Chin Chin Kobakama
Ces petites brochures, imprimées sur papier crépon et illustrées de gravures coloriées, ont paru en 1902 chez T. Hasegawa, à Tokyo. Deux d'entre elles ont été reproduites in extenso dans le livre de Gould. Les éditions japonaises ne peuvent être protégées en Amérique.
Nous avons eu l'occasion déjà, au cours de cette étude, de dire un mot de la plupart de
iç,0 LAFCADIO HEARN
ces ouvrages. Nous pourrons nous contenter de les passer rapidement en revue.
Glimpses of unfamiliar Japan. — C'est, au point de vue de l'étendue, le plus considérable de tous les travaux de Lafcadio Hearn. Il comporte deux volumes compacts, chacun d'eux plus compact qu'aucun de ceux qui ont suivi. Il Jest formé de vingt-sept parties, presque toutes d'une longueur respectable.
C'est en réalité l'histoire des débuts de leur auteur au Japon. Il dit les enchantements des premiers jours (My First day in the Orient), les légendes que lui conta son nouvel ami Akira\ ses premières découvertes : Jizô, la délicieuse divinité souriante des enfants, le bon génie qui cache les petits sous les larges plis de sa robe quand les mauvais esprits les poursuivent et les tourmentent, Enoshima et ses pèlerinages, les foires extraordinaires des fêtes des morts (The Market of the dead).
Le grand enthousiasme, la possession, commencent avec la nomination de Hearn en qualité de professeur au collège de Matzué et le long voyage en Jinrikisha qu'il fallut faire pour s'y rendre. C'est dans un petit village de la route qu'il assiste à la Danse des morts (Bon odorî), fête naïve, d'un charme singulier, dont l'origine
se perd clans la nuit des temps et que la police a interdite depuis, — on se demande vraiment pourquoi.
Jusqu'à la fin Hearn sera poursuivi par le souvenir de la cérémonie étrange, suggestive, entrevue dans le petit village, et il cherchera vraiment à revivre les impressions ressenties.
Le livre se poursuit et les souvenirs s'accumulent : c'est Matzué, « le chef-lieu de la province des dieux » où le nouveau professeur passe les premières années de sa vie japonaise, se marie et noue des amitiés qu'il conservera jusqu'au bout ; c'est encore Kilsuki. le temple Shinto fameux, centre de la vieille religion nationale, où il est reçu par des pontifes d'une noblesse aussi reculée que celle des empereurs ; puis ce sont des pèlerinages successifs à la « Caverne des âmes des enfants » ; à Mionoseki, où la divinité locale a l'horreur des coqs, des poules et des œufs et tire vengeance de ceux qui en introduisent sur son territoire; à Yaegaki-Jinja où vont les amoureux ; dans l'île de Oki où vit une population utopique, rarement visitée et malheureusement empestée par ses pêcheries de seiches (1); sur la côte de Hoki
(1) Le chapitre : From Hoki to Oki a été omis dans l'édition Tauchnitz.
192 LAFCADI0 HEARN
battue par la mer du Japon, où on lui raconte d'étranges légendes...
Il y avait une fois dans un village de la province iïlzumo un paysan si pauvre qu'il avait peur d'avoir des enfants et qu'il les jetait à la rivière à mesure qu'ils naissaient... Au septième cependant il se jugea assez riche pour l'élever et, à sa grande surprise, il s'attacha au petit garçon...
Un soir d'été, il se rendit dans son jardin, tenant l'enfant dans ses bras; le petit avait alors cinq mois.
La nuit, illuminée par une lune immense, était si resplendissante que le paysan s'écria :
« Ah ! voilà une nuit qui vraiment est merveilleusement belle ! »
Alors l'enfant le regardant en face et parlant le langage d'un homme, dit :
« Oh ! père, la dernière fois que tu me jetas à l'eau, la nuit était exactement semblable à celle-ci, et la lune nous regardait de la même manière !...
C'est dans les Glimpses que nous trouvons ces belles pages du Carnet d'un professeur dont nous avons parlé déjà; — les chapitres exquis où il raconte ses longues conversations avec le jardinier Kinjuro, le vieil homme à la tête d'ivoire jauni, qui non seulement connaît tous les mystères de l'horticulture singulière de son pays, mais encore toutes les vérités aujourd'hui
dédaignées, à propos d'âmes errantes, de gnomes et d'esprits familiers; — enfin cet essai unique, petit chef-d'œuvre d'analyse intelligente et de délicate compréhension que tout le monde connaît plus ou moins : Le Sourire Japonais The Japanese smile) (1).
