PRÉFACE
II est indispensable que je dise en quelques mois ce que j'ai eu Tintention de fai-re dans ce travail.
Cet essai est simplement une biographie; son titre indique exactement son objet. Raconter la vie et montrer l'œuvre d'un des plus grands médecins du inonde, œuvre gigantesque entreprise à la faveur de la découverte d'un merveilleux moyen d'exploration et édifiée par un rare génie observateur, tel est ce que j'ai tenté. C'est dire que je me suis attaché uniquement, d'une part à la biographie de l'homme à l'aide de tous les documents qui sont venus à ma connaissance, et d'autre part à apprécier ses travaux «- le principal est cette découverte de l'auscultation
dont il a su tirer une si abondante et si magnitique moisson — en négligeant de parti-pris tous les points de médecine qu'il n'aborda pas. C'est dire par conséquent qu'on ne trouvera point ici un tableau général de la médecine au début du xix« siècle. Ayant l'intention d'écrire l'histoire d'un médecin,j'ai passé sous silence tout ce qui n'intéressait pas directement et pour la comprendre cette histoire. Mon sujet était déjà assez vaste pour que je n'aie pas eu le loisir de rétendre davantage, et même, en bien des points, j'ai dû me borner et restreindre les développements que la question aurait pu comporter.
Tout d'abord la Vie de Laennec. Los documents que j'ai trouvés sont, en somme, peu nombreux. Les contemporains, dans leurs Eloges,leurs Notices nécrologiques, leurs Souvenirs, nous ont laissé peu de renseignements. Les Biographies, à côté de quelques bons articles, en offrent le plus souvent d'insignifiants ou d'erronés* C'est surtout par les papiers personnels de l'illustre médecin, par sa correspondance, que j'aurais aimé le suivre à travers les phases successives de sa vie trop brève. Mais malheureusement les papiers qui restent sont sans importance et les lettres qui peuvent exister encore sont entre des mains inconnues. J'envie M. Paul Triaire d'avoir eu en sa possession, pour la composition de ses beaux livres sur Récamier et sur Bretonneau, la mine si riche de documents et de lettres dont il a su tirer un si excellent profit. Je n'ai pas été aussi bien partagé et en
beaucoup d'endroits je n'ai pu que répéter assez sèchement le récit des contemporains.
De Tenfanco et de la jeunesse de Laennec, il ne reste que peu de chose; c'est surtout sur son père, dont les papiers ont été conservés, que les renseignements abondent; j'en ai extrait tout ce qui pouvait intéresser Thistoire de son célèbre fils. 11 eût été intéressant de connaître la correspondance de Laenoec avec sa famille et ses amis pendant ses années d étudiant, puis de jeune médecin, mais, hélas! elle manque presque tout à fait. De même lors de la découverte de l'auscultation, c'est surtout par son Traité et par quelques témoignages que nous pouvons édifier cette histoire, car la correspondance manque toujours; de même encore à Kerlouarnec, quand il va se soigner en 1820, de même pendan' sa brillante période de 1822à 1826, où les lettres qu Dons sont parvenues sont vraiment trop rares. Il faut donc s'accommoder de cette pénurie de documents et si quelques passages semblent un peu écourtés,on voudra bien comprendre que la faute n'en est pas au narrateur.
Pour l'Œuvre deLaennec,j'ai été bien plus à l'aise, et là j'ai pu véritablement faire ce que j'ai voulu. J ai tout d'abord parlé de ses premières publications sur l'anatomie normale et sur la parasitologic : j'ai analysé minutieusement son mémoire sur les vers vésiculaireSy afin de faire ressortir la parfaite clarté avec laquelle il sut en débrouiller l'histoire confuse;
cette partie de son œuvre est tout à fait surannée, mais ce mémoire fait époque dans l'histoire spéciale de cette branche de la médecine.
Ses travaux d'anatomie pathologique sont des plus importants. Laennec a été grand clinicien parce qu'il a été excellent anatomo-pathologiste, a dit Potain. C'est qu'en effet toutLaennec est là, dans ces descriptions anatomiques des maladies : ce sont les qualités fondamentales de son esprit, cette faculté de savoir voir, cette intelligence méthodique, observatrice et froide, où l'imagination, — la folle inspiratrice, — n'a point de prise. Je me suis efforcé, dans un premier chapitre, après un exposé de l'état de cette science fondamentale au début du xix^ siècle, d'apprécier ses premiers travaux, son mémoire, — qui est un monument, — sur les péritonites aiguës, et la classification où il groupe les lésions anatomiques, la façon dont il comprend leur pathogénie. J'ai rejeté ses descriptions des lésions anatomiques du poumon dans les chapitres où j'étudie ces dernières, ainsi que la jogique l'ordonnait. Après avoir décrit l'admirable séméiologie qu'il inventa^gràce à la superposition des signes physiques aux lésions, j'ai raconté successivement ses découvertes à propos de chacune des maladies du poumon. Pour bien montrer quelle grande et bienfaisante révolution fut pour la clinique l'application de l'auscultation, j'ai esquissé l'état de la pathologie médicale avant cette mémorable dccou-^ verte; les descriptions de Laennec prouvent ensuite
éloquemment l'immensité des progrès accomplis par le génie d'un seul homme en l'espace do quelques années, après vingt-trois siècles d'efforts.
