LA MARQUISE DE NORUANBY
parement, que j'avoue à ma honte n*avoir reconnu que récemment la supériorité des facultés de Fauteur. Mais le voile épais de modestie sous lequel elle se cache, et la grande différence de nos âges, me faisaient, je Tavoue, ne voir en elle que votre fille, et lui refuser la part qui lui appartenait du charme de votre conversation et de votre société.
Ayant achevé maintenant de faire à la mère et à la fille la confession de tous mes torts (chose nécessaire à' ma conscience, à Tâge que j*ai atteint) je demande à Tune et à l'autre de me croire avec une égale vérité, leur très vieille, très dévouée et très affectueuse amie, M. Berry.
LA MARQUISE DE NORMANBY (alors ambassadrîce d'Angleterre à Paris) A lord granvillb
Paris, 5 juin 1847.
Mon cher Lord Granville, Laissez-moi vous remercier mille fois d'avoir songé à m'envoyer le livre charmant de votre sœur; je ne l'ai plus quitté après l'avoir ouvert, avant de l'avoir achevé, et maintenant je voudrais le relire. Il est rempli de vérité et d'élévation, et l'intérêt du récit ne se ralentit pas un seul instant depuis le commencement jusqu'à la fin. Mais au lieu de vous parler de mon opinion, je veux vous en donner une autre qui vous flattera davantage. Hier au soir à Neuilly je les ai tous trouvés dans l'enthousiasme. La Reine (Marie-Amélie) a tiré le deuxième volume de son sac à ouvrage, et m'a dit qu'il l'intéressait tant qu'elle l'emportait partout avec elle. Elle m'a montré plusieurs passages dont elle était surtout charmée et qu'elle avait marqué au crayon : en particulier les descriptions de l'Italie et de Rome. Elle m'a dit que c'était le plus charmant livre qu'elle eût jamais lu, qu'elle aimait beaucoup le premier, mais qu'elle donnait la préférence à celui-ci. J'en fais autant
â3i CHAPITRE IX — (1846-i848)
Nous pourrions continuer ainsi à l'infini, si nous voulions citer tous les témoignages que reçut Fauteur de Grantley Manor^ du nouveau et grand succès qu'elle venait d'obtenir.
Mais parmi les lettres que nous venons de par- <;ourir, il en manque une, toutefois, dont nous regrettons la disparition. C'est celle qu'elle reçut de Miss Edgeworth, l'auteur intelligent et bienfaisant de tant d'ouvrages qui charmèrent l'enfance et la jeunesse de trois générations, et sont encore lus aujourd'hui avec délices par tous ceux entre les mains desquels tombent ces vieux livres qui n'ont jamais été surpassés. Nous ne pouvons nous étonner de la satisfaction que causa à Lady Georgiana le suffrage de cette femme remarquable, dont le grand âge ajoutait encore à l'autorité, et nous sommes heureux de posséder la lettre qu'elle lui adressa en retour.