‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 150 sur 196 · VOIE ÉTROITE · texte numérisé non relu

VOIE ÉTROITE

Le Pour et Je Contre relativement à mes récits imaginaires.

Pour,

Ils servent à répandre les vérités catholiques. Ce genre de livre est une sorte de nécessité, ne vaut-il donc pas mieux qu'ils soient écrits par ceux qui consentent à être guidés et corrigés, que par ceux qui n'obéissent qu'à euxmêmes ? On m'a assuré qu'en Angleterre et ailleurs mes livres ont fait quelque bien.

Une convertie m'a dit l'autre jour que tandis qu'elle luttait avec ses doutes, quelques pages de : Too atrange not to be true, l'avaient aidée à en sortir. EnGn ce genre de livres me procure beaucoup plus d'argent que tout autre.

Sans cette ressource, je pourrais parfois être embarrassée pour tenir beaucoup d'engagements que j'ai pris, pour enfants et autres, et auxquels je ne pourrais manquer sans que ce ne fût à leur grand détriment.

Contre.

Il est impossible que ce genre d'écrit intéresse le lecteur à moins que l'amour n'y joue un rôle.

Si mes livres étaient écrits par une personne à laquelle on n'attribuerait pas des sentiments très pieux, ils ne seraient lus, alors, que par des gens du monde à qui ils pourraient faire du bien, ou du moins à qui, en tous cas, ils ne feraient aucun mal. Mais, par la raison que j'en suisl'auteur, quelques personnes croient pouvoir les ranger au nombre des 60115 livresi on les lit même dans les couvents. La semaine dernière j'ai reçu deux lettres* dans l'une desquelles on me disait qu'une supérieure de Clarisses lisait Constance Sher- (voo^pendant sa convalescence d'une longue maladie ; l'autre était d'une religieuse, qui lisait Too atrange not to be true, sa supérieure le lui ayant permis, me disait-elle, « parce qu'elle était sûre que tout ce que j'écrivais devait être édifiant». L'année dernière j'ai entendu un prêtre dire à un groupe de jeunes filles, dans

une manufacture, que mes li- Béoonse

vres étaient tous bons à lire.

Je ne suis pas de cet avis. Continuer à écrire, choisis- J'hésite pourtant à y renoncer sant seulement toujours avec à cause de ce que j'ai dit. Mais un grand soin vos sujets, et quel est le parti qui sera le la manière dont vous les traiplus conforme à la volonté de ter, dussiez-vous par ces pré- Dieu ? cautions courir la chance d*uu C'est là toute la question. moindre succès.

Beaucoup de mes lecteurs trouveront sans doute ces scrupules de Lady Georgiana fort exagérés. Ils ne seront compris que de ceux qui se placent comme elle à ce point de vue simple et sublime d'où Ton n'aperçoit plus que le terme divin auquel tout doit aboutir, point de vue qui impose assurément de grands sacrifices, mais qui ouvre des horizons immenses et radieux!

Tous ne sont pas appelés à accomplir les uns, ni à apercevoir les autres, mais il est bon pour tous de savoir que les paroles qui promeltent tout à ceux qui savent tout donner se vérifient tous est jours au milieu de nous, et que la compensation de ces sacrifices qui nous semblent si difficiles, c'est la paix sereine de Pâme, c'est la joie croissante jusqu'à la fin, c'est, en un mot, dès ce monde, un avant-goùt du paradis.

Ces joies mystérieuses, nous aimerions fort à les goûter; mais le courage nous manque pour les conquérir. L'appel n'est pas d'ailleurs le même pour tous. Suivons du moins fidèlement celui qui

Page 1