‹ Lafontaine et LaurierChapitre 3 sur 3 · SE 2IN · texte numérisé non relu

SE 2IN

Au Canada, pour les catholiques comme Lafontaine et Laurier, être libéral, a toujours voulu dire, être eu faveur de toute la somme de liberté compatible avec l’ordre dans la société ; être contre le despotieme et l’arbitraire; vouloir l'égalité devant la loi ; et en général, des institutions et un gouvernement qui assure le plus grand bien-être possible,au plus grand nombre possible. | fs

En Octobre 1895, Laurier écrivait à “La Patrie”: “ Depuis que j'ai “ pris la direction du parti, je m+ suis constamment appliqué à le tenir “ dans les grandes lignes de l’école libérale d'Angleterre, et je ne sortirai ‘’ pas de cette voie, aussi longtemps'que je continuerai d'occuper le poste ‘“ où je suis.” |

Ces grandes lignes, il les a lui-même énoncées dans son discours mémorable sur le libéralisme canadien, en 1877. À

Permettez moi de résumner,ici, en quelques mots, les principes de ce libéralisme éclairé que nous professous, st si faussement et volontairement confondu par l'école ultramontaine de notre province, avec le libéralisme religieux condamné par l'Eglise, dans le but unique de soulever le sentiment religieux de notre religieuse population, au bénifice du parti tory, à tel point que le 13 septembre 1881, à la demande des libéraux canadiensfrançais catholiques, le préfet de la Propagande, le cardinal Simeoni, a été obligé de mettre à la raison, ces catholiques plus catholiques que le pape, en leur déclarant que le parti réformiste du Canada n'était pas, et n'avait jamais été condamné par l’Eglise. |

Catholiques, soumis aux enseignements de l’Église qui n’a jamais ni prescrit, ni proscrit, ni adopté, de préférence, aucun régime politique, qui ne s'est jamais inféodée à aucun parti dans aucun pays du monde, nous nous réclamons, nous, les partisans et les admirateurs des Lafontaine, des Dorion, des Mercier, des Marchand et des Laurier, de la cause , libérale qui a toujours été celle du peuple, de celle que nous avons vu se manifester, en Angleterre, aux jours de Hampden et de Somers, sous l’antocratie mal déguisée de Gaorg-s III, dans la période de graude réaction qui a suivi la révolution française, et qui s’est continuée, depuis lors, ou plutôt, qui s'est incarnée, durant près de cisquante ans, dans la grande personnalité de Gladstone. Le libéralisme angiais que nous professons est celui des politiciens distingués que je viens de nommer, et il peut se résoudre en quelques principes incontustables, Nous croyons d'abord au progrès comme à la loi de toutes les institutions, tandis que le conservatisme semble considérer les codes et les coutum2s comme ayant une vitalité et une autorité par eux. mêmes ; nous croyons à l’amour impérissable de la liberté qui a produit la liberté de la presse, la liberté personelle, Babolition de la traite des nègres, la réprobation de l'esclavage, la liberté du culte, l’indépendance dus électeurs, l'éligibilité des catholiques romains aux fonctions publiques, la liberté du cominerce, le FRER TRADE, que le parti conserva-

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teur a si longtemps combattu en Angleterre et dont il combat encore le

principe au Canada ; nous croyons à l’idée de légalité civile devant la Loi, à laquelle tous les sujets du souverain britannique ont autant de droits que les citoyens d’une république grecque, sans acception de croyance de

race ou de nationalité, Uu autre principe que le libéralisme anglais peut

revendiquer comme lui étant propre, est le respect immuable de l’homme

et de la nature humaine, et comme couséquence, une aversion prononcée

pour tous les systèmes de torture, de cruauté ou d’oppression. De à ce dégout du parti des libéraux pour les peines corporelles. telles que le sup-

plice du fouet, encore malheureusement en v'gueur, dans nos prisons ete. et “ cet amour de la paix qui a si nobl-ment caractérisé le parti libéral

“ depuis l’âge de Fox jusqu’à celui de Gladstone”.

