Vouloir c'est pouvoir
'470 CHAPITRE XVHI — (1870-1873)
Lorsqu^on se rend compte de la variété des 'cordes qui vibraient dans son âme, toutes rendant un son juste, doux, harmonieux, lorsque, avec son humilité profonde, sa charité sans bornes et son abandon sans limite à la volonté de Dieu, on voit la vivacité et la virilité de son intelligence plutôt grandir que s'affaiblir avec les années, on ne peut s'empêcher de bénir Dieu, dans les dons qu'il fait aux âmes à lui, et dans les forces qu'il leur donne^ aussi bien que dans les grâces qu'il leur accorde, et combien alors semble juste l'application qu'une très sainte religieuse fit un jour à Lady Georgiana des paroles suivantes, dites sur sainte Thérèse : « Elle mange, elle dort, elle parle, elle agit comme tout le monde ; et pourtant c'est une sainte. Son esprit est bien celui du Sauveur : humble, simple, sincère. Elle vit parmi nous comme Lui-même a vécu parmi les hommes, sans effrayer personne et en consolant tous les cœurs. »
Lettres sur les femmes annamites. — Question d'Orient. -^ Lettre à M. Leveson Gower. — Correspondance avec M. Gladstone. — Rencontre avec M. Gladstone à Walmer Castle. — Lettres sur les enfants catholiques dans les Workhouses. — Sœurs de la Charité en Orient. — Autobiographie de miss Martineau. — Mort de la marquise de Lothian. — M'*« Teulière. — Dernier travail entrepris par lady Georgiana.
Le zèle et la charité de Georgiana ne se bornaient pas aux œuvres qu'elle avait contribué à fonder ou qui chaque jour naissaient sous ses pas. Son caractère et son esprit la disposaient naturellement à regarder au delà de ce qui l'entourait, et cette disposition avait été développée chez elle par le milieu où elle avait toujours vécu. Dès sa première jeunesse son esprit avait été occupé des sujets les plus divers et des choses les plus lointaines. Noua ne l'avons même jamais vue se désintéresser de la politique. Elle aimait trop tendrement ses frères pour qu'il pût en être ainsi ; la vie de tous les deux était étroitement mêlée aux affaires publiques, dans lesquelles Lord Granville occupait une place trop éminente pour qu'elle pût jamais y demeurer indifférente. Par ses sentiments personnels, aussi bien que par les tendances du parti libéral, qui était celui de sa famille, sa sympathie était
assurée d'avance à tous les opprimés de la terre. Mais quand c'était sur la conscience que pesait l'oppression, cette sympathie ne savait pas demeurer inactive. Elle était prompte alors à prendre la plume et habile à la manier, non seulement pour faire appel à l'opinion publique, sur des faits dont l'Angleterre était le théâtre, mais pour exposer des griefs ou soulager des misères dont l'existence au loin lui était révélée. On a dit du grand Burke « qu'une iniquité commise à l'autre extrémité du monde soulevait dans son âme la même émotion indignée que s'il l'avait vue s'accomplir sous ses propres yeux : la justice, pour lui, n'ayant ni temps, ni lieu, ni espace ». — On en pouvait dire autant de la charité et de la pitié dans l'âme de Lady Georgiana ! On en trouvera un exemple dans la correspondance suivante, qu'elle eut, en 1873, avec M. Monsell (aujourd'hui Lord Emly), relativement aux atrocités qui se commettaient alors dans l'Annam.
Mon cher Monsieur Monsell,
Lady Lothian me charge de vous renvoyer tous les papiers que vous nous avez transmis, concernant les malheureuses chrétiennes annamites. J*y ai joint une lettre, que vous voudrez peut-être bien faire insérer dans tous les journaux catholiques.
Vous pourriez ensuite ouvrir une liste de souscriptions, mettre en tête le nom de la marquise de Lothian et le 'mien, avec celui de M"* Monsell, et donner nos adresses. Mon mari vous enverra sur-le-champ sa contribution avec