‹ Laennec, sa vie et son œuvreChapitre 2 sur 24 · CHAPITRE PREMIER La Famille des Laennec · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER La Famille des Laennec

Son origine. Les ancèlres de Laennec. Son père Théophile- Marie. Sa mère. Sa naissance. Son oncle^ le docteur Guillaume- François.

{te médecin illustre, René-Théophile-Hyaciiithe Laennec, dont je vais essayer de raconter la vie et d'exposer l'œuvre, appartient à une vieille famille de la noblesse de robe du Comté de Cornouailles, en Bretagne.

L'origine des Laennec est obscure. Doit-on, avec H. Denis de Thézan, qui a soigneusement compulsé les registres de l'état civil de la ville de Quimper, faire remonter la tige de cette maison à la famille noble an Henneuc, de la paroisse de Pleyber-Christ, mentionnée en 1445 dans la Réformatioo.Et doit-on penser que de ces an Henneuc sont descendues d'une part la famille Loliennec, dont les armes, assez semblables à celles des Laennec, portaient : fascé d'or et de sable, surmonté d'un lion léopardé de sable, d'autre part la famille Laennec, qu'on trouve aussi avec l'ortbographe Le Loennec et Loennec (dont la prononciation bretonne est Lennec) et dont les

armes portent : coupé au i d'argent^ au lion léopardé de gueules ^ au 5, de sable y à trois fasces d'or. On peut-on encore supposer que cette dernière famille descend de la première, étant donnée leur similitude d'armes, et ce fait que, dans les registres, quand les Laennec apparaissent, disparaissent les Lohennec?

Au moyen-âge, les aînés des familles nobles habitaient la campagne dans leurs terres héréditaires; les cadets sanspatrimoine,échappés aux guerres,se réfugiaient dans les villes, y constituaient une nouvelle classe dite de bonne bourgeoisie^ sorte de noblesse seconde^ tenant son nouveau lustre de divers offices municipaux ou de magistrature, comme avocats, procureurs, notaires,greffiers. La noblesse d'épée regarda toujours les détenteurs de ces offices avec hauteur, bien que s'y alliant fort souvent; mais ces cadets se considéraient eux-mêmes dans leurs diverses magistratures comme ne dérogeant pas. Ils se plaisaient à obtenir du roi Louis XIII des Lettres patentes déclarant qu'on ne déroge point à la noblesse pour être juge,avocat ou même ^vocmtqxxt ^surtout en Bretagne. Doit-on donc penser que la famille Laennec sort d'un do ces cadets nobles, issu des an Henneuc; la question, en somme,est d'importance bien minime et seulement de pure curiosité. Une autre illustration lui viendra, plus certaine et sans doute aussi belle, et qui rendra son nom à jamais immortel.

L'Armoriai de Bretagne de P. Potier de Courcy, après avoir donné la description des, armes des Laennec, attribue le blason à : « Vincent, notaire-passe à Concarneau on 1573, sixième aïeul du célèbre in-

venteur de Tausculation. Cette famille, ajoute-t-il, alliée aux Urvoy do Saint-Bédan et de Gennes,a pro-

Les armes des. Laennec.

duit depuis 1700 plusieurs avocats du Roi au présidial de Quimper, sénéchaux, maires et députés de cette ville aux Etats. »

Ce Vincent Laennec était littérateur; il a laissé un manuscrit autographe précieux, conservé aux Archives de la préfecture de Quimper, qui est le premier et peut-être l'unique exemplaire d'un Dial ou répertoire de tous les actes auxquels il avait concouru de son vivant. On rapporte que, bien que ses fonctions ne fussent pas très guerroyantes, maître Laennec devint un fougueux ligueur et qu'il fut tué les armes à la main en 1596 dans une rencontre entre Rosporden et Quimper. Le second Laennec connu est Louis, qui fut notaire royal.

Son fils, René Laennec, est aussi qualifié maître.

Il a lui-même un fils qui s'appolle encore René et qui est notaire royal de la sénéchaussée de Quimper et procureur au présidial de cette ville, il est qualifié de noble homme (1). Comme son bisaïeul Vincent, il a la vaillance d'un hommed'épée :quand, en 1695, il fallut venger la défaite navale de la Hogue, subie par TourvilleyRenéLaennecn'hésitepaSjildépose sa plume de notaire royal, quitte sa robe de procureur pour s'embarquer et courir en corsaire sus aux Anglais.

Le fils de ce dernier, Nicolas-Louis Laennec, est qualifié noble homme et maître. Il aurait, dit M. Trévédy, rompu avec les traditions de sa famille en cessant d'exercer la profession de notaire et aurait été négociant. Son fils est Michel-Marie-Alexandre Laennec, grand-père de TAuteur de l'Auscultation médiate.