La tendance du parti libéral anglais a toujours été de faire passer ja jus tice avant l'intérêt, dans les questions politiques, et de donner la priorité aux intérêts nationaux sur tous les intérêts de secte, de classe et d’individualité. C’est ce principe qui a produit l’abolition de l'achat des grades dns l'armée anglaise, la réforme du système judiciaire, lexpropriation pour cause d'utilité publique, etc.

Telle est, en peu de mots, la bâse du libéralisme politique ; telles sont “ lés grandes lignes de l’école libérale d'Angleterre ” dont parlait Laurier dans la lettre ci-dessus citée. Nous pouvons nous en réclamer avec orgueil, car ce sont ces principes qui ont donné naissance à toutes les grandes réformes politiques et administratives qui onteu lieu dans uotre pays, qui ont guidé et inspiré tous les hommes publies Canadiens-français jusqu’à 1854, et qui, depuis cette époque, out été perpétués parmi nons, par les chefs de notre parti.

Nous avons vu quels furent les appels des torys à la loyauté, et contra la domination française de Lafontaine, lorsqu'il donnait pour le Bas-Canada, la iuême mesure de justice que les torys avaient donnée au Haut- Canada, en inderanisant ceux qui avaient injustement subi des pertes en 1837 et 38. Ne sont-ils pas encore et toujours les mêmes ? Ne les enrendez-vous pas tous les jonrs dans leurs organes accrédités, dénoncer le french Laurier et la french domination, comme ïls le disaient sous l’Union de 1840 ?

C’est au nom du vieux drapeau de loyauté qu'ils incenlièrent le parlement en 1849! :

C’est au nom de la loyauté et en exploitant contre Lanrier le eri de ra ce et de religion, que les torys ont pu obtenir, dans Ontario, une faible majorité, lors des dernières élections générales ! Aujourd’hui, comme en 1849, les chefs torys anglais partagent les idées et les principes de Mc- Nab avec qui Morin fit,en 1854, l'alliance monstrueuse qui a donné naissance au parti conservateur de nos jours. Les alliés’actuels des conserva teurs Canadiens-français, sout des torys de la pire espèce, désirant l'abolition de la langue française et de nos RO religieuses, nous détes tant So ive lt Me nt et nous méprisant avec dédain, et nous considérant,

nous, les Canadiens-français, en 1901 comme en 1849, comme des rébelles, des rraîtres, des déloyaux et des étrangers. Je pourrais citer, si j'en avais Le temps, pour appuyer cette affirmation, des centaines d'articles de journaux torys et de déclarations publiques faites par leurs véritables chefs ; je pourrais citer également les dénonciations patriotiques—1mais sans résultat pratique—de la presse consérvatrice canadienne-française contre leurs alliés. Mais la chose est inutile,car vous les connaissez comme moi. À la mort du vieux chef tory Macdonald, le groupe fanatique des orangistes refusa de se soumettre à la direction de Sir John Thomson parce qu'il était catholique, et ce dernier dût céder le pas à Sir John Abbatt, précisément parce qu'il était protestant ; il ne put lui succéder qu’en se mettant lui-même, avec ses collègues canadiens-français, à la remorque de la secte intaléiante des orangistes, en prenant avec lui, Clark Wallace, son Grand Maître, comme Commissaire des Douanes du Canada !

l ne faut pas oubiter qu'à Toronto, en avril 1893, Dalton MeCarthy qui s'était séparé de Sir John Thompson, mais qui se proclamait encor: et toujours tory, fit des déclarations telles, qu'elles ont levé un coin du voile de l’histoire du parti conservateur. Accusé de chercher à fomenter une guerre de race et de religion et d’ameuter, l’un contre l’autre,les deux principaux éléments qui composent la grande famille canadienne, Dalton McCarthy déclara que c'était conformément aux intentions et aux désirs de Sir John Macdonald, qu'il avait annoncé, en 1886, dans le eomté. ds Haldimand, que la domination frauco-canadienne ne devait plus gouver: ner Ce pays. sie

Après l'exécution de Riel, Sir John était prêt à jeter pardessus bord tous ses partisans catholiques français, s'il eut pu s'assurer l'alliance des libéraux anglais, C'est ainsi que le vieux brulot de 1849 se préparait à récompenser le servilisme des lâches qui avaient livré la tête du chef des Métis, pour assouvir la haine oraugiste. Les luttes que l’avenir réserv: aux catholiques du Canada, et particulièrement aux Canadiens-français, leur seront livrées par cet élément politique fanatique et intolérant que représente l’orangisme, Quand donc nos compatriotes conservateurs Canadieus-français comprendront-ils, qu’en appuyant Clark Wallace comm + l’un des chefs de leur parti, et en maintenant leur alliance politique actuelle, il contribuent à rendre plus fort le bras qui les a tant de fois maltraités, et qui menace constamment la liberté et les droits de notr: race ?

