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“Je serai autorisé à appeler Morin aux affaires. O’est “ presque un rêve ; cependant, en toute probabilité, il sera “ réalisé avant 24 heures. Le père Denis-B. Viger en pleure “presque de joie. Je passe pour modéré ; et, en fait de “ négociations diplomatiques, on croit que je surpasserai “Talleyrand, même Metternich, ”
Hélas ! l'envers de la gloire et du bonheur cache souvent de grandes tristesses ou d’amers désappointements ! Le pays venait à peine d’entrer dans le fonctionnement normal de ses nouvelles institutions, au milieu de la satisfaction générale, qui s’étendait aux régions naguère si hostiles aux Canadiens, qu’une nouvelle affligeante voila de tristesse l’âme nationale. Le gouverneur souffrait d’une recrudescence de la cruelle maladie dont «la tension d'esprit à laquelle il avait été soumis depuis six mois, avait favorisé les progrès. La science laissait espérer la guérison ; mais avec cette acuité de vision que donnent parfois les approches de la mort, il se sentit atteint dans le plus profond de son être. Pendant que couché sur son lit de douleur, il percevait les dernières résistances de ses forces à la maladie et éprouvait combien “ longues sont les nuits à la douleur qui veille ”, il lui vint de Londres une lettre qui le souleva un instant au-dessus de sa triste situation, pour lui faire oublier le sentiment cruel de la réalité. Ses efforts dirigés vers la solution de questions déprimantes pour son énergie, s'étaient aussi déployés sans l'agrément positif des ministres anglais, dans le vague de leurs instructions imprécises. Quelle impression sa brusque sortie des traditions avait-elle produite outre-mer ? Mystère qui dura plus de trois mois ! Les lettres du bureau colonial s’enveloppaient de trop de réticences pour que l’on pût y lire une appro-
au ministre des colonies, “ I] m'est impossible de vous exprimer ma satisfaction, la moitié du plaisir que je re:sens et ma reconnaissance depuis la réception de votre lettre üu 23 février. Chaque ligne contient un baume guérisscur, et si le contentement que j'ai tiré de votre lettre et de: « lle que j'ai reçues en même temps d'Angleterre m'a privé da repos la nuit dernière, je leur pardonne de grand cour à raison du bien qu’elle m’ont fait à l’Ame. ”
Sur son lit de mort, Bagot manda LaFontaine. L'entretien de ces deux hommes, à une heure aussi solennelle, otre une scène attendrissante : elle met en présence deux coliuborateurs dans une œuvre de justice, tandis que l’us recueille les fruits du labeur commun et reste debout sur la brèche conquise, l’autre mortellement frappé expire dans un dernier adieu. Une lettre intime de LaFontaine traduit en quelques phrases très simples, où l'émotion vibre trop peu, la pénible impression de la séparation imminente que l’un et l’autre entrevoient.
“Avant-hier, écrit-il de Kingston, à la fin de février 1843, sir Charles Bagot m’a fait demander. J’ai passé une heure et demie avec lui. Je ne l’ai jamais vu tant par. ler. Il m’a presque fait pleurer. Je l’ai encore vu hier avec Morin, Aylwin et Parent. Il a toujours le mot pour rire. I1 m’a parlé de la mort avec beaucoup de sang-froid. Il ne s’attend pas à voir la fin de l’année 1843. Il m’a dit que s’il plaisait à la mort de l’enlever subitement, il me priait d’assurer les Canadiens qu’il mourrait content d’emporter avec lui leur confiance et leur estime; sir Charles Bagot a ajouté
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que le soi-disant parti extrême pouvait lui dire autant d’injures qu’il lui plaisait, car il avait la conscience d’avoir fait son devoir. Le gouverneur, qui oubliait sa pénible situation pour penser aux autres, m’a confié qu’il se rendait compte que sa maladie était un contretemps pour moi; mais que c'était peut-être un mal pour un bien, comme il avait lieu de le croire d’après les lettres reçues d’Angleterre. ” = Quelles pages émouvantes que l’histoire de Bagot au Canada ! Dans un peu plus d’une année se déroule l’œuvre réparatrice, qui semble se précipiter vers son terme avec d’autant plus de rapidité que les heures du libérateur sont comptées. Il brise la longue chaîne que le pays traîne depuis cinquante ans. Lorsque le ridean descend sur un dénouement heureux, lorsque l’on souhaiterait voir le héros jouir du triomphe, il tombe abattu sous les lauriers de sa conquête définitive. Il y a là, ce semble, les éléments d’un drame shakespearien. Si les hommes ne s’apprécient dans l’histoire qu’en raison des services rendus à l’humanité, la grande figure de Bagot mérite une page enluminée au livre d’or des hommes illustres. Sa mort, on peut le dire, malgré la banalité de l’expression, fut un deuil national. De toutes parts, dans le Bas-Canada, pendant sa maladie, des prières montaient au Ciel pour obtenir sa guérison. Lorsqu’il disparut, ce malheur provoqua des regrets universels et des éloges attristés. Ce concert de louanges teintées de mélancolie, murmurées pieusement autour de sa tombe, forme le plus bel hommage qui puisse honorer la mémoire d’un homme d'Etat, C'était l’hommage d’un peuple reconnaissant, mis en possession de ses droits. Le poète l’a dit :
“Ah ! toute nation bénit qui la délie ! ”