Loss and gain
m CHAPITRE IZ — (1846-1848)
que nôci9 ne faiflons par notre intentioA que spécifier l'objet particulier àe la demande qiie nous adressons à
Dieu par ces paroles qui en embrassent tant.d'aulres
Vous voyez que vous n'avez rienl changer à votre
routine ordinaire, si ce n'est à la soumettre dans votre pensée à une règle fixe d'obéissance à Dieu. Dans nos rapports avec le prochain , nous nous piquons assez voIodtiei^ d'exactitude, pourquoi ne serions-nous pas exacts envers Dieu, dans nos moindres actes, lorsqu'aucuae impossibilité, ou aucun devoir de charité ne nous eu empêche?... • -
Ces conseils sont si sages et si utiles à méditer pour tous, que nous les avons transcrits dans ce but, aussi bien que dans celui de faire comprendre l'effet fortifiant que devait produire cette paisible et ferme direction sur une âtne longteiDps agitée, et flottante.
Citons encore ce qui suit :
Il est très naturel d'aimer la louange ou dii mpins
d'aimer d'abord à la mériter, puis à l'obtenir. Mais, chère Lady Georgiana, tâchons de transférer le plus que nous le. pourrons à Dieu ce très naturel désir; désirons obtenir son précieux amour et ne désirons rien au delà, ' nous j. parviendrons avec le temps et la réflexion. U n'est pa$ dans la nature de quelques-unes des bonnes œuvres que hoùsTaisbns, de demeurer cachées, mai3 lorsque celles qui peuvent Fêtre sont divulguées par nôtre faute, souvenons.nous que toyt ce que nous gagnons dànsTestîme des cîréaturés, nous le perdons dans cellç de Dieu. Vous avez reçu votre récompense^ nous dit alors le cœur de Jésus-Christ X Oh ! ce cœur ! en être aimé ! cela est possible ( Nous ' le
LADT GEDR6IANA ET SA MÈRE 229
pouvons en lui demandant dans tontes nos aotions de vivre <d*nne vie cachée en Dieu avec lui !...
Toutefois, soyez patiente avec vous-même ; devenir meilleure, c*est un travail qu'il faut, non deis jours, mais des années pour accomplir, et encore une fois, tandis qiie vous cherchez à éviter les louanges et à cacher le bien que vous faites, soyez avant tout en garde contre toute secrète satisfaction de vous-même
Nous avons dit plus haut que rien ne fut changé dans l'intimité des rapports de Georgiana avec sa famille. Nous en trouvons une preuve frap» pante dans la lettre suivante, adressée par elle à sa mère. Nous verrons avec quelle absence de réserve elle aborde des sujets habituellement interdits, en pareils cas, entre ceux qui ont eu la douce habitude de se tout dire. Cette habitude, grâce à la bonté, à la raison et à la justice de sa mère , Lady Georgiana n'eut jamais à s*en départir.
LADT GBORGIANA PULLBRTON A L^ADY GRANVILL&
Londres, 6 mars 1847.
Ma chère maman, ' Vous devez trouVéi^ très étonnant que je ne vous aïe rien dit dans mon billet de samedi de votre délicieuse lettre de vendredi, et que j'aie laissé toutes vos questions sans' réponde, mais vous aviez adressé votre lettre au numéro 27 au lieu de 36, ce qui fait qu'elle ne m'est parvenue que dans la soirée.'
Je voua conseille, très certainement, de sauter beaucoup de passages dans le livre 4uP-AYriilo'n. J'en ferais autant, bi je devais en faire la lecture aux serviteurs rassemblés
ou bien à une personne timide (moralement), exempte de défauts comme l'est ***, et qu'il faut beaucoup plutôt encourager qu'inquiéter. J'ai même, pour cette raison, re« nonce à le lui envoyer comme je le lui avais promis en lui demandant d'y lire les parties marquées pour chaque jour. J'ai compris que beaucoup de choses ne lui conviendraient pas, et que vous sauriez mieux qu'elle-même choisir ce qui lui serait utile. Les injonctions relatives au jeûne et à la mortification y sont très sévères, et semblent adressées, soit à des religieux, soit à des personnes très avancées dans la vie ascétique et sans doute habituées à de grandes austérités. Pour les autres on n'exige absolument d'elles que de se confoimer aux préceptes ordinaires de l'Église (si leur santé le leur permet), et de pratiquer en secret quelque petit acte de mortification... A votre place donc, j'omettrais ce genre de passages, ou bien je lui expliquerais que, ce qu^on attend d'elle, ce ne sont point des austérités telles que celles-là, mais la simple obéissance aux lois de l'Église, dont l'une est de s'en abstenir si sa santé l'exige, en en informant son confesseur ^
Du reste, il y a dans Avrillon beaucoup de chapitres que je n'aime pas et que je passe. Il est une sorte de dévo* tion que je n'ai jamais pu adopter, c'est celle qui consiste à se placer par l'effort de la réflexion et de la volonté, tantôt dans la disposition de la terreur, tantôt dans celle de l'espoir, tantôt dans celle de la paix.... et ainsi de suite.,.. Je n'en puis venir à bout et cette méthode ne me convient pas. Mais quelques-unes des méditations et des réflexions du P. Avrillon sur la passion de Notre-Seigneur sont admirables !...