Dans les amours de Lafcadio Hearn et du Japon, les Glimpses sont en quelque sorte le Journal de leur lune de miel. Sa passion nouvelle est, bien entendu, pleine d'illusions et elle lui fait commettre des erreurs dont il rougira plus tard et qu'il regrettera immodérément, — en quoi il aura grand tort.
De tout ce que l'on a écrit sur le Japon, et Dieu sait si ce pays a fait couler de l'encre, il n'est rien qui nous fasse mieux comprendre ce qu'il est, — ou du moins ce qu'il était au moment unique de son histoire où Hearn écrivait,
— que les livres dont je viens de donner la liste. Et les erreurs de ces livres sont instructives,
— sont élément de vérité, — autant que les informations exactes. Car dans l'ensemble complexe qui constitue une nation, lesillusions qu'elle donne et les mirages qu'elle crée la font connaître autant que l'analyse rigoureuse des éléments qui
(1) Il figure parmi les quelques chapitres que Mme Raynal a donnés dans sa sélection des Glimpses.
la constituent. Ce ne sont pas des inventaires et des procès verbaux qui suffiront. Cent volumes de constatations précises faites par des esprits médiocres nous en diront moins que les impresions franches et sincèrement exprimées d'une âme d'élite, même quand elle se trompe ; car la manière dont elle se trompe est encore significative et pleine d'enseignements.
Les volumes des Glimpses, avec leur style parfois exubérant, si différent de la manière sobre et discrète que Lafcadio Hearn adoptera dans ses derniers livres, constituent dans l'ensemble de son œuvre japonaise un élément indispensable. Sans eux le reste n'aurait pas toute sa signification : ils nous apportent quantité de choses exquises que leur auteur n'aurait plus voulu — ni peut-être su, — dire encore plus tard.
Olt of the East contient une suite au « Carnet d'un professeur » commencé à Matsué [With Kijusha students . Cette fois, ce sont les étudiants de Kumamoto qu'il nous présente, — combien différents de ceux de la province d'Izumo ? — non pas seulement parce qu'ils appartiennent à une race plus défiante, moins sentimentale, plus stoïque. mais parce que leur maître les voit avec des yeux plus désabusés.
Dans ce livre nous trouvons encore des études
du caractère japonais et des tendances de la race dans le genre que Hearn avait inauguré avec The Japanese smile. 11 analyse avec beaucoup de subtilité, dans un chapitre intitulé Y Eternel féminin, la différence radicale qui existe entre l'Occident et l'Extrême-Orient, dans la manière dont l'amour et l'influence de la femme agissent sur la pensée et les mœurs. Un autre chapitre, Jiujutsu, sert à nous présenter un aperçu imagé de la politique japonaise. Le Jiujutsu, qui n'était pas encore connu chez nous à cette époque, n'est autre chose en somme que Fart de vaincre en cédant et d'utiliser les forces de Padversaire luimême pour le mettre hors de combat. Et telle est la définition même du système suivi par l'Etat à l'égard des nations étrangères. Cette étude très lucide, écrite en 1893, contient des visions d'avenir qui devaient se réaliser très vite. La guerre de Chine, qui éclata au moment même de la publication, leur donna une consécration éclatante.
The Dveam of a summer day, dont j'ai donné un extrait et Ai Hakata sont des relations d'excursions à travers le pays, mêlées de rêveries, de récits légendaires recueillis en cours de route, émaillées surtout de ces digressions philosophiques qui vont prendre une place de plus en plus importante dans les livres du maître. Dans
196 LA.FCAD10 HEARN
le Bouddha de pierre ( The stone Buddha) il nous donne, avec une puissance singulière et dans une forme vraiment admirable, un aperçu de la manièredont,selonlui,lesthéoriesévolutionnistesse concilient avecles croyances de l'Extrême-Orient. Ces croyances sont représentées ici par la foi simple d'un paysan en manteau de paille qui laboure sa terre noire «t au moyen d'une charrue qui date de la période des dieux, et creuse son sillon dans ce sol qui Ta englouti des milliers et des milliers de fois déjà! Toujours la terre lui a rendu la vie et des forces nouvelles ; et lui se contente de ce perpétuel renouvellement et ne demande rien de plus ! » Et la vue de ce pauvre homme qui peine, — sous les yeux d'un Bouddha, dont le sourire se fait ironique lorsqu'il contemple les vastes et vilaines bâtisses occidentales que l'on a élevées au pied de sa col- Une, — inspire au poète quelques-unes de ses plus belles pages.