Un point capital restait à traiter , celui de sa lutte contre Broussais. Le moment était en effet solennel, le vieil édifice médical allait-il s'écrouler sous les coups du fougueux réformateur, les connaissances acquises par tant de siècles, les traditions hippocratiques si respectées, et à si juste titre! allaient-elles, sous les tentatives d'un talent ardent et agressif, disparaître à jamais, et laMédecine, — science d'observation et d'expérimentation, basée sur les faits — allaitelle se perdre une fois de plus sous le césarisme de l'esprit de système, des théories a priori? Non. Le vieil édifice demeura solidement assis sur ses bases sous la sauvegarde du génie de Laennec. Cette bataille entre l'Ëcolc physiologique et l'École anatomo-pathologique est vraiment captivante et mériterait à elle seule une longue histoire ; j'ai dû me borner, pour ne pas dépasser mon sujet, et ne relater que la part qu'y prit Laennec.
En somme, ce que j'ai tenté, c'est une monographie, — modeste, mais aussi complète que possible — de l'illustre médecin. Délaissant de propos délibéré tout ce qui, dans le mouvement scientifique de l'époque, est en dehors de son œuvre, je n'ai pas davantage étudié son influence posthume sur Tévolotion des Doctrines médicales, il m'aurait fallu entrer dans des développements trop considérables et
mon travail fût devenu l'histoire d'une doctrine, ce qui, encore une fois^ aurait dépassé mon but.
J'ai dû, pour mener à bien mon travail, faire appel à plusieurs complaisances. Je remercie M. B. de la Rogerie , archiviste du département du Finistère, M. Beau, conservateur du musée de Quimper, M. Guyader, bibliothécaire de la ville de Quimper, M. TabJ^e' Peyron, chanoine de la cathédrale de cette ville, le D' Rouxeau de Nantes, le D' Corlieu et le D' Cabanes, de Paris, des renseignements qu'ils ont bien vou].u^ me communiquer. M. A. Prévost, attaché au sej&rétariat de la Faculté, m'a piloté dans les Archives, * M. Bureau, bibliothécaire de l'Académie de Médecine, avec un empressement très gracieux, m'a donj^é quelques indications. M. le professeur Blanclîar.d enfin, avec une amabilité vraiment charmante etdcj^K je ne saurais trop le remercier, m'a mis en relatij^n avec la famille Laennec. Grâce à lui, M. Robert Laennec, arrière petit- cousin de l'Inventeur de l'Auscultation, m'a ouvert ses cartons et permis de feuilleter les manuscrits, les dessins, les papiers divers qui lui restent de son illustre parent. Je le prie de bien vouloir agréer ma gratitude et mes remerciements.
11 me reste un dernier devoir à remplir. Je dois, et c'est une obligation qui m'estdouce et agréable, adres-
ser rhoramage de ma reconnaissance à tous mes Maîtres dans les hôpitaux, pendant et après mes années d'externat. A M. X. Gouraud à la Charité, au professeur F. Terrier pendant sa dernière année à l'hôpital Bichat dont tous ses élèves gardent un si bon souvenir, et à M. Hartmann, son assistant d'alors. A M. E. Barié à Thôpital Laennec, de qui je teins surtout mes connaissances en auscultation et qui, avec tant de bienveillance, a guidé mes premiers pas dans la clinique médicale. A M. Comby, à l'hôpital des Enfants Malades, à M. Du Castel, à l'hôpital Saint-Louis,àM.Bonnaire,à la Maternité de l'hôpital Larîboisière, au professeur L.Landouzy enGn de qui j'aisuivi bien souvent les leçons cliniques, — une entre autres sur Laennec et Tinfluence de l'auscultation m'a beaucoup servi, — et dont l'enseignement, tout imbu d'idées générales, alliantles démonstrations pratiques, les campagnes généreuses aux idées doctrinales et reliant avec tant de vigueur et d'autorité les enseignements inoubliables de la vieille clinique aux tentatives contemporaines des laboratoires, offre une mine inépuisable do méditations sur cotte science naturelle si vaste et si grandiose qu'est la Médecine. J'ai le plus grand plaisir à le remercier de l'honneur qu'il m'a fait en acceptant la présidence de ma thèse.
Je dois encore un hommage respectueux à M. le D' Félix Lejars,ami ancien de mafamille,etàmon cousin le D*^ Raoul Chenet, près de qui j'ai contracté une
rlelio que je ne pourrai jamais acquitter pour les {^cinseils et les soins constants dont il a entouré ma jeiiticsse.Il me plait beaucoup de lui présenter ici Fasâurance de ma bien sincère reconnaissance.