‹ Lafontaine et son temps [microforme]Chapitre 12 sur 24 · ER — 84 FAIBLESSE · texte numérisé non relu

ER — 84 FAIBLESSE

À Après le Massacre de la Saint- Médicis avertit Charles IX 4’ nir un retour offensif de l’e tout de tailler ; il faut mai

Metcalfe, ayant rendu inévitable la démissio aistres, avait lui aussi à recoudre ; ce n

cile. Le ministère s'était retiré en cons de la Chambre et 1

Barthélemy, Catherine de aviser aux moyens de prévennemi et lui dit : « Ce n’est pas ntenant recoudre, ”

n de ses mi. ’était pas chose fa-

Dans les conflits de cette nature, l’on sait de quel côté incline le sentiment populaire. Tous les libéraux des deux provinces acclamèrent LaFontaine et ses amis, tandis que Metcalfe ne se sentit soutenu que par les tories, à qui son attitude redonnait l’espoir de ressaisir un jour l’ascendant perdu.

L’ambiguité de sa position ne tarda pas du reste à paraître évidente. Durant neuf mois, il fut réduit à n’administrer le pays qu’avec un seul ministre, Denis-Benjamin Viger. Repoussé des siens presque à l’unanimité des voix, ce dernier ne représentait dans le ministère que les visées de l’absolutisme gouvernemental. !

Personne n’avait prévu que .Metcalfe rencontrerait un seul Canadien disposé à approuver son coup d'Etat. Aussi, quelles ne furent pas la surprise et l’indignation, lorsque ses amis virent M. Viger défendre d’abord au Parlement la conduite du gouverneur et accepter ensuite de faire partie de son administration ! Etait-ce bien l’ancien lieutenant de Papineau qui, à la fin de sa carrière, consentait ainsi à renier tout un passé de gloire et de dévouement à la cause nationale ?

Les motifs les plus honorables l’avaient sans doute appelé sous le drapeau de Metcalfe ; mais le peuple, qui ne

éprouvons en conséquence de la retraite de certains membres de l’administration provinciale, sur la question du droit qu’ils réclament d’être consultés relativement aux nominations aux emplois que nous déclarons sans hésiter appartenir à la prérogative de la couronne; et pour assurer Votre Excellence que la défense de ce principe leur donne droit à notre confiance en ce qu’elle est strictement conforme aux principes émis dans lec résolutions qui ont été adoptées par cette Chambre, le 3 septembre 1841... Fe

1 D. B. Viger fut appelé à recueillir la succession de LaFontaine, le 12 décembre 1843. Draper ne vint le rejoindre que le ler septembre 1844.

goûte pas les situations qui ont besoin d’être expliquées, refusa de rien entendre. Le malheur voulut que Viger se défendit fort mal, après avoir attaqué à la tribune LaFontaine par des arguments d’une extrême faiblesse, Omettant le fond même de la question, il reprocha à ce dernier d’avoir failli aux usages parlementaires, en saisissant la Chambre des causes de sa retraite, sans avoir obtenu au préalable l'agrément signé du gouvernevr. C'était recourir à un subterfuge vraiment puéril. Pris à partie à son tour, après la session, il ne sut invoquer aucune raison sérieuse, de nature à placer sa volte-face Sous un jour favorable. La discussion s’envenimant de jour en jour, on en vint aux gros mots à l’adresse de cet homme honorable, coupable, il est vrai, d’un 4cart de jugement, mais dont on ne pouvait mettre en doute les intentions patriotiques, Aussi, aux accusations de trahi- S0n, 8a fierté, appuyée sur un passé sans tache, eut raison de répondre : “ L’hcinme capable d’être resté dix-neuf mois derrière les VéTTOUS, pour ne pas souscrire à des conditions qui n’étaient pas d’accord avec l'honneur de son pays, ni reconnaître un principe dangereux pour les droits comme pour les libertés de ses concitoyens, n’a pas souilié ses cheveux blancs par des démarches contraires à ses devoirs, ” Viger a-t-il donné, au moment de la crise, les raisons vraies de son entrée dans le cabinet Metcalfe? I1 est permis d’en douter un peu. Ce sont des motifs d'opportunité, alors difficiles à rendre notoires, qui l’auront déterminé à se sé. parer de ses amis politiques pour le rapprocher du gouverneur. L’élimination des Canadiens-Français du Conseil exécutif n’aurait-elle pas donné à la lutte — ce qu’il importait d'éviter — les apparences d’un conflit national ? Tant qu’il n’y avait que dissidence dans la manière d'interpréter la

