‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 30 sur 196 · SHELLEY · texte numérisé non relu

SHELLEY

A LADY GRANVILLE

Tarin, 35 mai 18S5.

. . . Chère maman, aujourd'hui, si je ne me trompe, tous arrivez à Paris. . . Que j'ai hftte de recevoir de vos nouvelles et de savoir si depuis que vous ne l'avez vu vous trouvez mon cher enfant bien différent de ce qu'il était.

Remerciez encore les Ellice^ de leur bonté pour lui. . . Après tout, )e ne puis me repentir de ne pas l'avoir amené, car j'entends dire de tous les côtés que le climat est ici très mauvais pour les enfants... M"** de Bombelles (la femme du ministre d'Autriche ) me dit qu'un des siens en a beaucoup souffert. M** de Bombelles est Anglaise, elle était Miss Fraser, elle me plaît et je l'aime beaucoup. Ils demeurent tout près de nous ; nous dînons chez eux aujourd'hui. Quelques personnes la trouvent ennuyeuse, et l'accusent d'être trop occupée de ses enfants, et de sa nursery. Vous jugez bien que voilà un reproche qui, à mes yeux, n'en est point un : ses enfants sont d'ailleurs les plus belles petites créatures que j'aie jamais vues... Je suis ravie de notre villa. Nous l'avons très bien arrangée. Notre jardin est rempli de fleurs, et de ma terrasse j'aperçois toute la plaine de Turin et les Alpes au delà... Les promenades sont charmantes, à travers des allées vertes, toutes couvertes de fleurs sauvages, des bois, des ruisseaux, des violettes sans fin« £n un mot, c'est un séjour charmant...

Une circonstance légère et qui pourtant n'a jamais été oubliée donne de l'importance à la rencontre dont il est question dans cette lettre.

1. Miss Ellice et sa saur, plus tard M»« Coleman, amie de jeunesse de Lady Georgiana, qui lui conserva toute sa vie une vive affection.

La famille de M"** de Bombelles (Miss Fraser) était non pas anglaise, mais écossaise. Tous les membres de celle famille étaient demeurés fidèles ^u catholicismey et, en vertu des lois encore alors existantes en Angleterre, étaient exclus de presque toutes les carrières, ou du moins de la possibilité d'y atteindre un grade élevé. Ils s'étaient en conséquence expatriés, et avaient pris du service en Autriche où ils demeurèrent jusqu'à ce que l'acte d'émancipation des catholiques eût rouvert^ en 1829, àtous ces exilés volontaires, lechemin de leur patrie. Les frères de M"* de Bombelles en profitèrent, mais elle et ses sœurs demeurèrent dans le pays qu'elles avaient adopté, et l'aînée épousa quelques années plus tard le comte Henri de Bombelles. Tous les deux étaient profondément chré^ tiens et peut-être fut-il souvent question de religion dans leurs fréquents entretiens. Mais en tous •cas un incident eut lieu qui grava profondément le souvenir de cette rencontre dans la mémoire de Lady Georgiana.

Nous n'oublions pas qu'en arrivant à Turin, elle était encore tourmentée des doutes qu'avaient fait naître dans son esprit les œuvres de Shelley. Un JQur qu'elle attendait M"^" de Bombelles dans son salon,, elle prit un livre qu'elle trouva sur la table. Ce livre, c'était V Introduction à la vie dévote ,de saiut François de Sales, et le chapitre sur lequel elle tomba, en l'ouvrant, fut. celui qui

Page 1