‹ Lafontaine et LaurierChapitre 2 sur 3 · PRES · texte numérisé non relu

PRES

étaient jes ennemis avoués et connus de l'introduction du système représentatif dans ce pays ; et qui alors se trouvaient organisés non pour tendre au même but et coopérer avec les représentants du peuple, à préserver et défendré ses libertés et ses privilèges, à réprimer les abus, à punir les délinquants, à faciliter la diffusion des lumières et de l'instruc-

‘tion, pour que le peuple fut plus jaloux de ses droits, plus capable de

les protéger et de les défendre, mais au contraire pour contrarier en tout les mesures libérales, et laisser le pays stationnaire au point où ils l’avaient trouvé en 1792,

“ Que depuis cette époque le plus grand nombre-des aggrégations qui ont été de temps à autre ajoutées à ce corps ainsi vicieusement constitué, ont été des personnes qui, partageant les mêmes préjugés et les mêmes vues, s'amalvamant et s’identifiant avec la majorité qui avait recommandé leur nomination, se sont placées dans un état constant de collisions, d’animosités, d’incriminations contre la Chambre d'Assemblée et le 5euple.qv’elle représente, ont entrainé la plupart des Gouverneurs à.se liguer avec eux, et leur ont fait remplir presqu'exclusivement tous les départements, par leurs parents et leurs créatures, à donner ainsi dans tous les emplois une préférence calculée et systématique aux étrangers, sur les naturels, à ceux qui étaient odieux au peuple, sur ceux qui avaient sa confiance, à profiter de cette concentration entre leurs mains de tous les pouvoirs, pour susciter des persécutions et exercer des violences cintre les hommes les plus populaires.

“ Que les maux que nous avons souffert nar le. passé, nous menacent dans l'avenir, si nons n'obtenons as un changement radical dans la constitution même du Conseil Législatif. Nous rappelons à votre honorable Chambre qu'ik n’a jamais existé un tel corps pour aucune autre colonie anglaise que pour les deux Çanadas ; qu’il doit done n'être reregardé que comme une expérience nouvelle, un essai funeste qui n’a produit que du mal sans aucun mélange de bien.”

On aurait tort de croire que le projet de représentation du Canada au

Parlement Impérial est tout récent, car dès 1831, P. de Sales Laterrière l Re

le préconisgait déjà : mais le “ Canadien ” qui était à Québec l'organe des pi “ru M SANTE

patriotes comme la “ Minerve ” l'était également pour le district de Mon-

tréal, s'y opposa énergiquement, et pour en démontrer limpossihilité, un

correspondant écrivait que l'Angleterre se serait déjà décidée à émauci-

per ses colonies, ‘“ si le parti dominant n'y eut trouvé, dans leur état ac-

cé

tuel, un moyen d'appui et de patronage.” Et l’auteur ajoutait :

“ Patronage ! Nous voilà rendus à une autre source abondante de mé conténtement pour les colonies, et d’uu mévonteutemeut d'autant plus vif qu'il se fait sentir tous les jours, qu'il a son siège dans Îles sentitiments les plus susceptibles du cœur humain. Le système de patronage fait refluer dans les colonies une fonle d'hommes, que le besoin à expatriés, qui y viennent avec l’esprit de retour, qui u’out aucune com-

munauté de sentiments et d'intérêt, aucun point, aucun rapport d’affection avec les colonies, qui y entrent avec des idées de maîtrise et de supériorité, qui y débarquent comme des triomphateurs dans un pays conquis, dont ils vont partager les dépouilles. Comment supposer maintenant que de tels hommes, dans de telles circonstances, sous de telles

impressions, avec de tels préjugés, ne rendent pas insupportable, ou tont au moins très pesant, un système colonial dont le principe est émineim.

ment .Vici-ux et injuste ? Supposons que cette élite rencontre dans une colonie, une population dont les mœurs, les usages, la langue, les lois, la religion, etc., diffèrent des siens ; elle voudra uatr rellement que tout s'accomimode à ses goûts, à ses préjugés, à sa manière de voir, sembhlable à ce géant de la fable qui, forçant tous les passagers à se coucher sur un ht d'une certaine longueur ; s'ils étaient trop grands.ils les mutillaient, et s'ils étaient trop petits, ils leur disloquaient les membres, pour les mettre jusqu’à la longueur de son affreux chevet. C’est ce qui est arrivé dans le Bas-Canada que l’on veut faire parler anglais, faire Plaider anglais, mettre sous les lois anglaises et envoyer à la prèche.”

Le 25 juillet 1831, M. Labouchère rappelait à la chambre des Com. mines, lors de la demande d’un erédit de £296,000 pour les travaux publies de notre pays, les mécontentements des provinces du Canada et de 1 Nouvelle-Ecosse, et prenait la liberté d'y attirer spécialement l'attention du Roi, parce qu'ou lui avait confié une pétition d’une importance majeure relative à ses mécontentements. Les deux branches de la Législatu- 1e, disait-il, quoiqu’unauimes en agissant séparément, étaient en opposition, et avaient causé tant de désordres politiques, tant de malaises publics, qu'il était devenu du devoir indispensable du Parlement d'interposer son autorité d’une manière vigoureuse et saus perdre de temps. ‘“ La “ législation de la colonie, dans l'opinion de M. Labouchère, ne marcherait ‘ jarnais sur un système politique on plet et satisfaisant sans l’infusion “ d’un principe d'élection étendu, libre et juste dans sa masse ; et s'il “ n’y avait pas un gouverneur et une Chambre d'Assemblée seulement ‘‘ sans aucun autre Corps législatif intermédiaire, ce corps intermédiaire “ s’y trouvant, on devrait de suite y introduire un principe d'élection tel “ que proposé originairement par M. Fox. M. Labouchére apvela aussi “ l’attention dun Comité sur le plan qu'avait sufvi le païti du gouveæne- ‘ ment par le moyeu duquel, il réunissaiten lui-même tous les emplois “ et charges à l41 disposition de exécutif. “Qu'un homme soit populaire “ ou non, ajoutait il, on le pousse aux emplois, seulement s’il est lié avec ‘ cette prtite oligurehie. Que penserait on en ce pays, si le Souverain “ poussait sa piéroyative jusqu’à ne vouloir que des ministres de son “ choix, qu'ils fassent bien où mal avec la Chambre et le pays. La con- “ séquence serait que tout le pays serait en tumulte, . Et cependant, ce

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“ plan dans le choix des personnes nommées aux charges avait été prati- “ qué dans le Canada depuis les dernières dix à quinze années.”.

Le 17 septembre 1831, la “Minerve” commentait ainsi le discours de. M. Labouchère et la réponse du gouvernéruent anglais :

“ Les réflexions de Sir Georges Murray dont nous avons parlé plus “ haut, fout voir que l'administration du due de Wellington avait donné ‘“ pour règle de conduite à sir James Kent, l’injonction de ne donner “uain de cause à aucune des branches de la législature, ni à aucun parti, “mais de les amuser et de les neutraliser également, sans égard bien enten- “du, à la justice ni à la vérité. Et ce machavélisme s’appelle le gonver- “nement ! Encore sl eut été vrai qu’il y avait dans ce pays deux puar- ‘Lis, cette politique qui décèle la faiblesse où la crainte aurait été adimis- “ sible jusqu’à un certain point eu supposant ces moufs Muis les imi- “ nistres avaient amplement su, ou n’avaient pas vouln savoir, qu'il y “avait, au lieu de partis en Canada, d’un cêté Lx population entière, “ éclairée sur sa position et ses droits, ferme et énergique, inais loyale ; ‘de l’autre, quelques ambitieux et quelques hommes à gages excitant au ‘“ fanatisme politique et à la vieiile intolérance, une fraction abusée des “ nonveaux colons. C’est ainsi qu'au moyen de lappui illégitime prête a “ la bureaucratie par le gouvernement de Sa Majesté, elle s'est élevée, de ‘“ l'insignifiance où, laissée à ses propres forces, elle serait inévitablement ‘ jusqu’à être mise de pair avec la masse du peuple et ses représentants, ‘“ etelle a réussi à les rassembler ensemble, jusqu’à une commune appel- ‘“ lation des “ partis ” que pour elle, elle ne méritait même pas, et à ob- ‘“ tenir une égale prépondérance dans les conseils de l'Empire, et une ‘* égale attention de la part de l’autorité déléguée de la Mère-patrie.”

