‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 2 sur 196 · PERRIN ET C", LIBRAIRES-ÉDITEURS · texte numérisé non relu

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Fin

Il y a deux ans» au moment où Tautenr allait entreprendre ce travail, elle reçut de Son Éminence le cardinal Newman le précieux encouragement que nous sommes autorises à placer sous les yeux de ses lecteurs.

17 novembre laSS.

Ma chère Madame Craven,

Je me suis sincèrement réjoui en apprenant, par M. FuIIerton, que vous aviez consenti k écrire la vie de Lady Georgiana.

Depuis que j'appartiens à FÉglise catholique, j'ai toujours suivi du regard avec admiration et respect cette vie exemplaire. Le caractère de Lady Georgiana, aussi bien que le mouvement de son esprit, la rendent une digne représentante de ces femmes de condition élevée et de haut rang qui, en si grand nombre en Angleterre, ont embrassé le catholicisme pendant la dnrée du demi-siècle qui vient de s'écouler, et qui, en devenant catholiques, ne l'ont point été à demi, mais ont donné, sans restriction, à leur Sauveur leurs personnes et leurs vies tout entières.

Je prends la liberté de vous dire que la tâche

d'écrire une semblable vie me parait naturellement vous appartenir.

Je prie Dieu de bénir ce travail. J'unirai mes prières à toutes celles qui, dès que ce dessein sera connu, vous accompagneront très certainement jusqu'à son accomplissement.

Je suis, chère Madame Craven, Votre fidèle serviteur,

John H. card. Nbwman.

En apprenant, il y a six semaines, que le travail encouragé par lui naguères était terminé et allait paraître, l'illustre et vénérable cardinal daigna le bénir, en adressant encore à Tauteur les lignes suivantes :

Oratoire. Birmingham.

17 ayrU 1888.

Chère Madame Craven,

... Je suis heureux d'avoir vécu assez longtemps pour pouvoir envoyer ma bénédiction à la Vie de Lady Georgiana Fullerton^ par iiT^^ Craçerif et je vous remercie de ce grand bienfait, en vous priant d'excuser l'imperfection de ces lignes, que je ne puis écrire de ma propre main.

Signé : John H. Nbwman, card.

Pendant la longue durée de ma vie, il m'a été accordé une grâce dont je ne saurais assez bénir Dieu, bien que cette grâce ait été la source et la cause de mes douleurs les plus vives.

Dès ma jeunesse (et cette bonne fortune m'a suivie plus tard), il m'a été donné de rencontrer des êtres dignes de toute la tendresse, de toute Tadmiration et de tout le respect qu'il faut éprouver ensemble, pour que le cœur soit pleinement satisfait. Peu de vies, sans doute (du moins c'est le petit nombre), sont totalement privées de rencontres semblables; je puis toutefois, à cet égard, regarder la mienne comme privilégiée, et c'est pourquoi je ne saurais m'associer aux pessimistes qui, en prétendant les peindre d'après nature, font des tableaux, dont on pourrait être tenté de conclure que la pureté, la piété, la noblesse et l'honneur n'ont jamais eu, ou n'ont plus ici-bas de personnification vivante !

Ceux qui ont lu, ou seulement parcouru mes écrits, savent qu'ils sont tous consacrés à prouver le contraire. Cette preuve, lorsque j'ai pris la plume pour la première fois, j'ai pu la fournir bien près de moi ; mais depuis, j'ai eu le bonheur de pouvoir la répéter souvent, et de la trouver en tous lieux et en tous pays.

Le bonheur, hélas I et aussi la douleur I car c'est la mort seule qui affranchit de toute réserve, et permet de louer librement ceux qu'on a connus et aimés.

Vivre longtemps c'est survivre ; et cette dure loi de l'âge, il faut souvent la subir durement... Quelque nombreux qu'aient été les vides creusés autour de soi, dès sa jeunesse, si l'on vit, il faut s'attendre à les voir s'accroître. Il faut en arriver enfin à sentir, avec une sorte d'amer repos, que les derniers coups sont portés, qu'il n'y a plus un regard à jeter ici-bas autour de soi , que tous ceux que l'on a aimés vous attendent au-delà, et que les jours qui nous séparent de celui où on les rejoindra seront courts et vite parcourus.

Mais, quelque déserte que puisse nous sembler alors la terre, il y demeure toujours .pour nous des devoirs à remplir et, jusqu'à la fin, des consolations k goûter. Parmi celles-ci, en est-il une plus grande que de parler du bien accompli par ceux qui ne sont plus ? de chercher à en prolonger la trace, en faisant revivre leurs traits disparus, et de parvenir à les faire aimer encore, et à continuer ainsi après leur mort l'actioi/^ bénie et bienfaisante de leur vie ?

C'est cette consolation puissante que je viens chercher encore une fois. Cependant, je n'eusse point osé me l'accorder spontanément ; j'ai même longtemps hésité à r accepter j non seulement a cause de la brièveté du temps qui me reste, et de la crainte de ne pouvoir terminer mon travail, mais pour d'autres raisons encore, que je vais exposer en quelques mots.

Lorsque, il y a vingt ans, j'écrivais le Récit Hune sœur^ je savais que personne n'était plus autorisé que moi, à le faire, puisque, de naissance ou par adoption, tous ceux dont j'avais à parler étaient de mon pays et de ma famille.

Plus tard, en écrivant la vie de La sœur Natalie NarischkUiy née Russe et Grecque, devenue catholique et religieuse, j'étais assurée d'avance qu'elle ne trouverait pas de biographe parmi ses compatriotes, et j'avais la même conviction à l'égard à* Adélaïde Capece Minutolo. En ce dernier cas, cependant, le désir de rendre hommage à sa mémoire ne manquait pas dans son pays. Mais, à cette époque, aucune habitude de publicité n'existait à Naples, et je savais que la tâche dont je me chargeais n'y serait accomplie par personne.