Combien plus large est la conduite du parti libéral anglais ! C’est à sx demande réitérée que Laurier à accepté d'être son LEADER. et quand, après la mort de Sir John Macdonald et de Sir John Thom son, le mouvemant de cohésion 8e fit tellemant fort autour de Laurier, que la press: tory croyant l’enrayer, dans notre provinces, du moins, prédisait que si le parti libérat revenait victorieux des élections de 1896, Lrarier serait prestement jeté pardessus bord pour faire place à un auglus, le Globe, de Toronto, le plus grand ôrgane de l’opiniou publique anglaise protestante et

PET lune

libérale de notre pays, repoussa cette imputation outrageante et fit cette noble réponse :

“ Le Globe est entièrement à la dévotion de M. Laurier dans l’opposi- “tion ou au pouvoir. Il réprouve comme une absurdité, un outrage, une “ injustice, la seule pensée que les libéraux pourraient faire porter à M. “ Laurier le poids de ia bataille, puis remettre à un autre le prix de la “victoire. Et comme on à pu le voir, à la convention d'Ottawa, et plus ‘ récemment lors de la triomphale tournée de M. Laurier dans Ontario, tel est bien le sentiment des libéraux de langue anglaise du Dominion. “ Non seulement ils sont entièrement satisfaits d'avoir M. Laurier pour chef : ils n’en veulent pas d'autre, tant qu'il voudra bien conserver la “direction. Ce qu’ils éprouvent pour lui, rappelle à peu près ce qu: les “-conservateurs Canadieus-français éprouvaient pour Cartier, et ce que “ les torys anglais éprouvaient pour Sir John Macdonald. Ces expres- “ sions parattront peut-être un peu foites ; il serait cependant diffisile de “ trouver des paroles assez fortes pour oeTe la loyauté et le dévoue- “ment que M. Laurier inspire aux libéraux de cette province, St l'on “ avait raison de sou gonuer que M. Laurier pt étre écarté de la charge “ de premier ministre à cause de sa nationalité, nous n'aurions plus. qu’à ‘ admettre que la Confédération est un désastreux échec. Mais non, l’une “ des idées fondamentales de la Confédération, c’est l'égalité de tous les Canadiens de chaque province, de chaque nationalité, de chaque eroy- “‘änce, Jamais Québec w'aurait accepté d'entrer dans l'Union, sous la cou- ‘ dition, même implicite, que la race canadienne-française, aurait à subir “ l'infériorité, à perpétuité, dans cette union, et qu'ancun de ges eufants ne ‘ pourrait aspirer aux plus hauts honneurs quele penpe pent décerner. “ Nous aurions honte de plaider la cause d’un parti qui, portant à faux “ le nom de libéral, refuserait d'accepter comme premier ministre, à cause “ dé son sang, uu homme aussi uoblem ‘nt doué de talent et de caractère “ que Wilfrid Laurier.”

C’est avec le concours des libéraux d'Ontario que Lafontaine etses successeurs, sous l’Union, ont pu voir s'évanouir la tenura seigneuriale qui n'était. tombée en Europe que sous le glaive sanglant de la révolution ; l'aristocratie terrienne du clergé anglican emportée par le souffle de nos idées démocratiques ; la réforme du Conseil Législatif ; la reconnaissance de notre langue française comme langue officielle ; le contrôle exclusif des subsides donné définitivement aux représentants du penple, après avoir éte l’une des causes de la révolution de 1837 ; l'administration judiciaire entièrement changée ; le patronage plus éjuitabiement reparti entre les deux races et abandonné aux ministres de la Couronne, en dépit des instances des gouverneurs ; et eufin, la responsabilité ministérielle, reclamée depuis un demi siècle, concédée et mise en pratique. Ne cessons donc pas de le proclamer bien haut, à toutes les époynes critiques de notre existance nationale et religieuse, sous la constitution de 1791, et de 1837 à nos