Le 21 Mai 1832, avait lieu à Montréal, dans le quartier ouest, une élection partielle, entre Bagg, bureaucrate, et Tracy, rédacteur du Vindicator, l'organe irlandais de la cause libérale. Cette élection fut certainement la plus violente, la plus chaude ct la plus contestée que nous n'ayons Jamais peut-être ene au Canada. Le sang coula, trois Canadiens- Français furent tués, mais Tracey, qui avait été l’objet de procédures arbitraires de la part du Conseil Législatif, ce dernier l'avait'tenü en prison pendant plus d’un mois, parcequ'il avait traité le même conseiller législatif de nuisance publique, Tracey, dis-je, l’emporta par trois voix de majorité. Des assemblées nombreuses eurent lieu dans une foule de comtés pour demander la punition de cenx qui avaient tiré sur la foule le jour de la votation. Des résolutions y furent passées demandant l’intervention de la Chambre d'Assemblée, en un mot, d’un bout à l’autre de la province, l’exaspération fut à son comble, Appréciant cette élection, le Cunadien disait :

“ Les atrocités du 21 mai découlent du principe même de notre ma- ‘ chine gouvernementale, Si des trois branches de notre gouvern-ment, ‘il ne s'en fut pas trouvée une destinée à représenter un intérêt hors du

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“ pays et ennemi du pays, l'intérêt des possesseurs et chercheurs de pla- ‘‘ ces et des coureurs de fortune, ce corps ne fut pas tombé dans l’insi- “ gnifiance, n'eut pas excité la méfiance du peuple, et n’eut pas été en ‘“ but aux attaques de la presse libre.”

L'auteur de cet article le signe : “ Pour l'Histoire.” Voilà pourquoi j'ai cru devoir le citer, |

Le 20 juillet 1832, après s'être plaint de la réserve des deux-septièmes des terres non concédées, des actes du commerce du Canada et des Jenures, de la concession et de la régie des terres, le Canudien ajoutait: . ;

‘* La puissance législative pour le Canada n’est pas de ce côté-ci de “* l'océan, mais en Angleterre. Depuis plusieurs années, il n’y à à peine “ que les bills qui regardent les intérêts purement locaux qui soient sanctionnés 1ci ; encore, en 1827 et même en 1831, il en a été réservé plu- ‘ sieurs de cette nature. Tous les auires sont pour ainsi-dire refusés jus- ‘qu'à ce que les volontés des Ministres soient connues. Ces bills restent ‘ dans la poussière du bureau colonial souvent au-delà des deux ans fixés “ par l’Acte constitutionnel, reviennent après ce terme avec une sanction “ jlusoire propre à appeler la déconsidération sur les ministres, et à jeter ‘ notre législature coloniale dans l'incertitude.”

Un mois plus tard, le même journal résumait dans les lignes suivantes, tout le programme dn parti libéral de l’époque :

“ Les prétentions des patriotes Canadiens n’ont jamais été au-delà, ja- “ mais ils n’ont demandé, jamais ils n’ont voulu autre chose que la con- “ duite de leurs propres affaires et la part qui leur était lue dans les fa- “ veurs et les pouvoirs du gouvernement.”

. Les faveurs du gouvernement ! Certes, les Canadiens-français n’en ont jamais été comblés par les officiels soudoyés, envoyés ici par l’Angieterre, tant que l'égalité politique, sociale et religieuse, de toutes les races et de toutes les croyances au Canada n'a pas éte loyalement reconnue.

Pour se justifier des accusations portées contre lui dans les 92 résolu-, tions relativement à la distribution du patronaga, lord Aylmer télégraphiait à lord Aberdeen, en 1835, que sur c-nt quarante-deux personnes qu'il avait nommées à des fonctions publiques salariées, quatre-vingt étaient d'origine française ; que toutes les places dans l'Eglise catholique, comme les curés, dont les appointements excédaient Æ£25,000 sterling étaient entre les mains des Canadiens-français ; qu’il en était de même des emplois de maîtres d'écoles de campagne, dont les salaires et les allocations s'élevaient à £19,000, “Mais la partialité avait été si grande avant “ Jun, dit Garneau, et l'abus était encore si enraciné, que s’il était vrai “ qu'il eut donné quatre-vingts places aux Canadiens, qui faisaient les “ trois-quarts de la population, il en avait aussi accordé soixante-et-deu x “aux Anglais, qui faisaient l’autre quart, et que les salaires et les émo- «“ Juments attachés à ées soixante-et-deux offices excédaieut de beaucoup

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“ ceux des quatre-vingts. D'après la liste civile déposée en 1834 et “ d’après d’autres documents, les fonctionnaires recevaient £71,500 dis- “ tribués ainsi : aux Anglais £58,000 aux Canadiens-français £13,500. “ Ceux-ci étaient exclus des départements de l’exécutif, et, en outre, du ‘ bureau des terres, des douanes et des postes ; dans l’administration de “ la justice, qui coûtait £36,000, £28,000 étaient partagés entre les An- “ glais et £8,UOU seulement entre les Canadiens. |

Tels étaient les griefs et les plaintes des Cinadiens, lorsque Lafontaine se jeta dans l'arène politique, avec toute l’ardeur de la jeunesse. Il supporta, tel que je l’ai dit déjà, toutes les mesures extrêmes, etil fut, aux yeux du pouvoir, tellement violent dans la revendication de nos droits, qu'il mérita, avec d’autres patriotes, les honneurs ds la prison, Des articles qu'il publia dans la ‘* Minerve ”, alors l'organe de la cause liberale, lui valurent ce témoignage éclatant de son patriotisme, mais comme pour Bédard, Viger, etc., il n'eut jamais l’occasion de se disculper devant les tribunaux de son pays.

L'on ne peut aujourd’hui s'empêcher de sourire, lorsque l’on sait” que le motif et la raison de ces arrestations tyranuiques était la crainte de voir le parti libéral Canadien-français, faire un massacre général de nus concitoyens Anglais, daus le genre de la St-Barthélemi ou des Vêpres Sicilienues !

On voit comment s’accomplissait les prophéties de Pitt qui, en présentant l’Acte de 1791, au parlement anglais, disait que cette constitution devait étabtir la paix et l'harmonie parmi les nouveaux sujets du roi d'Angleterre,

Enutin, comme vous le savez tous, les événements se précipitèrent ; 1837 arriva, et Lafontaine se sauva en Angleterre, et de là, en France, où il attendit le dénouement inévitable de la révolution qu'il avait luimême préparée et précipitée avec ses chefs, Papinean et Bourdages principalement, Lorsqu'il revint A’Europe, en mai 1838, la constitution de 1791 avait été suspendue et un Couseil Spécial adimiuistrait Les affaires de la Province :

‘“ Nous traversionus alors une époque néfaste ; :

‘ Dans les cercles du soir, le peuple enthousiaste,

‘ En silence, pleurait de glorieux proscrits.

