‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 159 sur 196 · RÉFUGIÉS FRANÇAIS 4U · texte numérisé non relu

RÉFUGIÉS FRANÇAIS 4U

ouvriers de Londres donnèrent alors chacun une journée de leur salaire pour grossir la souscription du Lord Maire qui atteignit la somme de 40000 livres sterling (un million).

Pour en revenir à Lady Georgiana et à ses compagnes» ne pouvant les nommer toutes, nous placerons à côté de son nom et de celui de Lady Lothian ceux de la belle et bonne marquise de Londonderry, la duchesse de Buccleuch, Lady Newburgh, Lady Denbigh, Lady O^Hagan et sa sœur Lady Alexander Lennox» Mrs Pollen, Miss Langdale et enfin celui de Lady Herbert of Lea, qui fut une de celles dont la générosité dépassa, en cette circonstance, les proportions ordinaires de la charité.

Les plus pauvres parmi les réfugiés français n'étaient pas, en effet, les plus difficiles à soulager. Parmi ces fugitifs il s'en trouvait un certain nombre qui, surpris par l'invasion et fuyant devant elle, se trouvaient provisoirement sans aucunes ressources et cependant ne pouvaient ni ne voulaient faire connaître leur détresse. Ce furent ceux-là que les généreuses amies de la France s'occupèrent surtout de rechercher, et alors chacune ouvrit sa porte, et offrit à ces naufragés de la guerre une hospitalité qu'ils ne pouvaient refuser, et dont quelques-uns profitèrent pendant toute la durée de la tempête. La première à donner cet exemple, ce fut Lady

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Herbert. Dès les premiers jours elle reçut sous son toit un vieillard d'une famille très honorable et très distinguée, qui demeura son hôte pendant trois mois, recevant les soins qu'il aurait pu trouver dans sa propre famille. D'autres recueillirent de pauvres jeunes filles, d'autres encore, des mères de famille, et elles leur oftrirent de sûrs et bienfaisants refuges en attendant l'heure du retour dans leurs propres foyers. En môme temps on distribuait des aumônes et des secours, à ceux d'une autre condition qui ne refusaient pas de les accepter.

A cette charité fraternelle, que les Français n'auraient pu rencontrer plus cordiale et plus délicate chez leurs propres compatriotes, il faut ajouter les envois considérables qui furent organisés par les mêmes soins. Tandis, en effet, qu'on se multipliait pour secourir et accueillir les fugitifs, on expédiait avec profusion tout ce qui pouvait servir en France au soulagement des blessés et des malades, et la charité particulière seconda en cette circonstance, au delà de tout ce qui peut se calculer, l'immense contingent fourni par la ville de Londres. Parmi les dames, les protestantes s'unirent aux catholiques, les Irlandaises et les Écossaises aux Anglaises, et l'on peut dire que ce noble mouvement de sympathie fut à la hauteur du grand pays qui le faisait naître, aussi bien que de celui qui le manifestait.

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Pendant plusieurs mois, Lady Lothian n'eut pas d'auxiliaire plus dévouée et plus intelligente que Lady Georgiana, ni qui sût aussi bien accueillir ceux dont, mieux que toute autre, elle connaissait le pays et parlait la langue. Toutefois lorsque la guerre fut finie et que M. Thiers, parvenu au pouvoir, voulut envoyer à ce groupe de dames un témoignage public de la reconnaissance de la France, ce fut à la marquise de Lothian, digne, à tous les titres, de les représenter toutes, que cet hommage fut, à bon droit, adressé*!

Pendant cette période active et agitée, Lady Georgiana ne s'accorda pas d'autre repos que celui d'aller de temps en temps à Walmer Castle, respirer l'air de la mer, et se reposer auprès de sa belle-sœur, car Lord Granville (alors ministre des affaires étrangères), ne pouvait s'absenter que rarement de Londres et ne venait passer que de courts instants à Walmer. Son frère cadet était au Parlement et partageait maintenant sa vie entre ses devoirs politiques et l'éducation de son fils unique, qui était aussi pour Georgiana l'objet d'une tendre affection et d'un intérêt redoublé par le deuil au milieu duquel s'était élevée son enfance I... Jamais la correspondance de Georgiana avec M. Leveson ne languit longtemps, et c'est l'abondance seule des documents que j'ai

1. Cet hommage consistait en deux magnifiques vases de porcelaine de Sèvres.

(48 CHAPITRE XVni — (t870-t873)

entre les mains qui m'oblige k faire souvent un

choix dans ces lettres que j'aimerais à citer toutes

intégralement.

- Arrivée à Walmer Castle le 15 septembre 1870,

elle écrit à son frère :

Cher Freddy,

Nous sommes ici entièrement seuls avec Gass^ ce qui est un grand bonheur et un doux repos, mais naturellement cela ne fait pas que j'aie grand' chose à vous dire ; d'autant mieux que je sais que vous avez vu Granville hier, et que vous avez sans doute déjà appris le résultat de son entrevue avec M. Thiers... D'après ce qu'il écrit à Cass, il semble voir luire comme le très faible rayon d'une espérance de paix. Mais, hélas ! les nouvelles de France sont si effrayantes qu'il est impossible de ne pas craindre que la paix avec la Prusse ne soit suivie, en France, de la guerre civile. Le langage des ultra-républicains est féroce ; à Lyon, on a arboré le drapeau rouge. A Nice et à Menton, on parle de République italienne, et j'ai vu avec douleur qu'à Menton les soi-disant gardes nationaux ont assassiné le commissaire de police à coups de baïonnettes. Je suppose que ces lieux-là sont aux mains des Garibal* diens et que c'est la vieille histoire qui reconmence : la

K Abréviation du nom de Lady Granville : Casialie, Nom qui inspira à sa belle-sœur quelques vers dont voici le sens :

a Castalie! Puisse ton nom étrange et doux être remblème de ta vie! — Puisse-t-elle être aussi pure et brillante q«e l'«" limpide d'une source où se reflète le soleil, — répandant autour d'elle la paix, la joie et le bien-être! — Et si, en poursuivant son cours, — elle côtoie des rives moins fleuries, — des paysages plus austères, — que la lumière du eiel ne cesse jamais — de l'éclairer, de s'y refléter, o

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