Jours, nous avons eu constamment avec nous, l'opinion libérale protestante. Dans la question des écoles du Nouveau Brunswick ; lors des deux insurrections du Nord-Ouest ; dans les assauts des torys contre l’autonomic des provinces ; lors de l'incorporation des orangistes ; sur la question: du maintien de nos écoles séparées, dans Ontario : Tors de l'agitation Riel ; du

réglement de la question des biens des jé ésuites : du mouvement equalrightis ste, en un mot, à toutes les grandes tapes de notre existance nationale et religieuse, les libéraux anglais ont été manifestement avec les libé- Jaux-canadiens-français,

‘“ Dès le début du gouvernement constitutionnel, dit Garneau, les Et ‘mes et les partis se dessinent assez Pour qu on en aperçoive leur carac- “ tère, leurs tendances et leur esprit.”

Il est donc très-important de bien faire connaître et apprécier les opi-

oo et les prineipes des deux partis en présence sous la constitution de 791 et celle de 1840.

D'nn côté, le pouvoir, appuyé sur une infime minorité, comptant sur la métropole, réclame l'antorité, la direction, parceque cette minorité était descendante de ceux qui avaient fait la conquête du pays. Toutes les vieilles doctrines de l’absolutisme étaient dans son programme ; la Couronne était tout ; le peuple, corvéuble et tuillable a merci, était bon, tout au plus, à voter et payer les subsides. Il fallait, dans un pays soumis au végime constitutionnel, n'avoir aucun des droits, aueune des libertés du sujet anglais. Notre couronne datait de 1648. La liberté, dans la réalité de la constitution, était chose condamnable, contraire à la vérité qui, d’après le pouvoir, ne devait découler que de sa volonté et de sa suprématie.

De l’autre côté, on réclamait la constitution avec les privilèges et les “immunités qui en découlent nécessairement. Le peuple voulait la Couronne telle que la révolution de 1688 l'avait faite : * The King can do no ‘avrong, is under no mai, yel in subjection to God and to the AE fé 284 the Luw makes the K ing”.

Le peuple voulait le ne sur les subsides, sur le gouvernement, sur l'administration, sur la société civile et politique ;.par. l'esprit de la constitution, il était tonte l'autorité, et cependant, il était, véritablement

sans pouvoir, Tout ce que voulait la société, à l'encontre de l’arrogance et des injnstices du gouvernement, c'était la nondération des pouvoirs et la justice envers tons. JL n’y avait rien dans cette demande qui ressemblât à la rébellion et à des idées subversives de l’ordre ; elle découlait, au contraire, de la vérité politique, sans laquelle il. ne peut y avoir ni justice, ni ordre, parce que la liberté qu'elle engendre est toute d'origine et de sève chrétienne. L'appellation des partis était donc une juste qualification de leurs Res pes et de leurs tendances : Patriotes et Bureaucrates,

D'un côté, la Patrie, s'appuyant sur la constitution, réclamant ses immunités et ses priviléges, invoquant ses libertés, et voulant créer un ré-

gime de justice et d'égalité qui permit à la société de se gouverner po eile et par elle !

De l'autre coté, la tyrannie d’un conquérant, devenant la caste oRcIelR le du gouvernement, méprisant les éternels principes de la véritable dimocratie politique, foulant aux pieds la justice, l'égalité et la liberté et désirant gouverner au béuéfice de ses intérêts particuliers, au détriment de ceux de la société en général ! C’est ce qu’on a app:ié, à bon droit, le parti du “Family Compact”, la lutte pour la possession du pouvoir en faveur de certaines familles influentes composées surtout des fonctionnaires publics, et marchands anglais auxquels se joignirent les loyalistes américains, établis dans notre province. Aussi, Papineau dénongçait-1l ce parti, comme voulant tout avoir ‘‘ le pouvoir, les places et l'or.”

Voilà le passé des partis, sous la constitution de 1791, jusqu'à 1837.

