‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 149 sur 196 · LETTRE A LADY HERBERT OF LEA · texte numérisé non relu

LETTRE A LADY HERBERT OF LEA

part de la nouvelle convertie elle-même, Lady Georgiana lui adressa la lettre suivante :

Thb Lady Herbert of Lea

Ma chère Lady Herbert. — Le message que vous m'avez envoyé par Lady Londonderry m*ençourage à vous dire la joie avec laquelle j'ai appris que vous aviez enfin été reçue dans l'Église à laquelle vous apparteniez de cœur depuis si longtemps I

Il y a maintenant dix-neuf ans que je suis catholique, et jamais depuis le premier jour je n'ai cessé de m'étonner et de bénir Dieu avec adoration de l'infinie miséricorde dont j'ai été l'objet, lorsque j'ai reçu de lui ce don béni de la foi que tant d^aulres qui en sont plus dignes que moi n'obtiennent pas. Vous avez devant vous une longue vie. Dieu qui vous a appelée dans son Église vous accordera, je l'espère, la grâce d'y travailler pendant un grand nombre d'années pour Lui, et pour ceux à qui vous pourrez faire connaître et aimer la vérité. — Je suis très heureuse d'apprendre que vous êtes associée aux sœurs de Saint- Vincent de Paul. Je le suis, moi-même aussi, depuis trois ans, et j'aime à penser que nous aurons en commun beaucoup d'occupations intéressantes.

Je ne doute pas que, par suite de votre conversion, beaucoup d'épreuves et beaucoup de peines ne vous attendent. Mais, je ne doute pas non plus de la force que Notre- Seigneur vous donnera pour porter toutes les croix quelles qu'elles soient qui vous seront imposées. J'espère en même temps que ces croix seront allégées pour vous, et qu'elles le seront parfois par des consolations célestes I

Quoique nous nous connaissions encore bien peu, laissez-moi, puisque nous avons maintenant le lien d'une même foi, vous dire combien je suis affectueusement à vous, Georgiana Fullbrton.

En reprenant maintenant le journal de sa vie intérieure, nous y trouvons le spécimen suivant de ses méditations.

1«' décembre.

Lu le dernier chapitre de saint Jean à genoux.

Premier point : Les disciples travaillent toute la nuit sans rien prendre, parce que Jésus n'est pas avec eux... 11 faut que je travaille dans un tout autre esprit, m'efforçant dans toutes mes actions de me tenir près de Lui, répétant constamment la prière des disciples d'Ëmmaûs : « Demeurez près de moi, Seigneur ! Le jour est avancé et la nuit est proche. . .

Deuxième point. — C'est le Seigneur, — Etre sans cesse attentif à le reconnaître, à entendre sa voix ; chercher à la discerner et à Tentendre, à travers tous les bruits du monde. . .

Troisième point. — M'aimes-tu?... Suis-moi. — Pais mes agneaux, pais mes brebis. — Travaille pour moi. . .

7 déccmbro.

J*ai été me confesser ce matin... Le P. G... m'a dit de reconnaître, sans cesse, la bonté de Dieu, ses grands bienfaits envers moi, et ma propre profonde misère ; et qu'il était bon d'exprimer ces pensées, de les formuler en paroles, et de les articuler souvent. — Il m'a dit aussi d'adopter l'habitude de lire le Nouveau Testament à ^e/ioiix, de le faire avec attention, pesant chaque mot, me rappelant chaque circonstance, chaque parole, demandant par une prière spéciale que ma vie devienne conforme à celle du Christ et de sa Bienheureuse Mère, faisant toutes choses par les mêmes raisons, et de la même manière qu'eux...

Le conseil lui ayant été donné de s'imposer le devoir de sortir un peu de sa retraite, en considé-

ration même du bien qu'elle pouvait faire dans le monde et de la bonne influence qu'elle pourrait y exercer, elle écrit :

Je suis prête à faire iout ce qui peut me sembler être la volonté de Dieu... Je ne veux qu'obéir. Mais j*ai peine à mettre d'accord l'idée de ce nouveau devoir avec le genre de vie que j'e mène depuis quelques années. — Pour exercer de l'influence et se rendre agréable dans le monde, il faut cultiver le talent de la conversation, et ne plus, comme j'aî cherché à le faire, réprimer l'envie de causer et m'efforcer d'être silencieuse à moins que la bonté pour autrui ou la charité m'obligent à parler. Je ne dis pas que j'aie réussi à agir toujours ainsi, mais enfin c'est à cela que j'ai tendu... Puis, encore pour paraître un peu aimable dans le monde il faut pouvoir parler de littérature, ou de politique, il faut pour cela lire les journaux et se tenir un peu au courant des livres qui paraissent. Or, voilà plus de quatre ans que je ne lis plus guère que des livres religieux, et j'ai peur de perdre, en changeant d'habitude, le petit degré de facilité plus grande, que j'ai acquis dans la prière. Cette année précisément, je me sens attirée à prolonger mes prières ; pour la première fois, je sens que la pensée de Dieu me distrait de toute autre. Dois-je lutter contre cet attrait ?. . .