‘“ Nous venions de passer ces longs jours de tempêtes.

‘“ Jours de gloire et de deuil, où les plus nobles têtes ‘ Sans honte, étaient mises à prix !

‘“ L'échafaud qu’entourait une foule rampante,

‘“ Dressait encore au loin sa hideuse charpente ;

“ Du sang de ses enfants, le sol était bruni ;

‘ Papineau, de l'exil, vidait la coupe amère,

‘ Et l'enfant apprenait, des lèvres de sa mère, * À répéter son nom béni.

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L'on respirait partout comme un vent d'épopée, Dans son manteau de deuil, la nation drapée, Ecrasait ses bourreaux d’un mépris souverain,

Et le patriotisme, archange aux traits de flamme, Electrisait les cœurs et soufflait dans les âmes Comme dans des clairons d’airain ” !

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À oette époque, tous nos hommes publics Canadiens-francaus étaient des libéraux. Réunis en phalanges serrées autour de L. J. Papineau, nos pères ne voyaient qu'un ennemi, le torysme !

Le torysme ! qui dominait en Angleterre et qui résistait, là-bas comme ici, à toutes les revendications populaires, à l'émancipation des catholiques et à la réforme parlementaire !

Le torysme ! dont on voulait implanter pour toujours les mauvais princives dans le sol canadien ; principes se résumant dans la négation du suffrage universel, dans la centralisation administrative, les privilèges, les abus, les combinaisons destinés à servir l’ambitiou, à satisfaire les convoitises de quelques personnalités, au détriment de l'intérêt public !

Le torysme ! avec l’arbitraire, l'injustice et la tyrannie qu’il à constamment mis eu pratique à l'égard des volontés du peuple !

Le torysine ! ‘ont le gouvernement a toujours été par l'aristocratie et la propriété foncière ! :

Le torysme ! qui, pour me servir du langage du “ Canadien ”, de 1851 ‘ toujours opposé aux réclamations des peuples, ayant porissé les nations “à bout, a fait de l'Europe entière, un vaste théâtre de révolutions et de ‘ yuerres.”

Le torvsime ! dont les influences étaient alors si néfastes dans notre pays, car c'était les jours enfin, ow il régnait en maître dans les sphères administratives, bien qu'il fut en minorité dans l’Assemblée Législative, comme il règne encore aujourd'hui, malheureusement, au Sénat, pour . contrecarrer les mesures de la majorité libérale de la Chambre des Communes.

N'oublions jamais cette époque, mais pénétrons-nous bien des enseignements qu’elle comporte, afin de rester dignes de nos pères, en suivant les lignes politiques qu’ils nous ont alors tracée,car :" Derrière les généra- “ tions qui descendent, dit Emile Souvestre, vienuent les j#anes généra- “ tions ; à elles appartient de ressaisir l’action à l'heure et dans les con- “ conditions fixées par les grandes lois qui régissent Le monde social, et “ (le reprendre courageusement les étapes vers l'avenir, On l'a dit avant “ nous, le progrès ressemble à ce flambeau que les initiés se passalent de “ main en main dans les mystères antiques ; le bras qui le porte peut “ changer, mas le flambeau avance toujours.”

Un demi siècle avait déjà été employé parmi nons à foudre dans une même existence sociale, pohtique et religieuse, la race conquérante et la

race conquise, La division primitive avait traversé le cours de ces cinquante années en résistant victorieusement à leur action. Dans lesprit de nos ennemnis, une senle ressource restait encore à exploiter pour l'obtention de leur triomphe, et ce fut l'Union du Hant et du Bas Canada.

Ce projet n’était pas nonveau ; préconisé dès 1822, il avait échoné devant l’attitude ferme et énergique de notre, représentation, devant les soixante mille signatures que portaient les pétitions envoyées en Angleterre et déposées au pied du trône, et surtout, grâce à l’opposition de Sir James MacKintosh, de Sir Francis Burdett, et de quelques autres membres libéraux de la Chambre des Communes. Cependant, malgré l'injnstice et la fraude qu’elle comportait à l'égard des Canadiens-françaie, l'Union nous fut imposée, et reçut la sanction royale le 23 juillet 1840, en dépit de l'opinion désintéressée des lords Wellington, Ellenborough, Broughan, Hardwich, et notamment de Lord Gosford, ancien gouverneur du Canada, et parfaitement capable de porter sur une semblable matière, un jugement irréprochable.

Mais lord Durham ne l’avait pas caché dans son rapport, l'Union devait être le premier pas vers la confédération, et la confédération de toutes les provinces anglaises de l'Amérique du Nord, le dernier pour parvenir sûrement à l’anglification de la race française en Amérique. Mais l'homme propose et Dieu dispose, car là où uns ennemis croyaient y trouver notre ruine, nous y avons justement puisé le salut de notre avenir national.

Voici de quelle manière Lafontaine jageait l’Acte de l'Union, dans son adresse à ses électeurs de Terrebonne, lors des élections de 1841 :

‘“ Elle est uv acte d'injustice et de despotisme en c qu’elle nous est ‘‘ imposée sans notre consentement ; en ce qu’elle prive le Bas-Canada du “ nombre légitime de ses représentants ; en ce qu’elle uous prive de l’usa- ‘“ ge de notre langue dans les procédés de la Législature, contre la foi des: “traités et la parole du gouverneur-général ; en ce qu’elle nous fait payer, ‘“ sans notre consentement, une dette que nous n’avons pas contractée ; en ‘“ ce qu'elle permet à l'exécutif de s'emparer illégalement, sous le nom de ‘ liste civile, et sans le vot: des représentants du peuple, d’une partie ‘“ énorme des revenus du pays.”

Cette nouvelle constitution ne pouvait donc: pas avoir pour effet de rétablir la paix et promouvoir la prospérité publique, car elle était basée sur un principe injuste, parce que les droits et les privilèges de toutes les classes des sujets de Sa Majesté dans les deux Provinces, n'étaient ni res-. pectés ni protégés, ni conservés, ni garantis. Cette charte ne faisait de plus, ni la part aux conquêtes du temps, ni les concessions nécessaires, aux mœurs, aux idées, aux droits acquis dee premiers occupants du sol. Elle devait donc soutenir le même assaut que celle de 1791. Lafontai-. ne crut néanmoins pouvoir en tirer tout le bien possible, et au lieu d'en: demander le rappel, il fut d'opinion d’en faire l'essai. Voici ce qu'il disait à ce sujet, dans l'adresse que Je viens de.citer :

« S'en suit.il que les re présentants du Bas-Canada doivent s'engager d'avance, et sans garanties, à demander le rappel de l'Union ? Non, ils ne doivent pas le faire, Ils doivent attendre, avant d'adopter une détermination dont le résultat immédiat serait peut-être de nous. rejeter, pour un temps indéfini, sous ia législation liberticide d’un Conseil Spécial, et de nous laisser sans représentation aucune.” L'Union fut acceptée, comme bien on pense, par la Législature du Haut Canada, et même on la tit voter—farce ridicule—!—par le Conseil Spécial où MM. Cuthbert, Neilson et Quesnel enrégistrèrent cependant jeurs votes contre son adoption.

