».
Nous verrons, du reste, reparaître plus d'une fois encore cette anxiété relative à ses écrits, et comment, tout en poursuivant ce genre d'occupation, elle sut se tenir sévèrement en garde contre l'amour-propre qui pouvait en résulter. En fait de mortification, il nous semble même que ce fut sur ce point qu'elle s'imposa celles que la nature a le plus de peine à obtenir d'elle-même.
Les pages suivantes de son journal sont datées du couvent du Sacré-Cœur, à Rochampton, dès lors cher à son âme, où elle aimait à aller souvent se retremper dans l'air pur qu'on y respirait. En avançant en âge, ses liens avec cette pieuse maison ne firent que se resserrer davantage, et pendant de longues années, elle y présida les Enfants de Marie, et sut donner à cette association un cachet de ferveur, de gravité et de zèle plus profond encore que celui qui la caractérise partout.
M"' Dîgby^ qui devint supérieure de la maison de Rochampton, fut Tune de ses amies les plus chères et les plus vénérées, et elle en avait d'autres encore, dans cette réunion d'esprits supérieurs et d'âmes d'élite, au milieu desquelles s'épanouit cette fleur de sainteté, Henrietta Kerr, dont le parfum a survécu à sa courte vie et en prolonge, après elle, l'influence bénie.
Journal
A Rochampton, au couvent du Sacré-Cœur, 1860. En retraite,
...Seule — Seule avec Dieu seul! Il me semble que je suis ainsi seule avec Lui, pour la première fois de ma vie...
Oh ! qu'il daigne m'unir entièrement à lui ! Qu'il daigne enfin mettre un terme aux vacillations de mon esprit ! Qu'il fasse que ces paroles de la sainte Ecriture que je me répète souvent, comme une sentence prononcée contre moi : Aussi peu stable que l'eau tu ne réussiras pas !.., que ces paroles cessent de m'ètre applicables I . . .
Ce passage est suivi de courtes notes suggérées par ses méditations de chaque jour, qui suivent évidemment les Exercices de saint Ignace. Lorsqu'elle en vient à celle qui a pour objet le péché et le repentir qu'il doit inspirer, elle écrit :
...La meilleure manière de réveiller la contrition dans nos âmes, c'est de penser plus encore à la Bonté de Dieu qu'à nos offenses envers Lui. J'en ai fait moi-même l'expérience aujourd'hui en pensant aux péchés de mon enfance et de ma jeunesse,., en me transportant dans ces chambres de l'ambassade où j'ai passé tant d'années et où j'ai tant
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offensé Dieu^ je ne me sentais pas très touchée. Mais lorsque tout d'un coup je me suis rappelée ce cabinet voisin de notre salle d*études où^ un jour (j*avais alors treize ans), je me suis mise à genoux et j'ai demandé à la sainte Vierge de prier pour moi... alors j*ai senti la pierre de mon cœur se briser et j'ai fondu en larmes de reconnaissance et de contrition ! . . .
Dieu m'a attendue avec une merveilleuse bonté et une patience sans bornes. Pendant mes longues années d'oubli et de négligence, Il m'a attendue !... et depuis que je suis catholique, Il attend que s'opère en moi un changement complet et véritable.
Tant de grâces reçues !... et si peu fait en retour ! me sentant, au fond, capable d'être meilleure et ne me donnant pas la peine de l'être !
... Que de fois encore j'ai résolu de supporter patiemment le chagrin de ne pouvoir aider comme je le voudrais ceux qui s'adressent à moi, au lieu d'éprouver comme une sorte d'irritation contre le Dieu tout-puissant qui ne m'a pas accordé tous les moyens qu'il me faudrait pour les secourir. Que de fois je me suis dit qu'au lieu de cette espèce d'impatience que j'éprouve, je devrais exposer simplement à Dieu leurs besoins et mon impuissance, et Lui demander de les aider et de les consoler lui-même, lorsqu'il n'est pas en mon pouvoir de le faire !
Résolu de lire, de prier ou de méditer tandis que je me promène en voiture ou à pied, ce que je puis faire, avec très peu d'effort, car en réalité les objets extérieurs me distraient fort peu. Résolu encore de demander à Dieu de bénir chacune de mes occupations, chacun de mes actes en élevant mon cœur vers lui par de courtes prières... Que de fois je manque à ces résolutions ])ar pure paresse, parce que, au bout du compte, je trouve que cela ne vaut pas la peine de servir Dieu parfaitement !\.. Oh! mon Dieu I
qu'il n'en soit pas ainsi 1... Faites-moi la grâce de correspondre fidèlement à TOtre grâce.
C'est aussi de Rochampton qu'est datée la résolution suivante, ingénieusement choisie, on l'avouera, pour infliger à son amour-propre une de ces pénitences sensibles dont j'ai parlé :
Brûler à l'instant toute lettre ou tout billet flatteur sur mes écrits.
Plus tard, elle reprend :
Résolu aujourd'hui d'écrire une lettre amicale et humble à une personne qui est fâchée contre moi, y accepter tous les torts pour moi-même.
...Renoncer à tous les aliments que je ne sais pas sincèrement être nécessaires à ma santé, à moins qu'il ne soit plus charitable, ou plus poli, d'agir différemment. En tous cas, ne pas faire un seul repas sans pratiquer quelque petit acte de mortification. . .
Faire tous mes efforts pour être plus rangée, plus soigneuse^ pour vaincre à ces égards toutes les mauvaises habitudes qui me font perdre tant de tempsi...
Demander à Dieu de m'envoyer des soufirances et des humiliations, et être attentive à les recevoir joyeusement si elles me sont envoyées.
M'occuper avec plus de soin de mes serviteurs...
Tâcher d'être plus communicative^ en causant avec des protestants.
Vers cette époque, elle apprit que Lady Herbert of Lea venait d'être reçue dans l'Église catholique. Cette nouvelle lui ayant été communiquée de la