Il en est tout autrement aujourd'hui lorsque j'ose entreprendre d'écrire la vie d'une femme qui appartient à un pays où son nom est connu et vénéré de tous, où ses exemples ont laissé une trace profonde et où, parmi ceux qui portent de sa mort un deuil inconsolable, il se trouve, en grand nombre, des écrivains mille fois plus capables que moi d'élever à la mémoire de Lady Georgiana Fullerton un monument digne d'elle, dans son propre pays et dans sa propre langue.

On comprendra donc, sans peine, pourquoi j'ai cherché d'abord à me soustraire à un travail que tant d'autres, mieux que moi, me semblaient appelés à accomplir. On comprendra peut-être ensuite que mes

objections ayant été jugées insuffisantes, j'aie enfin accepté avec respect et avec joie la tâche qui m'était imposée, et que maintenant en regard de toutes mes raisons pour la refuser, je place quelques-unes de celles qui peuvent m'encourager à la poursuivre.

La première, assurément, c'est ma tendre et profonde affection pour celle dont j'entreprends d'écrire la vie, c'est ma vénération pour son âme, ma connaissance de la bonté illimitée de son cœur, mon admiration pour sa haute et rare intelligence, c'est enfin tout ce qui a uni mon cœur au sien, et a rendu le bonheur de l'avoir rencontrée, l'une de ces grandes grâces accordées à ma vie, dont j'ai parlé plus haut, et qui sont pour moi le sujet d'une éternelle reconnaissance.

Tout cela, il est vrai, ne me donnerait pas un droit spécial pour parler d'elle. Beaucoup d'autres, à ces mêmes titres, pourraient y prétendre ! Mais du moins il m'est permis de dire que, sur tous ces points, je ne le cède à aucun d'entre eux, et qu'il n'y avait là, pour moi, aucun motif de me récuser. Si j'osais me servir ici, sans irrévérence, de la forme de paroles sacrées, je pourrais dire avec vérité : Si ceux-là l'ont aimée, je l'ai aimée aussi, et autant qu'eux ; s'ils l'ont admirée, je l'ai fait comme eux ; s'ils ont apprécié la hauteur de son âme ; si leur vie s'est améliorée en contemplant la sienne, si leur cœur s'est agrandi ; si leur âme s'est élevée auprès d'elle, tout ce qu'ils ont éprouvé, je l'ai éprouvé autant et plus qu'eux. Je sais donc à cet

égard tout ce qu'ils savent, et si je puis toujours craindre de ne pas parler d'elle dignement, rien du moins ne m'interdit de le tenter.

Ma nationalité est, je le comprends, un obstacle beaucoup plus grand, surtout lorsqu'il s^agit d'une personne dont le nom est célèbre, non seulement par ses œuvres de piété et de charité, mais aussi par des écrits nombreux et charmants qui l'ont rendu populaire. A cet égard on peut penser, avec raison, que justice ne saurait lui être rendue par un écrivain français, quelque connaissance qu'il crût avoir de l'Angleterre et de sa langue, et je ne puis nier que, là, se trouvera pour moi une diiBculté et un désavantage.

Toutefois, en parlant des œuvres littéraires de Lady Georgiana FuUerton, il ne me faut.pas oublier, qu'elle n'a pas seulement écrit dans sa propre langue, mais qu'elle maniait la nôtre avec une correction et une grâce singulières, et qu'elle s'en est servie pour écrire deux ouvrages, qui la placent à un rang distingué parmi les écrivains français.

Et ces deux ouvrages pourquoi, elle, dont la renommée en Angleterre assurait le succès k tout ce qui émanait de sa plume, pourquoi pour les écrire voulutelle ainsi échanger pendant un certain temps sa langue pour la nôtjre? Assurément ce ne fut chez elle ni affectation ni vanité, jamais femme au monde ne fut plus exempte de l'une et de l'autre. Ce fut un goût véritable, ce fut un entraînement sincère, une sorte de prédilection pour la langue française, qu'elle avait

parlée et étudiée depuis son enfauce, et avec laquelle elle s'était tellement familiarisée que la tentation de s'en servir devint insurmontable le jour où elle choisit une Française pour héroïne , et où elle fit revivre dans un tableau historique, rempli de vérité et de vigueur, la gracieuse image de Judith de Gontaut, la femme délaissée du trop fameux Pacha de Bonneval. Le succès fut g^and, et ne fut pas moindre lorsque Tannée suivante elle publia un charmant conte villageeîsy intitulé Rose Leblanc^. Elle se trouvait si à Taise dans ss tia^nr adoptée (je pourrais presque dire préférée), que ce ne fut pas sans quelque effort qu'elle reprit ensuite la plume dans la sif ■>

Mais elle n'aimait pas seulement la langtie fem^aise, elle aimait aussi la France. Depuis sa première jen« neflsc, passée à Paris (où tout le monde sait que Lord Granville, soo père, occupa pendant longtemps le poste d'ambassadeur d^Aoglcfctiic )> jusqu'au dernier jour de sa vie, elle conserva pour notre pmj% mae affection formée par ces mille liens qui attachent le cœur aux lieux marqués par d'heureux souvenirs d'enfance. Et ces liens se resserrèrent encore plus tard, lorsque, après avoir embrassé la religion catholique, elle se trouva en France en relation avec les âmes les plus grandes et les plus saintes de notre pays et de notre temps.

L'année même qui précéda sa mort, lorsque déjà

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