Il est no à Douarnenez, en 1714. On le trouve successivement dans les registres, qualifié noble, monsieur maître, conseiller du roi, avocat au Parlement de Bretagne, procureur fiscal du marquisat de Kerharo, procureur fiscal en la juridiction des Regaires (2) de Quimper,sénéchal de la juridiction de Locmaria, maire des ville et communauté de Quimper, colonel de la milice bourgeoise de ladite ville et député aux Etats de la province à Nantes. En 1746, il épouse demoiselle Jeanne-Catherine Huchet, morte 7 ans après etdontil aura quatre enfants. En 1756, il épouse en deuxièmes noces dame des Landes, veuve;

(1) L'appellation de noble homme n'est pas un titre de noblesse, pas plus que celle de sieur de, suivi du nom de la terre possédée. Les vrais nobles s'intitulaient éicuyers.

(2) Oo appelait juridiction des Regaires.la justice seigneuriale d'un é^ôché.

-^ il —

à cette solennité sont présents MM. Laennec, issus du premier lit, l'un, avocat à la cour, père de notre grand Laennec» l'autre, docteur en médecine. De ce deuxième lit naîtra une fille.

Il meurt en 1782; à son convoi assistèrent le vicaire général de Tévêclié avec tout le clergé de la cathédrale,les avocats et échevins de la communauté delà ville, et les pauvres de l'Hôpital général de Saint- Antoine. 11 a laissé des écrits de valeur sur les fiefs, domaines congéables etusements de Cornouailles.

Ses quatre enfants du premier lit sont: Théophile- Marie, le père du célèbre docteur; Guillaume-François, son onole, chez qui il passera sa jeunesse et fera ses premières études médicales ; MicheJ-Jean-Alexandre, prêtre, à qui son père le confiera à Tâgedc 6 ans, quand sa mère mourra ; enfin Corentin-Michel- Alexandre, dont on n'a pas de renseignements.

La biographie du père et celle de Toncle de Laennec méritent de nous arrêter : de son père, à la vérité, il tiendra bien peu, Thomme grave et un peu triste qu'il sera toute sa vie no ressemble pas à Thomme léger, souriant, peut-être trop frivole, que fut son père ; son oQcle est plus posé, docteur et professeur très distingué, homme de réelle valeur, c'est une célébrité de Nantes et c'est lui qui donnera à Laennec l'idée et le goût de devenir médecin.

Théophile-Marie Laennec, sieur de Kerlouarnec, est né àQuimper,ruo Kéréon, enl747.Ses premières aoDées,comme le dit justement Duchàt^llier, s'écou-

lèrent au sein d'une famille qui avait longtemps vécu des affaires et des débats très agités des circonscriptions féodales. Il était naturel que, fils aîné, il embrassât la carrière de son père et de tant d'aïeux, et il se consacra à la bazoche. Il étudie le droit à Rennes et, vers Tàge de 21 ans, il est pourvu de la charge de procureur fiscal près de la juridiction épiscopale de Quimper. On trouve dans le Recueil de Compliments qu'il a laissé — il en a fait un bien grand nombre, semés à toutes les circonstances marquantes de sa longue vie — le premier compliment, prononcé en prenant ses premières conclusions de procureur, où il distribue mille politesses à son prédée4.^sseur défunt, au sénéchal des Regaires de l'évèché, iM. Guesdon, dont il épousera la fille un peu plus Lard. Puis c'est une foule d'autres compliments chaque fois qu'il acquière une position nouvelle ou que linéique événement survient : quand il est pourvu de la juridiction seigneuriale de Pont-Croix, quand il devient avocat au présidial de Quimper duquel relèvent toutes les justices seigneuriales du comté de Cornouailles, quand le duc de Fitz-James vient présider les Etats, quand le comte de Chartres est de passage à Quimper. C'est à cette époque évidemment, dît Duchàtellier, que Laennec, âgé de 28 ans, non ejicore marié, se livra avec le plus d'ardeur aax plaisiis et aux distractions que pouvait offrir la société aimable et lettrée de ces temps. Les visites, les parties de plaisirs, les chansons et les petits vers furent une de ses occupations favorites, — il en fera encore, il est vrai, à 80 ans. — A toutes les dames qu'il fré-

queate, il envoie des tendresses, souvent osées, dans le genre de la chanson intitulée Trop ou Trop peu. Eq veut-on un extrait :

Sar deux monts que j'idolâtre.

Par surprise ou par hasard, Ma main quelquefois folâtre Et suit mon tendre regard.

Soudain de ce double gage On me prive sans raison :

C'est trop si c'est badinage, Trop peup si c'est tout de bon.

En i780, à 34 ans, il se marie avec la fille du sénéchal desRegaires, demoiselle Michelle-Alexandre -Félicité Guesdon : pour ce mariage, les dispenses de parenté du quart au quart furent accordées aux futurs époux par Tévéque de Quimper. A la bénédictioQ nuptiale furent présents, entre autres, ses deux frères, c< vénérable et discret messire Michel Lannec, docteur en théologie de la maison de Sorbonne, recteur de la paroisse d'Elliant, et Guillaume-François Laeonec, médecin ordinaire du Roi et de la marine».

Jen'ai pu trouver de renseignements sur cette jeune femme qui d'ailleurs a vécu fort peu, puisque, 6 ans après son mariage, elle meurt en couches, en donnant naissance à son quatrième enfant, une fille, qui fut baptisée a à la maison en danger de mort et mourut iacontinent après le baptême le même jour ». Elle auraitété, dit-on, peu robuste et peut-être tuberculeuse, c'est d'elle, évidemment, que Laennec lient sa faible constitution et le terrain tuberculeux qui, à lui aussi, et combien trop tôt pour la science, devait être fatal.