constitution, entre le gouverneur et ses ministres, la route devenait plus accessible à l’entente réciproque. LaFontaine sans doute semblait rompre avec le passé, en devenant le ministre de Bagot. Pourquoi Viger tombait-il sous l’ostracisme en collaborant à l’œuvre de Metcalfe ? Celui-ci dut l’assurer en secret, comme il le fit plus tard publiquement, qu’il n’entendait pas enrayer le fonctionnement du gouvernement parlementaire.

Loin de nous la nensée de faire l’apologie de Viger, si sévèrement jugé par ses contemporains ; mais il nous semble que la conduite de ce patriote sincère mérite les interprétations les plus favorables à sa mémoire. Touchant au déclin de la carrière — il avait alors soixante-dix ans — on ne pouvait le soupconner d’ambition à un âge où l'intérêt personnel cesse d’avoir prise sur l’homme. En politique, l’on paraît toujours déloyal en se séparant de ses amis, mais l’irrésistible logique des événements prime souvent les considérations de parti.

Après neuf mois de négociations avec les chefs des diffé rents groupes politiques, le gouverneur réussit à constituer son Conseil. MM. Viger, Papineau, Smith et Daly représentaient le Bas-Canada ; MM. Draper, Robinson, Sherwood et Morris, la province de l'Ouest. La présence de D.-B. Papineau à côté de Viger pourrait, pensait-on, fortifier la position de ce dernier ; on ne voudrait pas croire que le frère de l’ancien chef des Canadiens, défenseur des droits du peuple, se rendrait solidaire d’une situation contraire à l’intérêt des Canadiens.

Le cabinet constitué (1844), Metcalfe fit un appel au peuple. A l'instar de Sydenham, il se jeta dans la bataille et exerça, pour se procurer une majorité, toute la puissance

du patronage et de la pression officielle. Les deux partis sortirent de la lutte Presque à forces égales.

La défaite de Metcalfe eût été écrasante s’il se fut tenu en dehors de la bataille, car l'opinion, sauf dans les rangs de la faction tory de Montréal, entrait à pleines voiles dans le courant des idées libérales. De tous côtés, on réclamait la responsabilité ministérielle et la fin du régime personnel du gouverneur. Celui-ci fut bien surpris de recevoir un jour le manifeste d’un certain nombre d’électeurs du Haut-Canada, antagonistes de ses principes. A leur audace, il opposa avec son ordinaire franchise brutale une nouvelle déclaration de ses principes, déjà trop bien connus.

Que la retraite des ministres ait pris Metcalfe par surprise, il n’y a pas lieu d’en douter: il s’attendait plus à les voir fléchir sous ses volontés qu’à se démettre. Aussi la crise éclatant, quelle irritation ! Il ne peut la dissimuler dans sa lettre aux électeurs de York, mécontents de la retraite de LaFontaine c+ Baldwin. I] manque à cet exposé de doctrine le ton élevé, qualité indispensable de toute parole d’un vice-roi ; C’est bien plutôt le verbe agressif d’un violent chef de parti, faisant un appel passionné à ses adhé. rents :

“ Pour ce qui est de mon opinion, disait-il, relativement au gouvernement responsable, je ne sais pas jusqu’à quel point je dois vous la développer sans connaître d’une manière plus précise ce que vous voulez dire. Si vous enten-

dez que le gouverneur ne doive pas faire usage de son jugement dans l’administration des affaires, mais se contenter de servir d’instrument au Conseil, alors je suis d’un avis diamétralement opposé au vôtre. C’est une condition à laquelle je ne me soumettrai jamais, et que le gouvernement

ne peut sanctionner. 8i vous entendez que chaque parole, chaque action du gouverneur doive subir l’examen du Conseil, cela est tout à fait contraire à l’expédition des affaires. Si vous entendez que les emplois soient la récompense de l'intrigue, de l’esprit de parti et non du vrai mérite, encore une fois je ne suis pas de votre avis. Un tel abandon des prérogatives de la couronne est, à mon sens, incompatible avec l’existence d’une colonie anglaise. ”

Ces visées agressives, surtout les dernières, s’adressaient directement aux ministres démissionnaires. Puis, comme sil eut craint que le ton de sa réponse ne fut trop violent, il le modère dans la dernière partie qu’il rend presque acceptable à ses adversaires.