Kokoro est peut-être le plus populaire des ouvrages de Lafcadio Hearn. La note émue et sympathique y est très intense dans quelques beaux récits. Celui qui commence le livre : Al a railway station, arrive, par les moyens les plus simples, à l'effet le plus dramatique. Il s'agit de la confrontation, dans une petite gare de chemin
de fer, entre un meurtrier que la police ramène et l'enfant de sa victime. Personne, je crois, n'a pu demeurer indifférent à la lecture de cette remarquable petite nouvelle, incontestablement vécue. Nous avons dit un mot déjà d'une autre scène d'émotion populaire, A street singer, la chanteuse aveugle qui dit ses ballades dans les rues. C'est dans Kokoro également que se trouve cette admirable Xonne du temple dWmida, un pur chef-d'œuvre de grâce simple et touchante. — que Mme Raynal a, je ne sais pourquoi, omis dans sa traduction. C'est l'histoire d'une pauvre femme qui perd la raison à la suite de la mort de son mari et de son enfant ; elle se retire dans un temple minuscule, où elle consacre le restant de sa vie à s'entourer de tout petits avec lesquels elle joue et cause, redevenue naïve comme eux. On ne saurait rien imaginer de moins compliqué ; c'est fait de rien, avec un art qui paraît s'ignorer...
Dans Kimiko qui clôt le volume, s'évoque une saisissante figure de Geisha. D'autres histoires sont sobrement contées : Haru ; By force of Karma.
Les grandes études du pays continuent dans : The Genius of Japanese civilisation; From a travelling diary ; A Glimpse of tendencies,e\c..Ae trèsbeau chapitre intitulé A conservative trace un
198 LAFCADIO HFARN
inoubliable portrait du samuraï d'à présent, pleinement informé des nouveautés occidentales et bien décidé à n'en prendre que ce qui peut contribuer à la grandeur de son pays. Après un long voyage d'où il revient désabusé, il retrouve, au moment de remettre les pieds sur le sol natal, de vaut l'ombre grandiose du Fuji Yama, toutes les émotions de son enfance.
Gleanings in Buddha Fields. [Glanes aux champs du Bouddha). — En tête se trouve une nouvelle : A Living God. C'est l'histoire de Hamaguchi Gohei qui fut divinisé de son vivant. Un jour, du haut de la colline où se trouvaient sa ferme et ses meules, Hamaguchi vit à des signes irrécusables qu'un mascaret terrible allait tout détruire dans le village couché à ses pieds. II ne trouva d'autre moyen pour avertir les gens, les forcer à gagner la hauteur, que de mettre le feu à ses récoltes et détruire tout ce qu'il possédait au monde. Au premier signal du feu, la règle du pays est formelle, tout le monde doit accourir ; aussi quand la vague immense se rua sur la bourgade, celle-ci était déserte et de la sorte, par la solidarité de tous et l'abnégation d'un seul, la population fut sauvée. La reconnaissance publique mit Hamaguchi au rang des divinités, et sa nouvelle dignité ne lui fit pas
perdre la tête. En quelques pages d'une bonhomie charmante, Hearn dit ce qu'il ferait et quelles seraient ses impressions si pareil destin lui advenait.
Dans Xingyo-no-Haka se note un souvenir auquel je m'arrête un moment, parce qu'il donne l'exemple bien caractéristique d'un de ces mille petits liens de sympathie qui retinrent Hearn au Japon. — Il existe dans le pays une superstition dont le point de départ a son équivalent chez nous. « Les malheurs vont par trois. » — Lorsque dans une famille japonaise deux morts se sont produites coup sur coup, il n'est d'autre moyen de conjurer le destin que de creuser une troisième tombe auprès des deux premières et d'y ensevelir une image de paille. Cette troisième tombe est un Xingyo-no-Haka.
