‹ Lafayette et la révolution de 1830Chapitre 1 sur 30 · LIBRAIRIE DE THOIS.NIER DESPLACES · texte numérisé non relu

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AVANT-PHOPOS,

Je vais parler des choses et des hommes politiques au milieu desquels nous vivons, comme si tout cela était déjà loin , bien loin de nous.

Je peindrai les choses telles qu'elles m'ont apparu , les hommes tels que je les ai vus. Je ne dirai que la vérité, mais je la dirai tout entière.

Oepeiiilant, les faits que je vais retracer sont de nature à exiger que je m'explique franchement sur la source à laquelle j ai puisé mes renseignemens.

Par ces faits j'entends seulement la partie de cet ouvrage qui a trait à la révolution de juillet : le reste est du domaine de l'histoire.

ij AVAKT-PROPOS.

Je supplie donc qu'en lisant le titre de mon livre, on ne se hâte ni de douter de sa véracité', ni d'en attribuer la pense'e à qui elle n'appartient pas.

Le fait est, et je le confesse tout d'abord, que je suis coupable d'une indiscrétion, peutêtre dira-ton d'un abus de confiance. Et ce^ pendant, je sens que ma conscience s'en glorifie comme d'une bonne action de citoyen.

Au fait, des lettres inédites, des pensées intimes , des rapports à huis-clos , prédominent dans cet ouvrage; et ces lettres, ces pensées, ces rapports appartiennent souvent aux deux hommes que la révolution de juillet a saisis, les premiers, des nouveaux destins de la France. Comment donc concevoir que de tels enseignemens (car ce sont de vrais et grands enseignemens) soient descendus jusqu'à moi, simple journaliste? Quelques mots sur ma position individuelle, avant et après la révolution de juillet, suffiront, je l'espère, pour expliquer cette énigme.

AVAMT-PROPOS. iij

Honoré , dès ma jeunesse, de la précieuse amitié de 31. de Lafayette, j'avais, depuis longtemps, recueilli de sa bouche , ou emprunté à ses souvenirs écrits, des notes sur les circonstances les plus importantes et les traits les plus caractéristiques de sa longue et noble carrière.

Mon but était de suppléer un peu au vide immense que Fabsence de ses Mémoires laissera peut-être dans les annales de notre pays; car, ni le soin de sa renommée, ni l'intérêt de l'histoire , ni les pressantes sollicitations de ses amis, n'ont pu, jusqu'ici, le déterminer à se livrer à cet important travail. Quelques éclaircissemens sur des points peu ou mal connus de sa vie politique , quelques redressemens d'erreurs historiques , voilà tout ce que nos vives instances pouvaient obtenir de son patriotisme tout actuel, tout positif, mais peu soucieux de lui-même.

Les notes dont je viens de parler restaient éparses dans mon portefeuille, lorsque l'explo-

iv AVANT-PROPOS.

sion de juillet vint, ponr la seconde fois, placer La Fayette à la tête d'une grande re'volution.

Cet ëve'nement prodigieux rendit plus fre'quens et plus intimes les rapports que la bonté du ge'ne'ral avait bien voulu laisser s'établir entre lui et moi, et, pour comble de bienveillance , il me fit Fbonneur de me nommer son aide-de-camp. Ami et aide-de camp de Lafayette, depuis les jours de l'Hôtel-de-Ville, jusqu'à celui de sa démission, on conçoit tout ce que j'ai dû voir et apprendre. Ce que j'ai vu, ce que j'ai appris , voilà mon livre.

Cependant , cette faveur ne m'imposait que des devoirs de circonstance; ma condition d'écrivain n'était point changée , mes projets restaient les mêmes, et le désir d'esquisser le caractère du grand citoyen que j'avais sous les yeux, ne fit naturellement que s'accroître avec les nouvelles facilités que je trouvais dans ma position passagère auprès de sa personne.

De plus, je compris que les événemens qui

A^ ANT-1'KOPOS. V

allaient se dérouler deviendraient le point culminant, Tâme de mon ouvrage. Un demi-siècle et deux re'volutions allaient, je le croyais alors, se re'sumer en quelques semaines 3 un Roi et une Cour, la légitimité monarchique et la souveraineté du peuple, Tesclavage et la liberté', devaient encore se retrouver en présence; de salutaires leçons pouvaient jaillir de ce conflit; j'e'tais e'crivain par me'tier; ces leçons e'taient ma chose; je m'en emparai pour le compte de ma patrie.

Je m'enrichis donc de tous les documens dont mes fonctions accidentelles me re'vélaient l'existence; je surchargeai mes tablettes et ma me'moire de tous les renseignemcns historiques qu'amenait à moi un contact de tous les instans avec les sommite's du pouvoir.

Mes rapports, comme on s'en convaincra en parcourant ; mon livre, s'e'tendaient au-delà du cercle de l'état-major de la garde nationale. D'autres notabilités m'honoraient aussi de leur confiance. C'est ainsi, par exemple.

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