‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 158 sur 196 · RETRAITE · texte numérisé non relu

RETRAITE

est faible. Mais je suis restée à ma fenêtre, les larmes aux yeux, et la joie au cœur. Louant et remerciant Dieu de tout ce que je regardais, le ciel, les nuages, la maison, la mer, les oiseaux, le cheval qui est venu, sous mes yeux, boire avec avidité à l'abreuvoir de la prairie... Tout m'a fait penser aux paroles du psaume ; et j'ai senti mon cœur brûlant en moi !

Vusage des Créatures, En ra'examinant sur ce point, j'ai reconnu que, quoique généralement mes actions soient mesurées, mes désirs ne le sont pas. Je désire certainement faire la volonté de Dieu, mais je désire trop ardem« ment aussi souvent que sa volonté soit la mienne. —Je désire me bien porter, surtout en certaines occasions où j'ai à cœur d'agir. Je désire vivement ne pas mourir hors d'Angleterre, j'ai peur de la souffrance. Je désire que mes livres réussissent, et je désire avoir beaucoup d'argent pour pouvoir faire beaucoup de bien. Je désire que ma vie soit aussi longue que l'a été celle de ma mère, pour la bien employer certainement... mais quelles folies que tout cela ! Dieu ne sait-il pas ce qui est réellement le mieux? Est-ce que le serviteur se plaint, lorsque son Maître l'appelle, et interrompt un travail qui n'était fait que pour lui?...

Dernier Jour de la Retraite, — J'ai été me confesser et

j'ai enfin obtenu la permission que je désirais tant

Dieu veuille que ce jour marque un pas nouveau et plus décisif, en quelque sorte, une nouvelle conversion. J'ai passablement souffert dans mon âme et dans mon corps pendant cette retraite. Mais je sens malgré cela^ qu'elle a été pour moi utile et bénie ! Pendant mes autres retraites, il me semblait toujours être meilleure qu'à l'ordinaire. Pendant celle-ci je me sentais moins bonne, et je ne suis pas sûre de n'en être pas satisfaite, car, tout en m'humiliant, cette sensation me fait espérer que le résultat des

UO CHAPITRE XVll — (1865-1870)

paroles entendues et de l'examen àpprôioadi de ma faiblesse qui les a suivies produira cette fois sur mon âme «i effet durable.

Les deux dernières méditations de la. retraite avaient pour Bujet : Les moyens à prendre pour obtenir l'amour de Dieu ! Elles étaient admirables î Toutefois pendant que j'écoutais, j'ai éprouvé, tout d'un coup, au ocrar, une si étrange étreinte d'angoisse, qu'il m'a semblé que c'était le pressentiment de quelque grande douleur, ou de quelque grand danger dont j'étais menacée... Fiat! de tout mon OQcur. Je lève les yeux vers mon Père et je lui dis : Que votre volonté soit faite !

Résolutions. — Faire cette année l'objet d'un examen particulier, la préparation et le recueillement avant de parler, soit à Dieu, soit au prochain, et aussi avant de me mettre à écrire.

Quant à mon lever, je veux prendre une résolution qui mettra fin à toutes mes indécisions. Si j'ai bien dormi, je me lèverai dès que m«B volets seront ouverts. Si j'ai mal dormi, je resterai au lit une demi-heure, peut^tre une heure de plus. Mais à moins d'être malade, je ne resterai pas plus de sept heures au lit, et habituellement jamais moins.

Walmbr Castle, 29 sept. 1868. — Voici que je me retrouve encore une fois dans ce lieu, que j'aime tant ! — Quel nouveau changement encore s'est opéré dans ma vie spirituelle depuis trois semaines!... Oui, je le sens, je suis plus décidée que je ne l'ai jamais été de ma vie, à correspondre à la grâce de Dieu aussi complètement que cela est en mon pouvoir, et j'ai plus d'espoir d'y parvenir, que je n'en ai jamais eu.

Douvres, 12 nov. 1868. — Je vais partir pour cinq mois. Je veux faire de ce temps une sorte de retraite, une préparation pour le reste de l'année pendant lequel je pourrai

JOURNAL Ut

la mettre en pratique et juger de la solidité de mes réso> lutions....

Paris, 13 noç. 1868. — Nous avons fait la traversée hier au soir, et ce matin j'ai entendu la messe dans la vieille église de Calais. Cette journée a été heureuse et paisible. En chemin de fer, j'ai lu Thistoire de la duchesse d'Ayen , par sa fille M** de Lafayette, et l'histoire de celle-ci, par sa fille M** de Lasteyrie. Je voudrais bien savoir comment nous nous conduirions, nous autres, si nous étions condamnées à être exécutées comme celles-là?