Après 1840, sous l’Union, on les retrouve dans l'arène politique, avec d'autres désignations, d’autres appellations, mais avec les mêmes tendances, les mêmes principes, et par conséquent, avec les mêm:s divergences.

La différence est dans les idées de la métropole qui, désireuse d'éviter une nouvelle révolution, veut et entend que la constitution soit un fait, une réalité, et que la Couronne ne serve plus d'écrans à une race ou à une classe de la société, pour dominer l’autre, La cause du mal et du désordre qui existait sous la constitution de 1791, allait ainsi disparaître, car la lutte se confinait dorénavant entre des nationaux, et la colon e allait se sauver par la métropole.

La vie politique de l’Angleterre allait s'identifier À celle de la colonie, la diriger par ses théories, par ses enseignements, Re ses précédents, par ses pratiques séculaires, par je jeu de ses partis politiques.

Par l Union de 1840, la caste officielle se trouva nécessairement plus nombreuse : poussée par le même égoisme qu'elle avait montré, sons la constitution de 1791, elle réclama le pouvoir de par sa loyauté. Dans les deux provinces, elle avait marché d’après les mêmes idées, par et pour les mêmes intérêts. El y avait mépris égal pour tout ce qui n'était pas elle

Sydenham disparut après une administration qui paraissait satisfaire les appétits voraces de la bureaucratie. Bagot, son successeur, fut l’homme chargé, par les instructions positives qui lui furent données par le bureau colonial, d'inaugurer véritablement le nouvel ordre politique. . IL fut homme du peuple, de la constitutiou, et non des castes et des Bureaucrates. Malgré l’opposition de ces derniers, il incarna dans les faits du mouvement politique, les conséquences de la liberté constitutionnelle, Les Bureaucrates, suivirent, mais en trainant, la nouvelle voie que l’Augleterre, dans une sagesse digne de tout éloge, voulait ouvrir, sous les auspices de l’Acte d’ Union, Cette sagesse se glorifiait, plus tar, dans ces belles et nobles paroles de lord Shantesbury :

‘* La gloire de l’Angleterre dans Phistoire ne sera pas d'avoir jeté des

‘ colonies sur tous les points du globe, mais d’avoir fondé partout des em- “ pires qui maintiendront, en les propageant, la liberté et la grandeur des ‘“ hommes.” |

Les Buraucrates, que cette liberté déplaçait, s’appelèrent conservateurs ou torys. [Ils voulurent, sous l'Union de 1849, le despotisme de l’ancien ordre de choses qu'ils avaient fait régner sous la constitution de 1791. Ils représentaient le droit de leur caste à être l'autorité, le pouvoir, l'influence sociale. |

Les Patriotes, anciens rebelles pour la plupart, devinrent les défenseurs de l'autorité, du gouvernement. Ils demandèrent la réforme des abus, la concession des tendances libérales qui sont la bâse de la constitution anglaise ; ils étaient la majorité, c'était donc le peuple qui devait avoir la régie et l'administration de la chose publique, dans les limites de la constitution, dans les vérités de la loi politique. Ils s’appelèrent les libéraux, le parti libéral, et s’abritèrent sous la direction de Lafontaine et de Baldwin.

Lord Metcalfe essaya de reprendre, au bénéfice des Bureauncrates, la politique d'avant 1837, sous la direction des Draper et des MeNab. Sa conduite eut pour effet de mieux faire définir et comprendre les principes, comme la pratique des libsrtés constitutionn:lles, sous un gouvernement responsable,

Dans cette lutte de près d’un siècle, les conservateurs n’ont pas été, poar me servir du langage de Laurier, dans son magnifique exposé du libéralisme, ‘‘ les amis et les défenseurs de la liberté du peuple ou des individus, mais ils ont oublié la vraie notion de la liberté ” ; ils ont arboré et pratiqué la ‘ licence ” da tout faire contre le peuple et les individus, parce que le peuple et les individus ne voulaient pas leur voir confisquer le pouvoir, l'administration, la liberté, à leur profit personnel,

Laurier a dit un jour, que si Cartier revenait sur notre scène politique, il ne reconnaîtrait pas son parti. Nous pouvons dire sans crainte de nous tromper, qu'en 1851, lorsqu'il abandonna la vie publique, Lafontaine aurait rougi de honte d’être appelé conservateur, lui qui, pendant vingt ans, âvait constamment proclamé et défendu, avant comme après 1837, les principes des Patriotes et des libéraux. |