Un jour, on présente au poète une enfant qui portait le nom de Iné, c'est-à-dire le riz qui lève, et dont la nature délicate justifiait le nom. Elle lui raconte comment elle reste seule au monde avec sa petite sœur, parce que l'on a négligé cle faire un Xingyo-no-Haka. Elle parle « d'une petite voix aiguë, très douce et très égale, — uniforme et impassible comme le chant de la bouilloire sur son lit de braise... la voix qui au Japon annonce des choses touchantes ou terribles... et qui signifie que l'on entend
rester maître de ses émotions. » L'enfant ne cherche pas à inspirer la pitié cependant; elle est à l'abri du besoin; les pauvres gens sont secourables et son sort est assuré : elle rend compte tout simplement et son histoire est profondément émouvante. Il n'est pas très aisé de donner une idée du charme de ces sortes de narrations dans les livres de Hearn; ce charme réside principalement en ceci, je crois : d'une part, il nous donne l'idée d'une race, d'un milieu, de manières de faire et de concevoir qui n'ont rien de commun avec ce que nous connaissons; l'effet d'exotisme est intense, rien que parla notation exacte et pittoresque du détail et la sobriété de l'exécution ; mais en même temps il communique d'une manière très pénétrante cette impression que la vie est au fond partout la même, que, dans la douleur, la souffrance, les épreuves qui assaillent les faibles, il n'existe point de distinctions irréductibles entre les hommes, et que nous pouvons communiquer avec les plus lointains par la sympathie et la pitié.
Quoi qu'il en soit, voici le trait que je voulais signaler :
... Comme elle glissait ses pieds sous les lanières de ses sandales pourpartirjem'approchaiderendroit
où elie s'était assise, voulant poser encore une question... elle devina mon intention et fît à Manyémon un signe rapide. Celui-ci m'arrêta au moment où j'allais m'asseoir sur le sol auprès de lui.
Elle désire — me dit-il — que le maître commence par battre la natte avant de s'y mettre. Elle croit qu'en s'asseyant à la place encore chaude d'une personne malheureuse on attire à soi le chagrin de cette personne, k moins que la place ne soit battue au préalable.
Je m'assis sans accomplir le rite. — Iné ! dit Manyémon, le maître veut attirer à lui ta douleur; il tient à comprendre les peines des autres. Ne crains pas pour lui, Iné.
Trois chapitres des Gleanings parlent des religions et des conceptions philosophiques au Japon : Dusl poussière), Within ihe Circle et Nirvana. J'ai cité plus haut un passage de Dusl.
D'autre part, nous trouvons pour la première fois dans ce livre des essais exclusivement consacrés à la poésie populaire. Le premier intitulé Oui of Ihe Street, contient un recueil de courtes chansons d'amour, scandées dans la forme dite Dodoitsu, c'est-à-dire quatre vers formant ensemble vingt-six syllabes (7.7.7.5). Le second : Buddhisl allusions in Japanese Folk Song, renferme des chansons de formes diverses, mais se rapportant toutes à des croyances bouddhistes.
Innombrables sont les insectes qui, de l'aurore au soir, Vont criant: « J'aime! J'aime!... » Mais la passion
[silencieuse de la luciole Qui embrase tout son être est bien plus profonde
'que les autres.
Tel est mon amour!... Cependant je ne puis comprendre par quelle prédestination (Ingwa) J'ai ouvert mon cœur, hélas ! — à une femme sans
[foi !
Les recherches et les études de ce genre vont tenir désormais une place très grande dans ses livres.
Exotics and rétrospectives. — Un premier chapitre, consacré au Fuji Yama, fut écrit à la suite d'une ascension très pénible qu'en fît Lafcadio Hearn en 1897.
Vient ensuite une étude relative aux insectes musiciens. Les Japonais aiment le chant des insectes et en apprécient les qualités diverses, comme nous apprécions celles du ramage des oiseaux. Ils les élèvent en cage, en font le commerce en gros et en détail, — et les célèbrent dans leur poésie noble comme dans leur poésie populaire.
Il y a des chanteurs de jour, — les cigales, semi, que Ton ne domestique point, — il y a des chanteurs de nuit, dont quelques-uns ont
une assez grande valeur marchande. C'est de ces derniers qu'il est question ici.
Hearn en décrit une douzaine d'espèces différentes. Il existe à leur sujet une littérature qui date d'un millier d'années.
Ma maison est vieille : les herbes poussent sur le toit. Mais la voix du Suzumushi..., celle-là ne vieillira
[jamais.
Le suzumushi est un grillon que Ton nomme aussi l'insecte cloche.
