‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 152 sur 196 · MORT DE LORD ET DE LADY RIVERS · texte numérisé non relu

MORT DE LORD ET DE LADY RIVERS

seul!... la foudre est tombée sur cette tête charmante et chérie!...

Ainsi, écrivait Lady Georgiana dans le premier moment de son angoisse, en partageant avec sa pauvre sœur la douleur qui devait combler la mesure de celles qu'elle était destinée à connaître. Lady Rivers épuisa en effet, dans le saisissement de cet affreux malheur, le calice des souffrances qui lui étaient réservées. Avant qu'une année fût écoulée, le 30 avril 1866, elle avait rejoint celle qui venait de lui être si cruellement ravie. Mais par une grâce aussi extraordinaire que l'avaient été tous ses malheurs, la mort ne la sépara pas de l'époux qu'elle avait si tendrement aimé. Atteint, en même temps qu'elle, d'une maladie qui, pour l'un ni pour l'autre, ne semblait avoir de gravité. Lord Rivers y succomba vingt-quatre heures avant elle, et ils se retrouvèrent au delà de la vie, sans avoir connu ici-bas la douleur de se quitter!

Lady Georgiana était, ainsi que son mari, absente de Londres lorsqu'eut lieu la mort inopinée de son beau-frère. On l'appela en toute hâte. On comptait sur elle pour annoncer à sa sœur son malheur!... Elle arriva le cœur plein d'angoisse... A la gare elle trouva un messager qui la priait de se rendre d'abord à la maison des Jésuites dans Farm street, où le P. Gallwey désirait lui parler. Quelques amis avaient eu la charitable pensée de

charger celui qui avait sur elle Pautorilé d'un guide et d'un père, de lui apprendre que sa sœur bien-aimée n'avait pas survécu à son mari. On croyait que, mieux que personne, il saurait lui communiquer la force nécessaire pour supporter ce nouveau surcroit de malheur.

Mais Georgiana, qui avait tant souffert et tant de fois accepté la souffrance, sembla, cette fois, succomber sous son poids. Pendant quelques instants, cette nature véhémente, depuis tant d'années si fermement et si fidèlement réprimée, reprit son empire ! Elle éclata en sanglots et en cris de douleur, et il ne fallut pas moins que l'autorité persuasive et calme du P. Gallwey, pour la rendre à elle-même et pour ramener dans son âme la paix et l'acquiescement qui en étaient les hôtes habituels.

A dater de ces catastrophes répétées, les liens qui unissaient Georgiana aux enfants de sa sœur se resserrèrent encore, surtout avec ses deux filles ainées qu'elle avait toujours aimées de prédilection. Fanny, la seconde, était alors mariée, elle avait épousé en 1864 le marquis de Carmarthen, fils aîné du duc de Leeds. Mais Suzanne, plus que jamais, après tant de malheurs, avait besoin de chercher dans le cœur de sa tante cette force paisible qui habituellement ne lui faisait jamais défaut, et qu'elle possédait le don de communiquer aux autres.

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