Lafontaine fut, sous l'Union, jusqu’en 1851, le chef des libéraux Cana diens-français. Toute la popuiation du Bas-Canada, le supporta loyalement, Ll'fut cependant abandonné par Denis Benjamin Viger, un respectable vieillard qui avait rendu d'immenses services à ses compatriotes et passé sa vie à parler de liberté. Mais Viger, trop honnête pour être accusé de trahison, n’en fut pas moins unanimement blâimé.

Quant à Papineau, il tonna contre l’Acte d'Union, blâäma Lafontaine de l'avoir accepté, demanda le scrutin secret, la représentation bâsée sur la population, ete, Mercier a fait à Lafontaine le reproche de ne pas avoir

offert au grand tribun, le fauteuil de l’Orateur lorsqu'il revint sur la scène politique,

Ii n’y a aucun doute que Lafontaine, comme chef de parti, n'avait ni la souplusse de Mercier, ni l'euvergurs et l'éloquence si souvent, sublime de Laurier. Il n'était pas, non plus, un meneur d'hommes, car il ne possédait pas ce magnétisme personnel qui a fait de Mercier et de Laurier, chez les masses populaires, les deux chefs politiques Canadiens-français les plus sincèrement aimés que nous ayons eu depuis Papineau.

Lorsque le parti libéral choisit Laurier comme ch-fen 1887, les cons-rvateuis Canadiens-françats furent cont:nts et satisfaits, mais pour des raisons bien différentes da celles des libéraux : ils se dirent : Tant que Laurier sera chef, nous sommes certain de rester au pouvoir”, car, pour ‘les conservateurs de nos jours, com pour les membres du Family Compact d'autrefois, le pouvoir, avec ses jouissances et ses faveurs, n'a jamais été le morceau le moins dédaigné, [Lis croyaient que Laurier, tout en étant l'orateur éloquent que nous conuaissons, et tellement éloquent que l’'Hon. M. Mousseau ‘«Glsait un jour, ‘une race qui produit un -orateur comime Laurier, n’est pas une race prête à s'éteiudre”, ils croyaient, dis-je, que le nouveau chef ne serait Jamais, comme tacticien parlementaire, à la hauteur de la position. |

Ajoutous également que tous ces grands patriot:s étaient encore fers de le voir choisi comm: chef, parce qu'ils se disaient en eux-mêmes, que l'élément protestant, formant l'immense majorité de la Coufédération, n’accepterait jamais un Canadien-français, comme Premier Ministre.

Aujourd'hui, toutes les préventions que l’on soulevait contre Laurier, comme chef ef tacticien parlementaire, se sont dissiuées. Le parti tory n'a jamais pu le prendre par surprise ; toujours prudent, usant d'un langage diplomatique toujours couvenable, pour exprimer sa pensée, il fait le désespoir de ses adversaires qui ont été jusqu’à Tl'âccuser, comme Foster l’a fait ‘ De rester daus les liyn:s de Torrès Vedras.”

En arrivant au pouvoir, Mercier voulut tout faire par lui-même. HLaurier ne parait pas vouloir réduire ses collègues et ses amis au simple rô- Je de machines à voter les mesures ministérielles. Aïmant le talent, orgueilleux du succès de son plus modeste partisan, il ch«rche à s'entonrer de tous les esprits supérieurs de sou parti—la formation de: son cabinet, en 1896, en est la preuve évidente— contrairement à ce que nous avons vu, sur certains anciens ministres conservateurs dont toute l’ambition paraissait se complaire à s’entourer de nullités politiques, pour :pouvoir sauvegarder plus sûrement leur propre infériorité.

+ Vous connaissez ses réformes administratives et son succès diploinatique, en arrachant à l'Angleterre, qui nous l'avait constamment refusé, la dénonciation des traités belges st allemands.