Au crépuscule, l'insecte de l'attente fait entendre son
[cri.
J'attends ma bien-aimée. En écoutant, mon désir
[grandit.
Ces vers figuraient dans une anthologie de l'an çjo5.
Les grenouilles japonaises ont également les honneurs d'un chapitre spécial.
Les deux mains posées sur le sol, respectueusement, tu redis ton poème, ô grenouille !
Au fond de ton vieux puits, fu fais trembler la lumière des étoiles, ô grenouille!
Ailleurs, c'est la littérature des morts [The
literalnre of ihe Dead), celle que l'on recueille sur les pierres sépulcrales et sur les longues lattes des sotobas qui se dressent parmi les tombes comme une moisson funèbre. Il est des choses délicieuses que Hearn a glanées au cours des longues promenades, qu'il aimait à faire dans les beaux cimetières si pleins de poésie qui sont couchés au pied des temples.
La fleur s'est épanouie cette nuit et l'Univers est tout embaumé !
Ailleurs :
La montagne bleue demeure immuable. Les nuées blanches viennent et passent î
La seconde partie, très curieuse, de ce livre, justifie son nom : Rétrospectives, non seulement parce qu'elle évoque des souvenirs du passé, — et notamment des impressions des Antilles (Sérénade, Vespertina Cognitio, — une histoire très impressionnante de terreur nocturne;, mais encore et surtout parce qu'elle s'attache à faire ressortir dans ses nombreux chapitres l'influence des temps révolus et des souvenirs transmis sur toutes nos conceptions (First Impressions, Beauly is memory, Sadness in Beauly, Frisson, Azuré psyehology).
In Ghostly Jàpan. — Ce livre débute par un morceau très court, — quatre pages, — intitulé Fragment. De tous ceux qu'a écrits Lafcadio Hearn, c'est peut-être celui-ci, — s'il faut en juger par les indications qu'il nous a données lui-même, — qui lui a coûté le plus de mal. Le sujet, qui lui avait été conté, l'avait séduit au delà de toute expression. Le Bodhisattva guide un disciple dans une ascension pénible le long des flancs abrupts d'une montagne immense. Ils marchent ensemble vers les sommets de la connaissance. Et le disciple voit bientôt que cette pente qu'il gravit est composée de crânes humains. Lorsque, vaincu par la terreur, il n'ose plus avancer, le maître lui révèle que tous ces crânes qu'il foule ont été les siens au cours d'existences antérieures...
Tous ceux qui ont lu ce morceau, où l'auteur a cherché l'effet dans une sorte de décoloration macabre d< s termes et des images seront d'accord avec moi, je pense, pour dire qu< le résultat n'est pas . proportion de l'effort.
Cependant, le volume est plein d'intérêt et contient quelques-unes des meilleures pages que Hearn a écrites.
On y trouve d'abord plusieurs de ces curieuses monograpl |ui tiendront désormais une si
large place dans son œuvre. Il en qu'il
intitule Incense et qui est consacrée à cet encens japonais, dont il existe tant d'espèces et de qualités. On s'en sert, non seulement pour les besoins du culte ou pour parfumer les appartements, mais encore pour des pratiques de jeux ou de sports dont on chercherait vainement l'équivalent en Europe. Il est des assemblées formées par invitations où, se conformant à des rites étroitement réglés, les concurrents cherchent à reconnaître et à désigner exactement les diverses sortes d'encens qu'on leur fait passer successivement sous le nez. Le prix revient à celui qui a a fourni le plus grand nombre de solutions justes...
Le chapitre des vers à soie n'est pas moins intéressant ; la domestication de ces insectes incapables désormais de vivre autrement que par l'intervention d'êtres supérieurs, et devenus impotents faute de soucis, inspire à l'auteur d'originales réflexions.
Très curieux le chapitre consacré à la poésie [Bits of poetry). Le degré de concision auquel sont arrivés certains improvisateurs nippons est vraiment déconcertant. Il n'est pas toujours très aisé de se rendre compte du charme spécial que peuvent avoir des poèmes qui, dans certaines formes très usitées, se limitent à dixsept syllabes (deux vers de cinq et un de
sept : — 5. 7. 5.) Je ne sais ce qui restera de ceuxci après une double traduction :
Solitude.
Vieux temple ; cloche sans voix ; les fleurs du
[cerisier tombent.