TO THE RIGHT HONOURABLB W^.-B. GLADSTONE
18 décembre 18T6.
Mon cher Monsieur Gladstone, Puis-je vous demander de lire le livre qui vous parviendra en même temps que cette lettre ? Quelque affligée et peinée que j'aie été plus d'une fois, dans ces dernières années, par votre langage sur l'Eglise à laquelle j'appartiens, et par votre attitude vis-à-vis d'elle, je n'ai pas oublié votre bonté pour moi dans le passé, et j'avoue que c'est avec joie que, dans une occasion récente, je me suis
nUSSIE ET TURQUIE 477
retrouvée d'accord avec vous sur un autre sujet, partageant profondément les sentiments que vous avez si éloquemment exprimés relativement à la Turquie. Je me permets même d'ajouter que, ces sentiments, je les éprouve depuis plus longtemps que vous, car, dès l'époque de la guerre de Crimée, ce fut avec un regret profond que je vis TAngleterre s'engager dans une lutte dont le but était de maintenir un empire dont vous stigmatisez aujourd'hui, à si bon droit, les actes !...
Je désire donc assurément que le joug malfaisant de la Turquie soit brisé, et, quoique j'aie de trop justes raisons pour craindre la Russie, et que je la regarde comme la puissance la plus cruellement persécutrice qu'il y ait au monde, j'aimerais mieux, pour un temps, la voir prévaloir que de voir des chrétiens indéfiniment foulés aux pieds par les Turcs. Le régime des Turcs ne peut ni changer ni s'améliorer. Celui des Russes le pourrait. Du jour an lendemain, la Russie peut s'apercevoir de l'inconséquence flagrante qui existe entre ses efforts pour arracher à la Turquie ses victimes, et l'horrible cruauté dont elle se rend coupable elle-même vis-à-vis des catholiques polonais ; elle peut, sur ce point, modifier en un jour sa politique. C'est pourquoi je pense que, si aucun autre moyen ne se présente, celui de sa suprématie temporaire doit être accepté comme le seul qui puisse actuellement servir à délivrer les chrétiens sujets de la Turquie. Mais me sera-t-il permis, cependant, de vous dire avec quel vif chagrin, avec quel profond mécompte, j'ai attendu vainement qu'une parole de sympathie tombât de vos lévresj ou de celles de quelque autre membre éminent du parti libéral, en faveur des victimes du despotisme russe, et vint exprimer publi*quement l'espérance que, puisque la Russie joue le rôle de libératrice vis-à-vis des chrétiens de Turquie, elle cessera d'opprimer les Grecs-unis de son propre empire ? Mon
cœur battait d'émotion en lisant vos paroles éloquentes sur la protection traditionnelle que TÂngleterre accorde aux faibles et aux malheureux, et elles me semblaient en triste désaccord avec ce froid et mortel silence sur les souffrances des malheureuses populations de Lithoanie et de Pologne. . .
A cet ardent appel, M. Gladstone fit la réponse suivante :
Hawarden Castle, SI décembro 187fi.
Ma chère Lady Georgiana Fullerton,
J'ai commencé la lecture du livre que vous m*avez envoyé; mais je ne pourrai pas Tachever avant demain, et je ne veux pas remettre jusque-là les remerciements que je vous dois pour votre lettre.
C'est avec joie que je vous entends exprimer sur la question d'Orient une opinion aussi généreuse, car, de votre part, il faut de la générosité pour adopter dans cette grande crise une opinion différente de celle qui a reçu la sanction de la cour de Rome. Et lors même qu'aucune opinion n'eût été émise en si haut lieu sur cette question, il serait encore généreux à vous d'admettre ce que vous admettez (que le triomphe des Russes, en ce moment, est désirable], avec l'opinion que vous avez, et je suis bien loin de vous contredire, sur leur conduite en Pologne.
C'est un vrai chagrin pour moi de vous avoir afdigée par mon silence (à la Chambre) sur ce sujet. Laissez-moi donc plaider ma cause devant vous.
Je croîs que, si je n'ai jamais parlé publiquement des sentiments que m'inspire la conduite des Russes vis-à-vis des Polonais, c'est d'abord parce que je n'étais pas assez suffisamment renseigné sur les faits particuliers que j'aurais eu à mettre en évidence ; ensuite, parce que mon temps et mon esprit sont déjà si remplis et accablés, que je ne