A LADY HIVERS
Londres, S S novembre 1844.
Chère Susey, Je voulais vous écrire hier, mais il m*a été impossible d'en trouver le temps. Je voulais d*abord vous dire que notre dîner à la cour s'est fort bien passé. Cela n'a été ni long ni fatigant, et mon père a semblé vraiment en jouir. La Reine a été aussi bonne et aimable qu'il est possible de
rètre. Elle a exigé qu'il ne demeurât pas debout, et il s*est en effet assis presque sur-le-champ. La Reine, le prince Albert, et aussi votre ami Charles Murrey, et plusieurs autres encore ont accablé Ellen MiàdUton de paroles flatteuses. Le Court Journal en a publié une revue très favorable ; le Spectator une critique très malveillante, mais qui ne m'a pas empêchée d'avoir la tête tournée par une lettre de miss Martineau à Moxon, que je vous copierai si j'en ai le temps.
• Nous sommes tous affligés pour les Carlisle de la cata* strophe de Naworth Gastle *. Je ne conçois rien, si ce n'est la perte d'une personne chère, qui soit plus dur à supporter. Je me représente ce qu'eût été ma passion pour un lieu semblable, et l'orgueil que m'eût inspiré cette possession. Ces sentiments étaient bien les leurs, et j'ai vraiment peur de cette secousse pour lord Carlisle. Presque aucun lieu, en Angleterre, n'égale la beauté de celui-là et l'intérêt de ses souvenirs historiques.
Voici le passage de la lettre de Miss Martineau à son éditeur, à laquelle Lady Georgiana fait allusion dans celle que l'on vient de lire.
Miss Martineau était à celte époque un écrivain en grand renom, et dont le suffrage avait, en cette circonstance, d'autant plus de prix quUl ne pouvait être influencé par aucune considération personnelle :
Il faut reconnaître, écrit Miss Martineau à l'éditeur de l'ouvrage nouveau, qu'£'//e/i Middleton est un beau livre l Je voudrais bien en savoir un peu plus sur son auteur
1.. Le château de Naworth appartenant à Lord Carlisle venait d'être presque détruit par un incendie. .
que ce que ce livre en révèle (ce qui, du reste, est déj^ beaucoup). Si, comme cela semble probable par quel» ques-unes des pages de la fin, elle est capable de décrire des événements simples et de peindre des caractères naturels et des images riantes, alors elle possède un génie de premier ordre, car après avoir lu cet ouvrage, on ne peut mettre en doute le talent et la vigueur avec lesquels elle sait peindre la passion. C'est aussi un livre riche, car on n'y est pas seulement entraîné par le torrent de passion qui s'y déroule, mais les gens positifs (surtout ceux qui euxmêmes sont écrivains) y sont frappés à chaque instant par une foule de beautés qui sont répandues partout avec profîision. C'est pour cette raison que j'ai voulu posséder (non emprunter) ce livre. J'ai besoin d'en relire à mon aise de nombreux passages. Mais, en vérité, c'est une occupation qui n'est pas salutaire pour une malade. Pendant deux jours j'osais à peine me montrer ; je m'étais tellement ideutifiée avec la pauvre héroïne que je me sentais moi-même coupable. Ceci dépasse l'effet ordinaire que me produisent de semblables récits, lequel est principalement celui de la satisfaction d'être à l'abri des difficultés où se débattent leurs personnages. J'imagine que vous êtes assaillie de questions sur lady Georgiana Fullerton. Tous mes correspondants s'adressent à moi et m'écrivent sur le mên^ sujet. Je ne puis leur répondre que sur le livre, ne connaissant rien de son auteur. Je ne dis pas qu'il ne s'y trouve point de grandes improbabilités. Mais cela ne signifie pas grand'cYio^e pour cette première fois f surtout si on ne les remarque» comme je le fais en ce moment, qu'après coup et après de longues réflexions.
Cette lettre, émanant d'une personne aussi cornpétente en matière de composition et de style,, était bien faite, il faut l'avouer, pour « tourner la