Aux élections de 1841, Lafontaine fut batra à Terrebonne, par les menées les plus indignes et les plus violentes ; le comté fut virtuellement défranchisé, et Lafontaine accusa publiquement lord Sydenham d’être la cause de sa défaite, Chargé de mettre l’Acte d'Union en opération, ce gouverneur prit tous les moyens possibles pour y réussi. Il lui fallait l'approbation de l'électorat. Voilà pourquoi il fit battre Lafoutaine, parce qu'il était réellement alors reconnu comme le chef politique des Canadiensfrançais opposés à l'Union ! Voilà pourquoi i: forma son premier ministère, non-seulement sans le concours d’un seul Canadien-français, mais de manière à soulever l’indignation de notre race, en prenant trois anglais pour représenter le Bas Canada, et surtout M. Ogden, ‘ l'avocat de Col- “ borne et du Conseil Spécial, l'homme qui, dit M. David, aux yeux de * la population, portait la responsabilité des exécutions de 1858.” IL avait bien, 11 est vrai, offert un portefeuille à Lafontaine, mais ce dernier avait noblement POS, parce qu’il n'avait aucune confiance dans lord Sydenhani, pour cuncéder sincèrement et faire de bon cœur, lapplication du vouvernement responsable, D'ailleurs, les collègues qu'il aurai eus dans le ‘abinet, étaient tous des torys, opposés à ce principe, à l'exception de Baldwin qui avait accepté le portefeuille de Solliciteur-Général, pour le Haut-Canada, avant les élections, mais qui démissionna dès l'ouverture de ia session de 1841, pour $e ranger du côté de l'opposition.

Le principe de la responsabilité “ministérielle fut discuté et accepté par l: gouvernement, dès cette première session ; des résolutions le sanction hant, furent proposées et unanimement votées au milieu des applaudissements des libéraux qui s'écrièrent : “ Nous avons enfin le gouvernement responsable !”’ Quelques années devaient cependant s’écouler avant que Île gouvernement responsable ne reçut, ici, son application, tel qu'on l’entendait en Angleterre.

Battu à Terrebonne, comme nous l'avons vu, les libéranx anglais élirent Lafontaine à York, dans le Haut Canada, atin de lédentres leurs sympathies à leurs alliés Canadiens-français. Sentant qu'il ne pouvait vouverner sans le concours de ces derniers, Draper fit des ouvertures à Lafontaine que celui-ci refusa ; et dès l’onverture de la session de 1842, Lafontaine reprocha amèrement au gouvernement de vouloir adininistrer saus la coopération de ses compatriotes, coopération si Juste et si néces-

saire, d’après l'esprit de la nouvelle constitution. Il avait, ilest vrai, ajoutait-1l, réfusé les propositions qu'on lui avait faites, parce que les conditions que l’on mettait à son entrée dans le ministère, lui étaient inacceptables. Le gouvernement Draper allait être battu sur l'adresse mê-. me, lorsque Bagot, qui avait dojà prouvé sa bienveillance envers les Canadiens français, et recornu par Lafontaine comme nn gouverneur animé des meilleures intentious, tenta un nouvel effort auprès de Lafontaine. Où parvint à s'entendre, et le 15 Septembre 1842, le premier ministère Lafontaine-Baldwin était formé. Lafontaine devenait la tête de la nonvelle administration ! [es membres de l’ancien cabinet l’acc2ptaient comine chef et allaient le suivre dans les réformes politiques et administratives qu'il allait préconiser.

Tous les ministres furent réélus, à l'exception de Baldwin. Mais les libéraux Canadiens-franciis de Rimouski firent pour lui ce que les libéaux anglais avaient précédemment fait pour Lafontaine, et afin de lui démontrer la reconnaissance qu'ils Lui devaient pour avoir fait elire leur chef dans un comté du Haut-Canada, ils l’élirent eux-mêmes comme leur re-

présentent, par acclamation. | Le ministère gouvernait à la grande satisfaction des deux provinces, et il avait donné la preuve de son amour du progrès et des réformes libérales ; il avait chanvé le siège du gouvernement en le transportant de Kington à Montréal, alors comme aujourd’hui, la métropole commerciale * de uotre pays ; il avait imposé un droit de trois chelins sterling sur le blé américain ;'il avait passé une loi électorale, atin d'empêcher le renouvellement des iniquités commises à Terrebonne, en donnant un bureau de votation pour chaque paroisse et non pour chaqne comté, tel qu'était la loi “auparavant ; il avait rappelé le système judiciaire créé par le Conseil Spécial ; il avait affirmé le principe que la Chambre seule avait le contrôle dés subsides ; il avait passé une loi relative à l'indépendance des juges et des députés, en déclarant inéligibles la plupart des employés publes, une réforme demandée des années et des années durant, sons la Constitution de 179L ; il avait aboli emprisonnement pour datte, etc. et tout allait pour le mieux lorsque, pour sauver avant tout le principe même du gouvernement responsable, Lafontaine et Baldwin reprirent le chemin de l'opposition.

Les torys faisaient bien, de temps à autre, des emharras au gouvernement ;ils auraient bien désiré entraver une administration aussi popu- —laire, mais leurs efforts étaient vains, car leur nombre était en proportion de celui que forme aujourd’hui ia Loyale Opposition de Sa Magesté dans la Lécislature de Québec !

Le ministère Lafontaine-Baldwin était fort, parce qu'il représentait réellement l'opinion qui prévalait dans la Chambre et le pays ; sa politique avait été ferme, sage, progressive, libérale ! Toute la population en était contente et sakisfaite, lorsque, à la surprise générale, le 23 Novembre

ie 15 crispe

1843. après dix-huit mois d’une administration réellem ent sans reproche, le cabinet Lafontaine. Baldwin remit sa résignation entre les mains de Sir Charles Metcalfe, parce que ce dernier, réclamait pour Ini seul, la responsabilité de la nomination de certains fonctionnaires publics. Les mipistres réclamaient le droit d’être consultés. D’après eux, les résolutions passées dès la première session de 1841, reconnaissant le gouvernement responsable, les justifiaient—et ils avaient grandementraison—dans leurs prétentions constitutionnelles. |

C’est sur cette question que Denis Benjamin Viger se sépara de Lafontaine, et qu'avec MM. Draper et Daly, durant neuf mois, sans avoir la majorité de la Chambre, il consentit à aviser le Gouverneur.

Cette alliance de Viger avec les torys, était des plus malheureuse ; c'était une grande Ut politique an point de vue parlementaire, et de nature à diviser le parti libéral, Il n’en fut rien, heureusement, car aux élections d'Octobre 1844, le Bas-Canaa approuva en masse la conduite de Lafontaine. Viger, lui-même fut battu et le cabinet qui avait enfin été formé le 3 Septembre, ne sortit de l’urne électorale que par une faible majorité, et encore, grâce à l’intervention de Sir Chs. Metcalfe qui descendit dans l'arène, dans le Haut-Canada, pour faire approuver ‘sa conduite, comme l'avait fait lord Sydenham, en 1841, dans le Bas Canada, afin de faire approuver l’Acte d'Union.

Lafontaine et Baldwin, et les autres libéraux qui avaient accep” té franchement l’Union de 1840, prirent place à la gauche de l'Orateur- Ils Inttèrent vaillanment pour l’affermissement du gouvernament respon

sable menacé par Metcalfe. Dans l'opposition, Lafontaine fit ‘voter une adresse à la Reine, demandant l’amnistie pour toutes les offenses com mises en 1837-38 ; il demanda une répartition plus équitable des faveurs ministérielles entre les deux provinces, l'application des revenus des bien des Jésuites aux fins de l'éducation dans le Bas-Canada, etc., ete.