Je conçois très bien l'idée d'un apostolat dans le monde. Mais pour cela il faut agir dans une direction toute con« traire à celle que j'ai suivie jusqu'à présent ..A la fin de ma retraite, il y a deux ans, je me souviens que toutes mes résolutions avaient pour but de rendre ma vie, le plus possible, semblable à celle d'une religieuse qui se trouve* rait accidentellement obligée de vivre dans le monde. N'importe; je suis décidée à obéir en esprit et à la lettre.

Les passages suivants, extraits de son examen de conscience journalier dans cette même année, permettent de juger des effets pratiques de cette piété ardente et croissante :

Ai-je dit quelque chose qui tendît à me vanter ou à me faire louer par d'autres ? Me suis-je complue dans aucune pensée d^orgueîl ou de satisfaction de moi-même ?... Ai-je ^té mécontente d'une chose dont mon amour-propre pouvait être humilié ?

Ai-je perdu une occasion d'être utile aux autres ?... Ai-je été impatiente ou peu aimable dans ma manière d'être vist\-vis de qui que ce soit ? Y a-t-il quelqu'un que j'aie refusé de voir, ou que je n'aie pas secouru ou consolé autant que cela était en mon pouvoir ?

Ai-je agi, en rien, sans une bonne raison et uniquement parce que cela me faisait plaisir?...

Ai-je perdu mon temps de quelque façon que ce soit ?...

Ai-je dit pour mon seul amusement des choses frivoles et inutiles ?...

NouH pourrions prolonger longtemps encore ces citations, car nous trouvons dans ces notes de minutieux détails sur. les moyens employés par elle pour ne jamais perdre de vue les résolutions qu'elle avait prises, et pour se punir elle-même des moindres infractions aux règles qu'elle s'était imposées. Mais ce qui précède suffit pour faire comprendre comment, après avoir été tentée de rompre plus complètement encore avec le monde, elle continua à y vivre comme auparavant pour le plus grand bien et le plus grand bonheur de ses amis. Mais assurément Dieu n'y perdit rien. Le

DETACHEMENT CROISSANT 4il

sévère examen d'elle-même, qui était comme la ^loublure de sa vie extérieure, le prouve assez, ainsi que la longue énumération des prières jaculatoires qui montaient sans cesse, comme des flèches, de son cœur vers Dieu et faisaient, littéralement, de sa vie, celte prière permanente que l'Apôtre n'a pas craint de conseiller à tous les chrétiens...

Quelques-uns, peut-être, trouveront que nous rapportons ici des détails trop intimes. A ceux-là, nous répondrons, une fois pour toutes, que ces pages ne sont pas seulement destinées à consacrer un cher et précieux souvenir, mais encore à présenter un grand et utile exemple. Cet exemple ne ^era pas sans doute imité par tous, dans ses minutieux détails. Mais tous trouveront du profit à les étudier. Pour n'en ciler qu'un seul, et ne parler que du penchant qui est chez tous les hommes (même chez les plus vertueux) le plus ordinaire et le moins combattu, qui n'éprouvera une salutaire confusion, en lisant ce que je nommerai les inventions de sou humilité, pour combattre en ellemême l'orgueil intellectuel?

Lady Georgiana n'avait jamais été belle. Le charme tout entier dont elle était douée résidait •dans sa physionomie. Jamais elle n'avait éprouvé le moindre sentiment de vanité féminine, jamais elle n'avait eu le moindre goût pour la parure. La simplicité, et, à la fin de sa vie, la pauvreté de sa mise, n'étaient point chez elle l'effet d'une réaction

contre des goûts contraires, mais une simple conséquence de sa charité qui se refusait tout pour elle-même, et de son humilité qui lui faisait trouver un certain plaisir à être regardée et traitée par ceux qui ne la connaissaient pas, comme une personne sans aucune importance et en quelques circonstances comme une pauvresse. Mais, quant aux dons de son intelligence, elle en avait conscience et c'était là seulement qu'elle sentait en elle-même une tentation d'orgueil à combattre. Nous avons déjà vu comment elle s'y prenait pour cela. Nous trouvons à ce sujet une note plus accentuée encore et qui marque un progrès de plus dans la même voie.

Voici une question qu'elle se pose et un doute qu'elle soumet, elle ne nous dit pas à qui, mais il semble évident que c'est à son confesseur :

Question .

Dans le but de lutter contre Tamour de la louange, relativement à mes écrits, ne serait-il pas utile de prendre la résolution de ne jamais lire, sans une nécessité absolue, aucun des articles de revue ou de journaux qui se publient à leur sujet? Jusqu'à ce jour je cherchais ces articles avec un intérêt et un plaisir extrêmes, et quelquefois il peut encore m*être utile et avantageux de les lire. Mais je suis tentée de croire que, au moins pour une année tout entière, je ferais bien de renoncer à cet avantage et de me procurer celui d'une bonne et sensible mortification?...

Réponse.

Oui — approuvé.

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