Nous avons eu un charmant petit dtner samedi chez
1. Il est évident que la personne dont s'occupait Lady Granville, en réclamant ainsi le concours de sa fille, était catholique.
MOURIR POUR LÀ PÂTRIEl 225
M"* Gavendish, nous y avons rencontré les John Talbot et les George Cavendish, Lady Fanny Hope et George Stewart. Les nouvelles de Paris sont très bonnes, mais celles d'Allemagne sont plutôt alarmâtes... On nous a dit, par parenthèse, hier au soir, que Neufchatel veut se soustraire à la domination du roi de Prusse. Cela fera-t-il quelque chose à M"* Eward ?
Hier, Freddy, Osborne, et George Stewart ont dîné chez nous. Ils m'ont fait jouer au moins cinquante fois de suite : Mourir pour la patrie^ c^est le sort le plus beau, le plus digne cCenvie! ! !.,.
Les lignes qui terminent cette lettre indiquent assez qu'on était en 1847, alors que tant de grands événements projetaient déjà leur ombre, inaperçue de ceux mêmes qui auraient dû s'en inquiéter le plus ! quand TAIIemagne s'agitait déjà en tout sens ; où on disait encore que toutes les nouvelles de France étaient bonnes I et où Lady Georgiana (comme bien d'autres) jouait cinquante fois de suite l'air des Girondins sans se douter le moins du monde de ce que présageait le réveil de cet air révolutionnaire !
Les événements de 1848 ne devaient pas cependant la laisser indifférente, comme elle avait semblé l'être à ceux de 1830. Elle n'avait plus dixhuit ans, et les années écoulées depuis la première de ces deux révolutions s'étaient presque toutes passées à Paris. Elle avait personnellement connu les princes qui, cette fois, en furent les Victimes; nous verrons qu'elle s'en montra plus émue que
personne. Mais, au début de 1847, elle était fort loin de les prévoir. Elle pensait d'ailleurs à tout autre chose. A côté des graves préoccupations qui désormais occupèrent toujours la première place dans son esprit, à côté des œuvres de charité auxquelles, dès lors, une partie de son temps était réservé, son second ouvrage venait de paraître et obtenait un succès égal au premier. Les lettres et les félicitations pleuvaient sur elle, les revues et les éloges de Grantley Manor remplissaient les journaux, et Toccasion fut ainsi promptement offerte à l'auteur de résister à cette satisfaction d'elle-même, qui lui avait été signalée comme un danger, et de demeurer simple et humble, au milieu d'un retentissement bien fait assurément pour flatter son orgueil.
Nous ne pourrons nous étendre également sur tous ses ouvrages, mais pour celui-ci, le premier qu'elle publia après sa conversion, le premier où elle ait choisi à dessein un sujet qui lui permettait de manifester ouvertement sa foi, il nous parait intéressant de noter encore avec quelques détails l'accueil qu'il reçut.
Dans ce but, nous insérerons, sans commentaires, parmi le grand nombre de lettres qui lui furent adressées ou furent écrites à d'autres au sujet de Grantley Manor ^ celles qui noUs semblent les plus remarquables.
«GRANTLEY MANOR » 2S7
LA COHTBS8B DE CARLISLB A SA SŒUR LA COMTESSE GRANVILLB
Je ne puis pas vous dire à quel point j'ai trouvé ce livre beau, ma chère sœur. Francis était parti ; nous l*avons achevé ensemble, Lizzie* et moi J'en ai été tout à fait malade, mes yeux en sont encore gonflés ce matin. Oh! ma chère, je préfère de beaucoup celui-ci à Ellen. Quand Lizzie a fermé le livre, je ne pouvais parler, je ne pouvais que pleurer. Oui, pleurer, quoique cela finisse bien. Lizzie me dit enfin : « Voyons... maintenant remettons-nous. » Elle se savait un gré infini d'être parvenue à achever sa lecture tout haut, sans être obligée de s'interrompre.
Il ne faut pas que Georgy vienne nous demander laquelle de ses héroïnes nous aimons le mieux : ce serait mal à elle. Certainement Marguerite est charmante *, mais on ne peut la placer au même niveau que Ginevra. Mais, ma sœur, tout ce qui touche la Religion dans ce livre est admirable ! tout y est salutaire, rien ne peut y blesser personne. Je n'y aperçois qu'une seule chose dangereuse 3, c'est cette peinture du repos que l'Église catholique donne à l'âme de ceux qui lui appartiennent. C'est ce que les protestants aussi voudraient, mais ne peuvent pas toujours trouver dans la leur!...
En tout c'est, à mes yeux, un livre non seulement rempli de mérite, mais de génie. Ce génie, je la félicite de le posséder, et vous, ma bien-aimée sœur, d'en voir douée votre fille , assurée comme vous l'êtes qu'elle ne se servira jamais de ce grand don que pour faire du bien, et non seu-