Metcalfe, et Cathcart, son successeur, comprenant tous denx la faiblesse et l’impopularité du cabinet Draper-Viger, surtout dans le Bas-Canada firent des ouvertures à MM Caron et Morin qui les communiquèrent à Jafontaine. Mais sous Metcalfe, Cathcart ou lord Elgin, comme sous Bagot, Lafontaine ne voulait entrer dans le cabinet qu'avec ses. condées franches et les mains libres. La fermeté et l'indépendance de son caractère ne lui permirent pas d'accepter.

En jnin 1846, Vigr résigna, et À la session de 1847, Draper donna également sa démission : les torys conservèrent cependant le ponvoir en s’attachant aux débris du cabinet Draper Viger qui se transforma en cabinet Sherwood-Daly. L'élément Canadien: français n'y fut représenté que par Denis B. Papinean. Le cabinet subit de rudes assants. Lafontaine l’accusa de sacrifier les Canadiens-français et en donna des preuves nombreuses. Le ministère alla clopin clopant jusqu'aux élec-

ÉMrOS

tions de 1848 qui balayèrent les torys dans les deux provinces. Battns devant le peuple, ils n’en gardèrent pas moins leurs portefeuilles jusqu’à leur défaite devant les chambres, sur le choix de l’Orateur. C’est cet exemple, peu conforme aux véritables principes du gouvernement responsable, que suivit, dans notre province, le cabinet Ross qui, battu en Octobre 1886, devant le peuple, se cramponna néanmoins au pouvoir jusqu'en Janvier 1887, alors qu'il fut défait sur le choix de l’Orateur.,

Le 11 mars 1848, Lafontaine et Baldwin revenaient au pouvoir,

Les premiers actes de Lafontaine furent de rendre justice à ses compatriotes Quatre Canadiens-français formèrent partie de son cab'net, et afin de rétablir l'équilibre entre les d'ux races au Conseil Législatif, il fit plusieurs nouvelles nominations, ce qui lui assurait également une majorité libérale dans la Chambre Haute.

Ce second miaistère de Lafontaine—Baldwin fat des plas fécond en réformes administratives : 11 fit la refonte de la loi électorale ; s’enquit des causes de l'émigration qui, depuis 1830 surtout, voyait, tous Les ans, une foule de nos compatriotes traverser la ligne 45” ; il ouvrit aux vaisseaux étrangers, la navigation du St-Laurent ; vota des sommes considérables pour les canaux ; amenda le tarif ; offrit la réciprocité aux Etats-Unis ; abolit la faculté de théologie de l'Université de Toronto, réforme réelamée depuis longtemps par les libéranx du Haut-Canadu, au grand mécontentement des anglicans, presque tous torys alors ; il amenda l’Acte des Ecoles du Bas-Canada ; donna une nouvelle loi municipale ; encouragea la construction des chemins de fer et notamment celle du Grand-Trone ; amenda le système judiciaire ; établit la liberté de commerce, pour certains produits, avec les Provinces Maritimes ; organisa le système postal ; abolit la loi de primogéniture, qui existait dans le Haut-Canadu, et par laquelle lorsqu'uri père mourait, tous ses biens passaient à l’ainé de ses fils ; pourvut au recensement pour 1852, 1861 et ensuite tous les dix ans, ete.

Ce sont là, certes, de belles et bonnes réformes, mais il en résolut et en ébaucha d’autres qui méritent une mention spéciale, car elles passionnèrent vivement les esprits de cette époque : Ce sont celles de l’Acte d’indemnité, de la sécularisation des réserves du clergé protestant, et de la tenure seigneuriale,

A la session de 1844, sous Île cabinet Draper-Viger, £40,000 furent votées pour le Haut-Uanada comme indemnité des pertes subies Jors des troubles de 1837. Lafontaine réclami le même avantage pour le Bas-Cunada, mais le cabinet répondit par D. B. Papineau que le gouvernement allait nommer une commission pour établir le montant des pertes, s’engageant virtuellement à donner plus tard la même mesure de justice et de générosité au Bas-Canada.

Lorsque Lafontaine revint au pouvoir en 1848, conformément au rapport des commissaires, il fit voter £100,00Q pour indemuiser le Bas-

Janada des pertes subies en 1837. L'opposition composée de fanatiques torys du Haut-Canada, au nombre desquels se trouvait celui qui fut plus tard Sir John A. McDonald. fit feu et flammes contre le gouvernement- C’est en vain que le ministère et ses amis rétorquaient que le cabinet Draper-Viver avait voté une mesure semblable pour le Haut-Canada ; qu'eux-mêmes, les torys, s'étaient engagés et avaient promis cette mesure pour le Bas-Canada, rien y fit. Croyant avoir trouvé une excellente occasion pour renverser les libéraux, les torys tonnèrent contre le projet de loi, prêchant la guerre sainte de race et de religion, faisant appel à toutes les mauvaises passions, aux préjugés religieux et nationaux, criant à la loyauté, dénonçant les rebelles et inserivant sur leur programme “ mort aux Canadiens-français ; no french domination ! L'acte fut voté, mais au milieu des scènes les plus tumultueuses, et lorsque lerd Elgin vint à la Chambre pour le sanctionner, il fut assailli par ces bons torys, à coup de pierres et d'oeufs pourris. Lafontaine fut menacé, mais ces vandales d’un nouveau genre, assouvirent définitivement leur vengeance en incendiant les bâtisses parlementaires. Montréal perdit, dès lors, pour toujours, grâce aux torys, le sièce du gouvernement.

La clause 36 de l’Acte constitutionnel de 1791, avait autorisé le souverain à réserver dans les futures concessions de terres dans les provinces du Haut et du Bas-Canada, un septième des terres ainsi concédées. Cette réserve était faite pour le bénifice et l’entretien d'un “ ciergé protestant.” Les terres devaient alterner sur de graniles superficies avec celles des colons. Ce système devait bientôt causer du mécontentement, car l'Eglise d'Angleterre voulut en avoir le contrôle exciusif, alléguant qu’elle était le seul ‘clergé protestant” reconnu.

Dès le commencement du siècle on avait songé a une réforme et l’Assemblée Législativo.du Haut Canada avait adopté certaines mesures afin de vendre la moitié de ces terres et en convertir les recettes à des fins séculiètes. Ce projet n'eut pas de suite, Plus tard, les ministres de l'Eglise d'Ecosse et ceux d'autres sectes vinrent compliquer la question et réclamèrent une partie des réserves en contestant à l'Eglise d'Angleterre le droit exclusif au titre de “ clergé protestant.”

Au milieu de ces difficultés, les libéraux du Hant-Canada demandèrent la sécularisation des réserves. On voulait vendre les terres et consacrer l'argent à ouvrir des écoles et a améliorer le système municipal. Les réformistes furent heureux, à chaqne session, dans l’Assemblée Législative, mais, comme toujours, pour toutes les grandes mesures libérales et populures, ils se heurtèrent devant l'hostilité du Conseil Législatif. Sous l'Union, on continua a demander avec persistance la sécularisation des réserves. Dans la session de 1850, le cabinet Lafontaine-Baldwin, pressé de résoudre la question, hésita. Il y avait divergence d'opinions entre les ministres. Lafontaine cousentit à faire déposer par l’un de ses collègues, M. Price, un projet de loi dépouillé de tout caractère miuistériel. Cette loi

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devait autoriser le gouvernement à vendre les terres en accordant une indem iité aux possesseurs. MM. Lafontaine, Taché, et L. M. Viver, combattirent timidement le projet, —1ils hésitutent à sacrifier les réserves pour des objets séculiers—taudis que leur collègue, M. Drummond, le Sollietteur Général, combattit éuergignement l'opinion d': son chef, Lafontaine.” Les propositions de M. Price furent adoptées et transmises en Angleterre ; en 1854, là réforme état accomplie, et les réserves du clergé anglican sont aujourd'hui l’une des vieilles iniquité tombées suus L:s coups du libéralisme canadien.

