‹ Lafayette et la révolution de 1830Chapitre 6 sur 30 · XVJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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populaire environnée à^ institutions républicaines. Et l'on dit au peuple : Voilà la meilleure des républiques .

Et le peuple, qui avait eu le courage de combattre et l'habileté de vaincre , eut la générosité de céder la victoire à qui n'avait pas combattu ; il crut à la meilleure des républiques.

La meilleure des républiques!... Cela n'était point vrai. 11 eût été plus juste de dire : La combinaison la plus compatible , d'un côté , avec l'esprit d'égalité qui envahit le mondej de l'autre , avec les préventions qu'a laissées en France, la fausse république; en d'autres termes ; la combinaison la plus propre à remplir l'intervalle des temps, sans brusquer la marche naturelle des événemens.

La monarchie à formes et à institutions républicaines, était donc , en réalité , le système le mieux approprié aux diverses nuances d'opinions qui avaient fait la révolution de juillet , je dirai même aux conditions politiques actuelles de l'Europe; car, si la dissolution des vieilles monarchies se manifeste partout, ou par leur faiblesse ou par leurs excès ; si la démocratie fermente de tous côtés, ce serait cependant abuser de la généralisation que de prétendre que les tendances républicaines ont causé seules la chute de tous les trônes qui se sont écroulés depuis deux ans.

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Sans doute l'esprit démocratique a largement contribué à ces révolutions, mais il est évident qu'elles ont été déterminées par des fautes patentes et des conflits malhabiles. Charles X, Guillaume, Don Pedro, le Césarewitch et le duc de Brunsvick auraient pu écarter l'ouragan qui les enleva ; et la facilité avec laquelle leurs peuples ont adopté de nouveau les formes monarchiques semble prouver , au moins , que l'incompatibilité entre les deux principes n'est point encore à son dernier terme.

La France se rangea donc sous la monarchie populaire entourée d'institutions républicaines; et ceuxlà même qui n'avaient rien à perdre, saluèrent avec enthousiasme une combinaison éminemment propre à tout conserver. Ce phénomène fut l'effroi des hommes du privilège ; ils y virent un degré de civilisation qui attestait que la démocratie pouvait creuser son lit de manière à couler un jour sans obstacle et sans malheurs. Alors ils essayèrent d'attacher l'anathème aux institutions républicaines. Ces mots, dirent-ils ne signifient plus q}ie Jacquerie , Jacobinisme , faubouriens, canaille , guerres et échafauds. Ainsi la plus noble des conceptions humaines, la république, devint, dans les mains des ennemis de la révolution de juillet, un épouvantail toujours mobile, à l'aide duquel ils parvinrent à faire redouter à la nouvelle dy-

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nastie et à une partie de la nation ^ qui une fois encore se méprenaient sur l'esprit de l'époque, le jeu nécessaire du mécanisme représentatif. Ils parcoururent toutes les phases de la première révolution , moins la pensée de 89 ; ils montrèrent g3 caché sous les institutions républicaines , et prêt à dévorer une seconde fois la monarchie. Enfin tous les intérêts fondés sur l'erreur, tous les vieux préjugés se réunirent pour arrêter les progrès de la révolution de juillet ; et, dès ce moment, ce ne fut plus qu'un long analhème, et contre la république et contre les républicains qui veulent une fois encore passer leu rniveau sur toutes les inégalités sociales.

C'est pour rendre ces mots à leur signification véritable, que je vais écrire la vie politique du seul homme qui ait participé aux trois révolutions de 1 77G, 1789 et i83o. J'ai choisi Lafayette comme la plus haute personnification du système de 89 enté sur les doctrines américaines qu'il ne faut point confondre avec l'action grecque ou romaine travestie et perpétuée dans la Convention : ces choses ne sont point solidaires.

Qu'exprime donc la pensée de Francklin et de Washington, traduite dans les institutions républicaines, dontLafayetle a voulu entourer la monarchie

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citoyenne? Rien autre chose que le progrès du temps et le triomphe de la liberté humaine. Ce système ne veut, au fond, et n'a produit, en résultat, que des choses honnêtes. Là, religion, philosophie, po. tique, tout se tient; tout annonce la même raisoji et le même bon sens : c'est la tendance réalisée de tout un peuple vers la liberté et le développement de tous ses moyens ; c'est , en d'autres termes , l'égale répartition des impôts, l'égale admissibilité des citoyens à tous les emplois , la liberté des cultes, la liberté de la presse, la liberté individuelle, la représentation nationale, le jury, la responsabilité des dépositaires du pouvoir, mis en action et garantis.

Voilà ce que veut le général Lafayetle, sans s'astreindre ni aux formes extérieures du système américain, ni au mécanisme gouvernemental des Etats-Unis. Voilà les institutions républicaines qu'il a voulu grouper autour de la monarchie citoyenne , de ce privilège unique qui , consenti par tous , n'était plus un privilège.

Dira-t-on encore que cette fusion à l'amiable était impossible? 11 se peut qu'elle le soit aujourd'hui; elle ne l'était pas alors.

Que demandait le programme de l'Hôtel-de- Ville, |ui soit subversif du principe monarchique ?

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