‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 172 sur 196 · G. FULLERTON · texte numérisé non relu

G. FULLERTON

Cette lettre en contenait une autre, adressée aux éditeurs catholiques de Londres.

27, Chapel 8tr«et, Park Lane, le 18 juillet 1873.

Monsieur,

Nous avons tous connaissance de Tœuvre dite de la Sainie^Enfance, pour le rachat (en Chine) d'enfants voués à la mort. Nous savons que, par sa bienfaisante action, une foule de vies et d'âmes innocentes sont sauvées et reçoivent le don précieux du baptême. Mais, quelque importante et consolante que soit cette grande œuvre de miséricorde, il nous parvient en ce moment, de ces mêmes régions, un appel plus pressant et plus impérieux encore.

Les pir<ites qui infestent les côtes du royaume d'Ânnam ont, pour ainsi dire, à leur merci les malheureux habitants du rivage, auxquels un gouvernement jaloux et tyrannique défend de conserver des armes dans leurs demeures. Il les enlèvent sans obstacles et transportent en Chine les hommes pour en faire des a coolies b, les femmes pour être vendues et conduites dans des maisons infâmes, où les attend un sort plus terrible que la mort. La ville de Pac-hoê, au nord du golfe du Tônkîn, est le siège principal de cet abominable trafic. Un grand nombre de ces malheureuses femmes sont chrétiennes , et c'est en leur faveur surtout que

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les missionnaires font Tardent appel dont je suis en ce moment Tinterprète. L'argent a une grande puissance dans ces parages, et, au moyen de sommes relativement modiques, il pourrait être en notre pouvoir de délivrer beau-* coup de ces pauvres victimes, qui sont nos sœurs dans la foi ! Les gouvernements européens s'occupent de prendre des mesures pour lutter contre ce fléau ; mais, pendant la durée des négociations, combien de malheureuses femmes peuvent être livrées à un sort dont il serait possible de les préserver, au moyen du rachat de leur liberté par les chrétiens qui se trouvent sur les lieux! Ceux-ci, quelque minimes que soient les ressources dont ils disposent, ont déjà réussi à délivrer seize de ces prisonnières ; mais leurs moyens sont épuisés. Le comité de Paris, agissant au nom de a TŒuvre des Missions catholiques n, fait un appel aux catholiques d'Angleterre, et particulièrement aux femmes. Dans cet intérêt pressant, et qui, tout nous permet de l'espérer, sera temporaire, vous trouverez ci-joint la liste de toutes les dames de Londres qui recevront les souscriptions que l'on voudra bien leur adresser. Je suis. Monsieur, votre très dévouée.

Gborgiana Fullbrton.

Nous avons cité cette lettre tout entière, comme un type de Tardeur avec laquelle Lady Georgiana embrassait, de loin comme de près, la cause des opprimés, et en même temps de la clarté et de la simplicité avec lesquelles elle savait la plaider.

Ces qualités, mises au service de tant de souffrances diverses, font comprendre que, parmi un si grand nombre d'appels adressés par elle au public protestant ou catholique, il y en eut fort peu qui soient demeurés stériles.

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Mais, si les souffrances endurées sur les côtes lointaines de l'Annam excitaient ainsi sa compassion, on peut deviner quelle était celle que faisait naître dans son âme le récit de violences infligées, beaucoup plus près d'elle, à des populations dont le seul crime était leur adhésion fidèle au Saint-Siège.

Je ne sais, écrivait-elle à son frère pendant Tune des oscillations de la question d*Orient, je ne sais quel sera le résultat de la rencontre entre Bismark et Kalnocky^ mais, si ce n'est pas une médiation qui amènerait la paix, je crains qu*il n'y ait plus d'autre issue que la guerre.

La Russie ne me paraît pas mériter que la bénédiction de Dieu soit accordée à ses armes, tant qu^elle fait endurer de si horribles traitements aux malheureux Uniates (j'ai appris sur cela, récemment, les plus affreux détails!), et cependant je plains ses armées, composées de soldats chrétiens (et individuellement si bons et si braves !) que l'on va conduire à cette boucherie I Et, d'ailleurs, les iniquités du gouvernement russe ne me réconcilient en aucune façon avec la domination des Turcs, et ne m'empêchent pas de frémir à la pensée des vengeances que ceux-ci pourront exercer...

Sur le même sujet, elle écrit encore à son frère, peu après.

... Comme de raison, nous sommes, Fullerton et moi, très occupés de la question orientale, quoique avec cer- .taines nuances différentes. Nous sommes entièrement d'accord pour désirer la paix presque à tout prix. Mais il ne craint pas autant que moi l'extension de la Russie. Quant à moi, la cruauté chez les chrétiens me révolte davantage

que chez ceux qui ne le sont pas, et c'est, à mes yeux, une indigne hypocrisie que de se montrer humain et plein de sympathie pour les sujets du sultan, et de traiter à peu près de la même façon ses propres sujets polonais. Ce ne sont pas, je le sais, des atrocités de la même espèce, mais ce sont cependant des traitements d'une inhumanité réyoltante. Toutefois, il y a, je le reconnais, entre les deux, une notable différence : la Russie peut, le jour où elle le voudra, changer de système et entrer dans une tout autre voie; la Turquie ne le peut pas. Et c'est pourquoi, tant que l'humanité n'a pas de meilleur champion, je suis obligée, bien qu'à regret, de désirer le succès de la Russie.

Mais, sur ce sujet, elle ne se regardait pas comme appelée à exprimer publiquement son opinion. La cause, cependant, lui semblait trop digne dMntérét pour qu'elle ne cherchât pas à lui susciter des défenseurs; et quoique depuis son entrée dans rÉglise catholique, elle eût à peu près perdu de vue M. Gladstone, elle s'adressa à lui, comme au plus illustre aussi bien qu'au plus puissant des hommes politiques d'Angleterre.

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