‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 75 sur 196 · LADY GBORGIANA A MISS EDGEWORTH · texte numérisé non relu

LADY GBORGIANA A MISS EDGEWORTH

Londres, 14 novembre.

Comment pourrai-je jamais assez vous remercier, ma chère Miss Edgeworth, de la lettre que je viens de recevoir de vous ? Comment pourrai-je vous faire comprendre à quel point votre bonté me touche ?... C'est à vous que je dois les heures les plus heureuses de mon enfance, et de Tâge qui l'a suivi, et maintenant celle qui les surpasse toutes, c*est rheure où je reçois, écrit de votre main, ce précieux témoignage d'approbation. Être louée par Miss Edgeworth ce n'est, en vérité, ni un mince honneur ni un médiocre plaisir I Cette lettre sera pour moi un trésor.

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Un de mes plus vifs désirs avait toujours été de vous •connaître et d'obtenir vos avis et vos encouragements, car •c'est en lisant vos ouvrages que j'ai acquis dans mon enfance le goût de la lecture. Je n'aimais pas alors les contes de fées, mais les peintures charmantes de la vie ordinaire que je trouvais dans vos livres excitèrent sur-le- -champ mon intérêt, fixèrent mon attention, et ont certainement servi à développer la disposition à observer et à peindre les caractères, qui a fini par faire de moi un auteur. On a dit que chacun se souvient toujours du premier livre qui Ta fasciné, à l'âge où les impressions sont les plus vives. Ce livre-là, pour moi, ce fut votre roman : Ennui, le premier livre de ce genre qui eût jamais été mis entre mes mains; je le lus et relus si souvent que j'en savais des pages entières par cœur. J'avais alors quinze ans. Si on m'eût dit que, vingt ans plus tard, je recevrais de vous une lettre semblable à celle à laquelle je réponds, cela m'eût paru impossible à rêver ! Votre livre sur l'éducation fut ensuite ma lecture favorite à l'époque qui précéda la naissance de mon unique enfant. Vos œuvres sont ainsi associées à mes plus chers souvenirs. Et je vous remercie du grand bienfait de plus, d'oser désormais me regarder comme votre amie, ce que, sans le savoir, vous êtes déjà pour moi depuis bien longtemps !

Je suis très particulièrement satisfaite que vous approuviez la méthode que j'ai suivie dans Grantley Manor, en y traitant les sujets religieux. Votre opinion sur les romans de controverse est absolument la mienne. Je n'en ai jamais lu un seul dans l'un ou dans l'autre sens, sans songer à la fable du Lion et du Peintre,,.

Mon seul regret, c'est que vous ayez, dites-vous, renoncé à achever un ouvrage que vous avez commencé, parce que le sujet avait quelque ressemblance avec celui du mien. S'il en était ainsi, je me sentirais bien coupable

envers le public^ et en même temps je ne puis m'empêcher d'être fière en songeant qu'il y a eu quelque coïncidence de pensées entre nous. Ceci est véritablement le plus grand éloge que mon livre pût recevoir. Je ne suis pas, chère Miss Ëdgeworth, la fille de Lady Garlisle, mais celle de sa sœur Lady Granville, que vous avez dû connaître en même temps que ma tante. L'une et l'autre avaient une appréciation égale des bienfaits dont notre génération vous est redevable ainsi que la plus vive admiration pour tous vos écrits.

En vous renouvelant tous les remerciements que je vous dois pour votre indulgente bonté et le grand encouragement qu'elle m'apporte, je suis, ma chère Miss Edgeworth, très sincèrement à vous.

Georgiana Fullerton.

Nous prolongerions trop notre tâche, si nous nous laissions aller à justifier, par des citations, l'admiration enthousiaste de juges si différents Pun de l'autre. Il en est une, cependant, que nous ne pouvons nous empêcher de placer sous les yeux de nos lecteurs, comme un bon spécimen du genre de mérite, qui fit dire à un critique compétent a que son premier ouvrage était un livre riche en beautés indépendantes du récit y> ; paroles qui, avec plus de vérité encore, pouvaient être appliquées au second.

L'auteur parle, dans ce passage, de l'intervalle qui s'écoule entre le moment où une pensée traverse Pesprit et celui où les lèvres l'expriment :

Quelle importance a cette seconde pendant laquelle

l'impétueux mouvement du cœur, ou bien la conception

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