Ne}

‘Quand l'illustre chef du parti libéral, M. Laurier, nous rapportait de “l’Angleterre, la dernière de nos grandes libertés politiques, le droit pour

‘le Canada, de faire lui-même ses traités de commerce, droit qu’il avait ‘“ conquis par sa diplomatie et sou éloquence, j'ai été le premier, disait « VHon. M. Chapleau, à Salem, à l’acclamer, parce qu'il avait bien tra: ‘tvaillé pour son pays ”

Son gouvernement, les amis-qui Je Sn en et au nombre desquels je suis heureux de me trouver, n’a eu, jusqu'ici, qu’un seul but : gagner l'affection de l'électorat, par une politique de justice et de progrès, de modération et de conciliation. Comme celui de Lafontaine-Baldwin, il ne désire favoriser aucune race, ni aucune religion, au détriment l’une de l’autre, mais les mettant toutes devant la loi, sur le même pied d'égalité, et “ayant pour elles. le même respact, la même bienveillance, il travaille à cimenter la concorde et l'harmonie qui doivent exister dans un pays composé, comme le nôtre, de nationalités et de croyance différentes, L'ancien gouvernement lui a légué, comme vous le savez tous, des embarras affreux,des lois iniques à faire disparaître, des insjuatices révoltantes à redresser. Aussi, sa politique, depuis son avènement au pouvoir, a-t-elle été de réparer les abus des administrations précédentes ; d'adopter toutes les lois utiles répondant aux besoins les plus urgents du pays ; de faire les réformes les plus pratiques et les plns progressives ; de chercher dans leur application la force ct la grandeur du gouvernement constitutionnel, sous lequel nous vivons ; de donner un nouvel essor à notre commerce, à notre industrie, à notre agriculture.

Le gouvernement, Laurier nous à donné une administration intègre, active et honnête, après laquelle le parti libéral soupirait depuis longtemps ; il s'est montré, l'ami dévoué et le bienfaiteur des classes ouvrières et agricoles ; sa politique a été, avant tout, celle d’un gouvernement qui veut le progrès, la grandeur et la prospérité du pays.

Dans l'application de cette politique qu'il à inaugurée, avec les résultats bienfaisants qui se sont manifestés d’un océan à l’autre, Laurier a dû, nécessairement, dépenser une somme énorme de travail. Homme d’E- | tat, soucieux des grands intérêts confiés à sa garde, ne désirant que la satisfactiou du devoir accompli et l'approbation de ses concitoyens; ïl $’est mis à l’œuvre avec courage, aplanissant toutes les difficultés qui se sont présentées, satisfaisaut, autant gA’il le pouvait, à toutes les exigences politiques, faisant droit à toutes les demandes légitimes, multipliant son dévouement, sachant comprendre et mettant en pratique ces paroles sévères mais juste de Royer-Collard : “Les constitutions ne sont pas des ten- “tes dressées pour le sommeil, Les gouvernement sont placés sous la loi ‘‘universelle de la création, et sunt condamnés au travail ; comme le la- “boureur ils vivent à la sueur de leur front,” :

Le peuple a su comprendre ce travail incessant, ce dévouement patriotique, et Laurier possède aujourd’hui pour récompense et remerciement, comme Lafoutaine autrefois, l'entière confiance, la plus profonde estime et l'admiration la plus sincère de tous les véritables patriotes du pays. [1

a constamment cherché à convaincreles libéraux que nous étions les continuateurs de l’œuvre politique de Lafontaine. TIls’est Iui-même d’ailleurs, plus d’une fois, comme chef du parti libéral, réclamé des idées préconisées par Lafontaine. Lorsque les torys Canadiens-français voulurent, après le règlement qu'il avait fait de la question scolaire du Manitoba, .…Soulever ses compatriotes contre lui, en exploitant les préjugfs relisgienx . et nationaux. Laurier défendit courageusement, au banquet du club Na- . tional, le 30: Décembre 1896, au nom de la liberté civile, la politique . conciliante qu'il avait adoptée et suivie, : Quelques jours plus tard, à Québec, au milieu de ce foyer du libéralisme, il défendait de nouveau son etion en s'appuyant de l'autorité du nom et des principes de Lafontaine,