Une autre grande réforme sociale s’agitait encore depuis longtemps dans notre pays ; l'abolition de la tenure seiyneuriale. En 1850, Lafontaine avait fait consacrer, par une résolution, le principe de son abohtion, en dounant compensation aux selyneurs. À la session de 1851, la question fut renvoyée à un comité.

Depuis quelques années, il y avait des dissentions Gans le parti libérel et même au sein du cabinet, comme l'avait prouvé l'attitude de M. Drummond sur la question des téserves du clergé.

Papineau, revenu an pays, élu pour St- M. nurice, avait fur une opposition presque constante à Lafontaine, [l'avait peu de partisans dans [a chambre, mais à Montréal et à Québec, il avait de fervents disciples dans une pléiade de jennes gens de talents, hardis et bouillants, impréynés des idées démocratiques qui, de la vieille Europe, sé faisait sentir dans notre pays.

Le parti grit au b- :rceau, grandissait rapidement. M. William Lyon Mackenzie, M. George Brown, M. Malcolm Cameron, uppuyaieut en murmurant le cabinet Lafontaine Baldwin. On demundait une politique plus tranchée, plus radicale, les libéraux du Haut-Canada sur celle de la sécularisation des réserves dn cluroé protestant et ceux du Bas-Canula sur l'abolition de la tenure enr lol M. Baldwin se retira devant les signes précurseurs dé la tempête qu'il croyait voir veuir, durant la sessiou de 1851,sous prétexte qu’il n'avait pas eu la majorité de ses partisans du Haut-Canada sur la question de l'abolition de la Cour de Chancéllerie. En octobre suivant, Lafontaine le suivit dans sa retraite, et remit sa démission entre les mains du gouverneur.

“Les libéraux de ma génération, ne connaissent de Lafontaine que ce que! l'histoire à pu nous fournir de rens“iuneiments sur sa carrière publique, tandis que le Premier Ministre actuel nous est parfaitement connu. Nots:assistons tous les jours, au développement graduel de sa politique ; nous connaissons ses opinions et ses tendances, et personnellement, il nous insprie autant de confiance que de respect, car on peut lut appliquer à juste titre ce qu’un auteur français, franc monarchiste, disait de Louis X VITE, et dont ‘ la bienveillance, suivant lui, se manifestait dans sa pa- “ role et la grandeur de sa race, dans son regard.’

Comme Lafontaine, Laurier est entré jeune dans lé mouvement politique. Né à St Lin, le 10 Novembre 1841, au momr:nt mème où l'on ve-

vait de proclamer le gouvernement responsable, il embrassa fièrement, à sa sortie du collège de l’Assomption, les idées libérales de l’époque. Avec ja très grande majorité du parti qui avait à sa tête Sir À. A. Dorion comme ébef et le Pays pour organe, il 1énonça le changement constitutionnel de 1867. Comme l’Acte "d’ Dao de 1840, l’Acte de l'Amérique Britannique du Nord nous fut plus ou moins imposé, et comme lui, dans l'opinion des chefs de notre parti, il fut conçu dans le but de noyer l’élé- ‘ment cauadien-fr'ançais,

Quatre ministères étaiont'tomhés dans l’espace des trois dernières années du régime de l’Union et deux élections générales avaient été rendues nécessaires, sans pouvoir rétablir l'harmonie. Dans l’esprit de ses auteurs la Confédération était done absolument nécessaire comme remède on palliatif aux difficultés administratives de l’époque. Elle avait pour but, elle aussi, eomme tous les changements constitutionnels opérés dans notre histoire, de faire disparaître les préjugés religieux et nationaux. D'un côté, elle donnait satisfaction aux fanatiques du Haut-Canada qui réclamaient à grands cris depuis qu'ils avaient la majorité, la représentation basée sur là population, par l'établissement d'une Chambre Fédérale, mais d’un autre côté, elle donnait compensation au Bas-Canada et permettait aux Canadiens français, la minorité dans Ja Confédération ainsi créée, de conserver lenr antonomie, comme Catholiques et Français, par la création d’une législation locale, à laquelle était réservé le controle absolu de leurs droits civils et religieux. de HR

Il y à des gens qui ont reconnu, à l’origine, la nécessité de la Confédération, et qui, aujourd’hui,-pour des motifs qu'il sérait impolitique pentêtre d'examiner ici,se refusent à en accepter la réalité, Le temps seul peut guérir ces terreurs, cemme il a guéri celles de ceux qui, à l’origine, niaient la nécessité de la Confédération, en proclamaient l’iinpossibilité et prédisaient la proscription de la race française, dans les choses et le domaine de la politique fédérale, ne se doutant pas qu’un jour viendiait où, sous le régime de cette même Confédération, un des plus nobles représ-ntants de leurs légitimes aspirations, deviendrait Premier Ministre, dans la personne de Laurier, coïnme Lafontaine l'avait également été sous l'Union.

Tout en blâmant les clauses injnstes qui ON l'usage de la langne française comme ligue parlementaire, l'égilité de la représentation populaire, le paiement de la dette du Haut par le Bas-Canada, Lafontaine résolut de tirer néanmoins, tel que nous l’avons vu, le meilleur parti possible de l'Acte d'Union de 1840. Purtisan dévoné du gouvernement responsable, il travailla sans relâche à en assevir les principes sur des bases véritables, et à obtenir de la mère-patrie, par la modération, la prudence, la diplomatie et la conciliation, les concessions nécessaires au bon fonctionnement de la nouvalle constitution.

Lorsque l’Acte de 1867 nous fut donné, le parti libéral du Bis-Cana-

da le regardait comme injuste à l'égard des Canadiens-français.. Mais après avoir vu le peuple le sanctionner et l’approuver, Laurier fit ce que Lafontaine avait fait en 1840, et il résolut, lui aussi, d’en faire découler les avantages les plus féconds dans les véritables intérêts du pays. C'est ce qu'il proclamait lui-même, lorsqu'il proposait en français, le 27 Mars 1874. l'adresse en rèponse au discours du trône,

Il y a quelques années, disait-il, plusieurs se sont: opposés à la Con- ‘“ fédération, pa'ce qu'ils doutaient de son bon fonctionnement. Mais du ‘“ moment que ceux qui y étaient opposés ont été défaits en 1867, ils se “ sont mis de suite à travailler à la rendre possible.”

Et depuis, chaque fois qu’il en à eu l'occasion, Laurier à constamrnent exhorté ses concitoyens a s’incliner devant le fait accompli et à prendre “la constitution avec ses privilèges et ses immunités, comme Le cercle ‘assigné à nos luttes.”