...Quand cette aïeule, cette mère et cette fille montèrent ensemble à l'échafaud, ce fut la plus jeune des trois qui montra le plus de courage !...

New year's eve (la veille du jour de l'an.) — Que Dieu me fasse la grâce de bien commencer cette année 1869. — Il est possible que ce soit la dernière de ma vie. Je vais avoir cinquante- sept ans. Le jour est fort avancé, la nuit approche, pendant laquelle on ne pourra plus travailler. Accordez-moi, mon très cher Sauveur, la grâce de maintenir soigneusement les résolutions que j'ai formées. J'ai pris pour sujet spécial de mes méditations, cette année, la présence de Dieu, ce qu'elle signifie, et ce qu'elle impose.

13 mars, — Hier, à la fin de la neuvaine de Saint- François-Xavier, après deux jours d'agitation et du plus pénible serrement de cœur, j'ai vu clairement que ce n'est qu'en correspondant mieux à la grâce de Dieu, en m 'élevant plus haut, en devenant une sainte, enfin, que je me sentirai portée au delà de toutes les agitations de ce monde, et que les difficultés de ma vie se trouveront aplanies.

Les paroles de l'Apôtre dans l'épttre d'aujourd'hui m'ont frappée : « Votre sanctification est la volonté de Dieu. r> Cette volonté de Dieu, je veux m'efibrcer de l'accomplir !

Après une interruption de plusieurs mois, causée par une grave maladie, elle écrit au crayon :

Riehmond, 23 loAt

Il y a quarante ans (j'avais dix-sept ans) je suis venue, ici dans ce même hôtel du Star and Garter, pour me remettre de la rougeole. Aujourd'hui, à cinquante-sept ans, j*y reviens pour achever ma convalescence de la

fièvre scarlatine O mon Dieu! pendant ces longues

années, que votre miséricorde envers moi a été grande!...

Guerre franco-allemande. — Généreux mouvement de sympa* thic en faveur des Français. — La marquise de Lothian,Lady Georg^ana et leurs compagnes. — Témoignage public de reconnaissance envoyé par M. Thiers. — Walmer Castle. — Lettre à M. Frederick Leveson Gower sur la noblesse. — Boumemouth. — Journal intime. — Lettre à Lady S... — Dernier séjour à San-Remo. — Progrès spirituel croissant. — La balayeuse irlandaise. — Lettres à son frère. — Lettre à Mrs Nunn.

La guerre de 1870 et ses suites fatales pour la France réveillèrent vivement dans le cœur de Georgiana les sentiments de son enfance et de sa jeunesse, pour le pays qu'elle avait aimé presque à l'égal du sien. Elle suivit avec angoisse toutes les phases de la terrible lutte, et lorsque l'heure des derniers désastres fut venue, elle n'eut plus d'autre soin que celui de rechercher, parmi toutes ces cruelles souffrances, celles que la sympathie et la charité pouvaient atteindre, afin de s'efforcer de les soulager I Malgré tout son zèle, toutefois, ses efforts eussent été impuissants si ce même sentiment de générosité ne se fut communiqué à un grand nombre de femmes qui, toutes, comme elle, se montrèrent prêtes à se dévouer aux Français, lesquels vieillards, femmes

4U CHAPITRE XVIll — (1870-1873)

et enfants, de toutes classes, fuyaient les provinces envahies, et arrivaient chaque jour en Angleterre dans le dernier degré du dénûment. La première parmi toutes ces femmes, dont le nom devrait être gravé dans la mémoire reconnaissante de la France, ce fut la marquise de Lothian, Tamie incomparable de Georgiana, la plus intimement associée de toutes à sa vie charitable et religieuse. Ce fut elle qui devînt présidente de l'association. Tandis que ses compagnes organisaient de toutes parts des souscriptions et préparaient des secours, Lady Lothian commença par vendre sa voiture et ses chevaux, afin de se procurer sur-le-champ une somme suffisante pour les besoins des premiers jours. Mettant ensuite de côté toute préoccupation de commodité personnelle, elle fit de sa maison, située n^ iS^ Bruton Street^ Berkeley square^ une sorte d'administration centrale, où arrivaient les demandes et les renseignements et d'où partaient les secours. Le rez-de-chaussée fut transformé en bureaux, l^s salons du premier étage en magasins, où toutes les contributions imaginables affluèrent bientôt de tous côtés , adressées par les plus haut placés aussi bien que par les plus humbles donataires. Un grand nombre d'artisans et de pauvres ouvrières envoyèrent ainsi leurs offrandes en ayant soin d'ajouter pour qu'on ne s'y trompât pas : Pour les Français. On sait, du reste, que tous 1^^

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