“ M. Lafontaine avait compris, disait Laurier, il était persnadé, écrit « Turcotte, que les Canadiens, sortis des malheurs de 1837-38, et après “les tempêtes soulevées pour la conquête du régime constitutionnel au « sein de la Chambre, avait besoin de calme et de repos. L’agitation «était, à sou avis. inopportune, il avait donc accepté la Constitution tout “ en: cherchant à l’amender à l’avautage de ses compatriotes : il voulait «obtenir avec le concours de ses collègues, tous les avantages possibles « du nouveau régime de gouvernement, qui avait commncé la régénéra- ‘tion de ses compatriotes, les avait placés dans une position plus avanta- « geuse, et avait déjoué les desseins pervers des ennemis de leur nationa. « lité. Déjà, cette conduite, approuvée par le Bas-Canada, avait eu de «magnifiques résultats. On espérait qu’avéc le temps, viendrait le re- « dressement des autres griefs auxquels la constitution avait donné nais- «sance ”’,.: Moi aussi, coutinne-t il, comma Lafontaina, je crois que le “ pays a besoin de paix pour les grandes réformes que nous avons à opé- “rer, Je crois qu'il vaut mieux accepter ce réglement là pour obtenir « le redressement. Voilà les raisons qui m'ont inspiré pour demander à “mes compatriotes d'être modérés dans leurs demandes, comme nos pè- “res l'ont été en 1849, Et quand je disparaîtrai de la scène, je ne de- “:mande pas autre chose qu’on grave sur ma tomb: : ‘Que je périsse “ plutôt, mais que ma patrie soit sauvée ! ” .… Laurier est arrivé au sommet de l'échelle sociale par un noble chemin : la voie droite, la route de l'honneur. :

Comme Lafontaine, il doit la position honorable qu’il occupe, la plus . haute que nous puissions lui donner, à la largeur de ses vues, à la nobles- :. se de son‘caractère, à l'intégrité de sa conduite politique, au désinéressement dont il a toujours donné l'exemple parmi nos hommes publics, à cet- . te grande éloquence parlementaire qui l’a fait surnommer “ la bouche

d'argent,” et surtout, à cette idée véritablement nationale dont 1ls’est fait

l'incarnation politique en voulant faire de notre beau Canada, un pays uni et prospère, sous un même drapeau,

Grâce à son prestige, notre race qui avait tant perdu de son influence dans les conseils de la nation, par la politique ‘maladroite des ministres

rue dE

conservateurs canadiens-français, dans la question Riel, et des écoles du Manitoba, s’est relevée, s’affirmant digne de la liberté dont elle jouit en ce pays, digne de ses ancêtres et de ses brillantes destinées,

Comme Lafontaine, Laurier est le chef reconnu, respesté et aimé de tous ceux qui veulent le progrès dans l'ordre, la liberté daus la paix !

Comme Lafontaine, Laurier a réuni autour de lui, la presque totalité de la députation canadienne- française, et il commande une dévotion personnelle que peu de chefs politiques ont pu obtenir.

Qu'elle est belle, cette époque à laquelle appartient Lafontaine et dont je viens, a grands traits, de rappeler le souvenir !

’’était celle, ou, pour me servir du langage du poète, L'on n’écoutait “ que la voix de nos droits outragés !”

C'était celle ou les patriotes libéraux donnaient leur vie à la Patrie, sur les champs de bataille de St-Denis, de St-Charles et de St-Eustache ou, montaieut à l’échafaul, pour l’obtention des libertés dont nous jouissons maintenant !

C'était celle ou Lafontaine donnait, comme Laurier le fait aujourd’hui, l'exemple de toutes les vertus publiques !

C'était celle où Etienne Parent, faisant les bons combats du parti libéral, rappelait dans “Le Canadien” :

“ Tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux !

C'était l’époque où tous les Canadiens-français étaient de bons, de sincères et d’ardents libéraux, regardant le passé avec fierté, les torys avec mépris, l'avenir avec confiance et luttant vaillamment pour le triomphe de nos libertés politiques et civiles !

Aimons à rappeler le souvenir de ces évènements historiques, à les perpétuer parmi nous, afin d'entretenir toujours vivace, l'amour de la Patrie, le sentiment des principes libéraux, les dévouements patriotiques et la reconnaissanca inaltérable que nous devons à ceux qui

Ont pour toujours, planté, Sur notre jeune sol, ton arbre, 6 liberté !

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