Plus heureux que Lafontaine, qui fit en 1842 son premier discours en français, sous le régime de l’Uaiou, justement pour protester contre Îles clauses injustes de la constitution, qui proscrivait notre ae Laurier porvait exprimer ses pensées, dans sa langue maternelle, à la Chambre des Communes, le 27 Mars 1874, en usant d’un privilèue que la constitntion de 1867 uous à accordé, et montrer “la constitution anglaise, faisant le tour du monde, portée de capitale en capitale, sur les ailes de la libarté,”

Comme Lafontaine, Laurier fut un jour arrêté, trainé devant les tribunaux de son pays, non pour avoir dénoncé le gouvernement, mais son factotum, son commensal ! C’est le 20 Avril 1881 que parut dans l’“£lec. teur,” de Québec, un article intitulé, ‘La cavane des quarante voleurs,” et suivi, le lendemain, d’un autre : ‘L'histoire se répète.” Voyant la dette provinciale angmenter dans des pH QU alarmantes, un déficit annuel de $600,000 dans nos finances, notre crédit épuisé, et le gouvernement mis dans la triste et pénible nécessité de quémander le secours du pouvoir fédérai, au détriment de notre autonomie provinciale, Laurier jeta le cri d'alarme, dans l'intérêt publie, atin de sauver notre Province de la hante et du déshonneur que l'administration du chemin de fer du Nord attachait à son nom. Le procès eut un itnimense retentissement, Le Jury ne pouvant s'accorder, Laurier fut libre.

Les Canadiens français ont toujours trouvé dans Lafontaine, un vaillant défenseur de leurs droits, avant comme après 1837. C'est an nom des principes de la tolérance et de la liberté qu'il a constamment réclamé Justice pour ses compatriotes,

Auimé des mêmes idées généreuses et patriotiques, partageant les mêmes opinions libérales, Laurier: 86 tit, lui aussi, le champion de la cause des patriotes du Nord Ouest qui, en 1885, furent obligés, comme ceux de 1837, de lever l’étendard de ia revolte, pour l'obtention de leurs droits légitimes. En 1874, Laurier avait réclamé l’amnistie pour Riel, comime Lafontaine l'avait fait pour les exilés des troubles de 1857 38.

Lafontaine avait refusé de faire partie du cabinet Draper, parce. qu'il ae partageait pas sa politiqne et qu’il désapprouvait les opinions de certains de ses membres. Comme lui, Laurier refusa un jour, d’entrer dans le gouvernement Mackenzie, parce qu'il comptait au nombre de ses membres, certaine individualité politique dont il n'avait jamais partagé ni les opinions, ni les tendances religieuses et sociales.

La place de Laurier était : toute marquée dans le cabinet Mackenzie. Lorsque l’Hon, M. Fournier s’effaça, en 1875, la presse libérale était unanime à désigner Laurier comme son successeur, M. Cauchon lui fut préféré, parce que Mackenzie croyait obtenir ainsi le concours de l'élément que le rédacteur du ‘ Journal de Québec ” était censé représenter.

En 1876, Laurier refusa encore le portefeuille de Letellier, mais l’année suivante, M. Cauchon fut effacé et Laurier lui succéda,

La conduite de Laurier dans ces circonstances, prouve ‘la foree de caractère et l'indépendance dont Lafont:ine avait également douné l’exemple à deux ou trois reprises différentes.

Comme Lafontaine, Laurier à toujours préféré rester dans l'opposition, plutôt que de sacrifier à ses idées et à ses principes, car tous deux ‘ont toujours également regardé le ponvoir, non.pas comme une faveur, mais comme nn moyen de faire triompher les idées et les principes qui -leur étaient chers ‘ Pour moi, disait Laurier, au banquet du club National, en ‘mars 1883, je suis prêt à passer toute ma vie dans l'opposition si pour ‘ arriver au pouvoir, il nous faille faire le sacrifice de nos principes.”

Le gouvernement Mackenzie dont il fit partie, ‘signala son passage aux LÉ par. des réformes vraiment libérales. Nous lui dévons la loi électorale, passée dans le bnt de mettre ur frein à là corruption dans nos luttes politiques. Il « donné à l'électorat le scrutin secret, réclamé déjà par Papineau sous l'Union, afin de lui assurer la liberté de voter suivant sa conscience, en mettant l'électeur à l'abri des menaces, de l'intimidation ; il a trouvé et donné la solution de la difficulté manitobaine de estte poiite par utie amnistie complète accordée à toutes les personnes compromises dans les troubles du Nord-Ouest, à ne de Riel, Lépine et O’Donohue, bannis pour cinq ans des domaines de Sa Majasté ; il a adopté uue politique rationelle poar la construction du chemin de fer du Pacifique Canadien ; il a modifié là politique des gouvernemeuts :conser: vateurs relativement aux soumissions ie, les contrats publics ; il a pas. sé une loi de faillite, établi la Cour Suprême, et combattu les preipes ‘protectiunnistes outrés de nos adversaires.

Dans l'intérêt de ses compatriotes, Lafontaine fit alliance avec les réformistes du Hiut-Cunada, parce qu'il voyait en eux l:s véritables amis des Canadiens-français, et qu'il par tageait également les mêmes opinions relativement au gouvernement responsable. Draper, McNab, John Macdonald, étaient Alor les chefs du parti tory, et avaient à noire égard les

mêmes idées étroites et fanatiques que les chefs torys actuels Wallace, Foster et Haggart. | | |

Laurier a toujours considéré, comme Lafontaine, que nulle alliance n'était plus pohtique que celle des libéraux Canadiens français avec ceux des autres provinces, parce que, au milieu des questions diverses qui surgissent nécessairement dans un pays mixte comme le nôtre, ils se sont montrés constamment beaucoup plus g généreux et tolérants que les torys. Laorier d'ailleurs, en agissant ainsi, n’est que le continuateur des traditions vraimeut Hire Le 20 Septembre dernier, à Montréal, à l’onver. ture de là campagne électorale qui devait se terminer par le triomphe si éclatant de son gouvernement, Laurier défendait sa politiq ie relativement à l'envoi des contingents an Transvaal, et disait :

“ Je suis de l'école de Lafontaine. En 1841, lorsqu'on nous imposa l'U- “ nion, à ceux.qui prétendaient-qu'on ne devait pas accepter le nouveitt régime, parce qu'il avait été conçu dans une pesée d'homicide, M. Lifon- “ tainé répondit : Acceptons l’Union qui a été conçue dans une pensée ho- ‘“ micide ; nous en ferons l'instrument de notr: liberté. Notre aveuir est ‘dans l'alliance avec les réformistes du Haut-Canaila. :“ l'est de l'intérêt des réformistes des deux provinces, d3 s'unir, sur le terrain législatif, dans un esprit de paix, d'union, d'amitié et de frater- “ nité, L’ effet de cette alliance ëst d'obtenir pour nous, Uauadiens-français, “les droits.qui nous ont été enlevés par l’Acte de l'Union. Par cet acte; Ja ‘langue françäise a été proscrite. Mais, en 1849, wrâre aux efforts de Lafontaine et de Baldwin, des libéraux anglais et français, la langns ‘française a été reconnue par le parlement du Canada comme langue “of. a fiaelle, En 1849, grâce à l'alliance de Lafontaine et de Baldwin, les ‘chefs des réformateurs du Haut Canada, présentaient un bill pour inà. ‘demniser ceux dont les propriétés avaient été détruites en 1837.