C'est dans la maison (i) qui appartenait à sa mère à Quiniper et où elle devait mourir, la « petite maison à 2 étages, sur le quai, en face du pont qui donne iLccès sur le parc » et qui a été démolie quand on a fait les quais de Quimper, que devait naître notre grand Laennoc, le 17 février i781.

A son baptême, il eut pour parrain René-Félix (ruesdon, son grand-père maternel,et pour marraine llyacinthe-Claude-Renée Guillemette des Landes, ilame Laennec, deuxième femme de son grand-père [jaterneU On lui donna, suivant le vieil usage, les prénoms de ses parrain et marraine, René'Théoph ile-Hyacinthe.

L'année suivante, naft un second 61s, Michel-Marie-Bonaventure, qui tit son droit et se serait destiné k l'Administration ou au Barreau, s'il n'était mort [iromaturément à 28 ans. Enfm, une fille, Marie- Anne, naît en HSS.

L'oncle de Laennec, le docteur Guillaume-Franrois, est né à Quimper en 1748. II aborde le premier de la famille la carrière médicale, fait de bonnes études à Paris, qu'il va compléter en Angleterre près de Hunter, revient en France, prend sa thèse à Mtmtpellier en 1773. H s'établit à Quimper, où, en 1773, il est nommé médecin-ordinaire du roi : il remporte de tels succès dans tout le Comté do

{() Comme l'ont montré MM. Trévédy et Duchatellier, et ntn pas Ha po 19 de la rue Laennec, où on a mis par erreur et où on a laissé nar négligence une plaque portant cette inscription : • Ici est né Uennec. »

Cornouailles qu'en 1779 c'est lui qu'on choisit pour mctlecin auxiliaire des Hôpitaux de la marine de Brest, alops surchargés de malades, par le combat naval d'Ouessanl, dans la guerre de Tlndépendance américaine. Tous ses biographes racontent qu'à cette époque il vit rentrer les débris du navire la Sar^ veillante et eut le douloureux honneur de prodiguer ses soins au commandant Du Gouëdic et aux rares sur^'ivants de ce brillant fait d'armes. Sa renommée s'accroissant, il résolut^en 1781, de s'établir à Nantes; mais,à cette époque, il était difGcile à un médecin de se déplacer. L'Université de Nantes, très fiëre de sa petite importance, très jalouse de ses privilèges, n'était pas disposée à accueillir des docteurs dont les grades avaient été pris ailleurs. Aussi Laennec, à son arrivée à Nantes avec ses anciens condisciples de Montpellier, Blin et Lefebvre de la CJiauvière, dut conquérir le droit d'exercer la médecine dans cette ville. Toute une série de vexations et de luttes commence. On l'oblige à redevenir étudiant, à acquitter les droits très élevés d'inscriptions et d'examens> à se soumettre à toutes les épreuves probatoires, alors très compliquées, enfm à soutenir une thèse, qui, imprimée en 1782, est signée : ^ G. F. Laennec de la Renardais,quimpérois » et qui, dit son biographe, est aussi remarquable par la nouveauté du sujet que par l'excellente latinité du style. C'est encore insuffisant, et on le voit, en 1784, obligé de soutenir un procès devant le Parlement ; il publie un mémoire exposant ses griefs, et contenant des lettres de MM. de Sartines et de Çastries,

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ministres de la Marine, le remerciant des services rendus par lui aux Hôpitaux de Brest, et l'assurant qu'on fera, s'il est besoin, de nouveau appel à son zèle. Il lui faut produire une seconde thèse qu'il développe, chose extraordinaire, en pleine chambre des requêtes du Parlement par devant M^' Picquet de Montreuil, conseiller commis pour présider lesactes. <c L'énergie et la facilité d'élocution du récipiendaire enlevèrent plus d'une fois les applaudissements de son nombreux et brillant auditoire. » EnGn, en 1786, ces tracasseries sont terminées, il est définitivement installé à Nantes, et, dès Tannée suivante, l'Université, reconnaissant son erreur, le nomme son procureur général. Une période d'honneurs va commencer alors pour Guillaume-François. Nous le retrouverons au prochain chapitre, quand il va recevoir eh&L lui son neveu et présider à son éducation. Au milieu de ses difRcultés avec la Faculté, il se marie. Il épouse à Rennes demoiselle A^ie-Perrine- Sainte-Désirée de Gennes, issue d'une grande famille de la paroisse de ce nom, près Vitré, et dont il aura quatre enfants : Christophe-Pelage, né en 1785, qui sera avocat, Ambroise-François, né en 1790, qui succédera à son père à Nantes^ Mériadec, né en 1802, qui viendra faire sa médecine à Paris, sous les yeux de son cousin germain, l'illustre Laennec, et qui sera son fidèle collaborateur lors de la découverte de l'auscultation, enfin Emmanuel, qui sera avocat.

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