Gé Messieurs, Je vois ici, devant moi des vieillards qui se rappallent peut-être du jour. terrible ou les énnemis dé la liberté constitutionnelle inceudièrent le parlement canadien. Pourquoi ? Parce qu’un gouverne: ment canadien réformiste avait passé une mesare de justice en faveur de ceux qui avaient été victimes de l'insurrection. # Au moment où le feu consumait l'édifice, un homme se. levait pour * déféndre cette mesure de justice. Etait-ce un Canadien français ? Etait- “€e Lafontaine ? Etait-ce Viger ? Non, messieurs, c'était an canadien an- ‘glais, Samuel Hugh Blaks+, père illustre d'un fils plus 1llusire encore. # Telle à été aussi ma politique, et je répète q'ie le salut du piys, an- “ jourd’hui, comme en 1847. repose dans l'alliance des libéraux anglais ‘et des hbéraux français. Messieurs, si nous voulons avoir justice, ce ‘© n’est pas assez pour nous de donner un simulacre de justice. ‘Il nous e faut être généreux et respecter les sentitnents de ceux dont nons vou: “‘Jons être respectés ; quand nos coucitoyens anglais nous demandaiett . d'envoyer des troupes au Fransvaal, j'ai cru de mon devoir d'agir comme “je l'ai fait, et je souimets ma conduite à l'appréciation de mes concitoy-

CS

«“ ens, à quelque religion ou quelque nationalité qu’ils appartiennent.’

Et lorsqu'on.sait qu’en parlant ainsi, Laurier ‘représente les pensées, les sentiments, les aspirations des intelligeuces les’ plus brillantes'et les plus distingnées qu’il y ait dans la population Canadienne-française de la confédération, n'y a-t-1l pas dans l'alliance intime qui existe ‘aujourd’hui entre tous les libéraux du Canada, partout où on les trouve, une nouvelle garantie de la stabilité des institutions de notre commune patrie 2.

‘En 1841, Lafontaine. fut battu et éloigné du pouvoir par la conduite anti. constitationnelle du gouverneur Sydenhamn, par le mensonge, la cauns le défranchissement direct et indirect de: plusieurs. divisions A

orales, et par la corruption la plus monstrüeuse, R

Comme Lafontaine, Laurier fut battu et Longtemps éloigné du pouvoir par les mêmes armes. L'histoire des menées indignes du parti tory pour conserver le pouvoir, vous est familière comme à moi, mais Lafontaine n'a pâs connu, lai, du moins, la gnerre déloyale et injuste que l’on à faite à Laurier et au parti libéral, au nom de la religion. Dieu merci ! Ces temps sont passés ! Nos amis torys peuvent en faire leur deuil, car jamais ils ne les reverront. Et si aujourd'hui, la lutte politico- religieuse que l'on péut à bon droit appeler fratricide, est enfin terminée, nos le devons aux idées hbérales prêchées Lits les Mercier, les Langelier et les Laurier.

On ne saurait nier qu'il ait Fan à Laurier un.grand courage, un cou rage. extraordinaire, pour résister à toutes les épreuves dont la politique l'a abreuvé, eu égard à la sensibilité de son âme, et à la: noblesse de son caractère, Entré dans l'arène. parlementaire, en 1871, pour. la Législature de Québec ; élu pour la Chambre des Communes, en 1874; battu en 1877, dans Drunamond: ‘et. Aithabaska, comme ministre du gouvernement Mackenzie ; battu avec Blake, en 1886, comme chef libéral ‘de la. Province de, Qaébee - battu en 1891, comme chef libéral de la Confédération, Laurier ne s’est jamais découragé, et jusqu'à son triomphe, définitif, il a persévéré, droit.et ferme, sans, peur et saus reproche, dans le droit chemin qu A. s'était tracé dès: ses premières années. Ni les outrages, ni les insultés d’une presse adverse, ni les pérsécations, ni les calomnies de, tout genre dont il a. été ous , n'ont pu, un seul instant, le faire dévier de son Bip out. S | ; RUE

- Animés, sans doute; par les principes de la charité: chrétienne dont ils se tarsuent d'être les seuls défenseurs, ses atlversaires ont été nn jour as. sez maihonhêtes, conime er 1877, pour lancer contré luile er qu'il était ‘MINISTRE PROTESTANT ”. “Dürätt la campagne électorale de 1896, à ma Contaissance be les bonnes et saintes âmes torys se voilaient Ja tigure en disant insolemment de Laurier qu'ils n'étaient pas surpris de l'avoir vi tuer le fameux bill remédiateur, parie que c'était un catholique de nom seulement : ‘“IL NE FAISAIT RAS MÊME BAPTISER SES EN-

FANTS ! ”

2 4 Se

Rien de tout cela, cependant, n’a pu le faire dévier de son chemin. Il s’est contenté de rester sur le terrain politique, ‘assez grand, d’ailleurs, pour y. développer sa vaste intelligence. |

Laurier n’a jamais songé à limiter les droits politiques de qui que ce soit, Cette. idée est trop anti-libérale pour qu'il y ait jamais songé. Mais ce que Laurier a le droit de blâmer à son égard, ce sont les ‘exagérations de langage, ce sont ces diatribes furibondes, ces calomnies :mensongères contre un homme comme lui, qui n'a jamais connu dans la vie privée, que son dévouement à la religion et à sa famille, et dans la vie publique,

-que:son dévouement à son pays. ‘‘ Que le jour se fasse sur n'importe laquelle de ses actions, il n’aura jamais à en rougir.” Ainsi parlait Tennyson, de l'illustre duc de Wellington, mais on peut en dire antant de ‘Laurier.

La différence entre la conduite de Laurier, éomme chef du parti libé- ‘ral, et celle des chéfs torys canadiens-français, est qu'il n’a jamais fait et, voulu faire l’étalage d’ane dévotion d'emprunt pour tromper les autorités religieuses, afin d’ obtenir, au béuefñce de son parti et de ses amis, une in- ‘flience aussi respectable, Ce n'est pas au nom d’une religiou que person ne n'attaque, et que Laurier respecte et pratique comme ses adversaires, qu il fait la lutte. Non, c'est au nom d’une politique nationale et pattiotique, définie par la convention du parti libéral, à Ottawa, en 1893, et mise à exécution depuis son arrivée au pouvoir.

‘Tlisse crier les hypocrites et les tartuffes, et il continue à respecter ‘la-religion de ses pères, à la pratiquer sans ostentation, mais comme un ‘bon ‘citoyen, tout'en défendant ce qu’il croit être les vrais intérêts de sun

pays. Ce n'est pas lui qui dénoncerait les torys canadiens-français, comime des impies, des athées, des suppots de l'enfer ; :c8 n'est pas lui qui

“prêcherait que les hibéraux seuis peuvent tranquiliser les consciences des ‘âmes timorées et leur assurer leur bouhaur éternel par l'adoption de ses idées politiques. Il ne vise pas plus que le Journal au renversement dn ‘trône et de l'autel. S'il est, avec raison, au point de vue économique, en ‘faveur de relations commerciales plus étendues, et s’il désire, comme La- ‘fontaine, la réciprocité avec les Etats-Unis, il n’en est pas moius contre ‘l'annexion du Canada à la grande République Américaine. Ilest avant ‘tout, pour le moment, en attendant l'heure opportune de notre indépendance, en faveur du maintien de nos institutions politiques actuelles qu'il cherche à perfectionuer. Vivant sous, la constitution anglaise, 1l profite ‘de la liberté qu’elle nous offre, pour assurer, dans l’administration de la chose publique, les réformes qu’il croit être en rapport avec.notre état social. Il a répété À satiété, cent fois peut-être, qu'il n'était pas un niveleur français ; qu'il était un homme politique anglais. Il appartient par tradition et par conviction à l'école libérale qui a marché sur les brisées des Lafontaine et des Baldwin, des Dorion et des Holton. . Il est comme son. prédécesseur, Blake, progressiste et novateur. sous la constitution anglaise, 0

Lee

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