“Si vous entendez, dit-il, que le Gouvernement devrait être administré d’accord avec les vœux bien entendus et les intérêts du peuple ; qu’on devrait adhérer fidèlement aux résolutions passées en septembre 1841 ; que le Conseil devrait pouvoir offrir son avis en toutes circonstances, soit qu’il s'agisse de patronage ou d’autres choses, et que le gouverneur devrait le recevoir avec l’attention due à ses conseillers constitutionnels, et les consulter dans tous les cas d’une importance suffisante ; qu’il devrait y avoir une sympathie et une coopération cordiales entre lui et eux ; que le Conseil devrait être responsable au Parlement provincial et au peuple et que, lorsque les actes du gouverneur sont tels que les conseillers ne veulent pas en être responsables, ils devraient être libres de résigner ; alors je suis parfaitement d’accord avec vous, et je ne vois aucun obstacle au fonctionnement du gouvernement responsable, pourvu que les parties respectives soient guidées par la modération, le sens commun, des vues honnêtes et des dispositions équitables et exemptes d’esprit de parti. ”

Dans une autre conjoncture, sir Charles core dans le même sens :

exprima en:- “Nul gouverneur

de mon ambition. ”

Les élections de 1844 ouvrirent, pour la Première fois, la porte du Parlement à Plusieurs jeunes députés appelés à faire plus tard Jeur Marque dans le domaine politique : c’étaient entre autres, John A. Macdonald, de Kingston, alors ultra-tory, Cauchon, Chauveau, tous trois futurs ministres. Ces deux derniers, élus sous les auspices de La- Fontaine, intimes amis au début, égaux par le talent, mais ‘bien différents de Caractère, se placent au premier rang des hommes d'Etat de Ja génération de 1844. Fait remarquable,

ils s’acquirent l’un et l’autre un renom dans les lettres et dans la politique.

De 1842 à 1874, Cauchon tint la Québec. Aucun publiciste canadien n° plus étendue ; elle devint une autori Brown monta à l’ass

C'était un polé.

adversaireg dont

il repoussait souvent avec brutalité les sorties d’ailleurs très vives à son adresse, mais aussi jouteur admirablement armé. Il avait tout lu, tout retenu ; histoire, droit constitutivnnel, économie politique. Le Journal de Québec, son organe, périt lorsque Cauchon cessa de l’alimenter. L’ancienne Assemblée législative, le Sénat, les Commune: le virent tour à tour à l'œuvre. Il ne fut pas loin d’être le premier parlementarian de son temps et pouvait marcher de front avec Macdonald, Cartier, Brown et Holton.

Tout autre fut Chauveau. Il y a des hommes qui, en s’élevant des rangs inférieurs de la société, perdent au cours de leur ascension une partie de leur rudesse native. Cauchon ne perdit jamais la sienne: Par un vivant contraste avec les manières de son ami, celles de Chauveau paraissaient empruntées au dix-huitième siècle. L’élégance de son style se répandait, semblait.il, sur toute sa personne. Si Cauchon & sontrait écrivain, inspiré des romantiques, son rival laissait voir un homme nourri de “la substantifique moelle ” des œuvres du grand siècle, coulant sa pensée dans le pur moule classique. Ses œuvres lui ont sur- * vécu ; la péroraison de son discours, à l'inauguration du monument de Sainte-Foy, élevé au souvenir des braves qui succombèrent sur les plaines d'Abraham, mériterait de figurer dans l’anthologie des grands orateurs et vivra aussi longtemps que la langue française au Canada. Le goût pour l’étude, et peut-être aussi le manque de fortune l’éloignèrent de la politique. Il eut l’honneur, en formant la première administration de la province de Québec, en 1867, d’inaugurer le régime de la Confédération.

Etienne-Pascal Taché, de Saint-Thomas de Montmagny, membre du Parlement de 1841 et réélu aux dernières élec-

fut l’un des

ordres de Papineau. Après

de LaFontaine, réconcilié

Comme celui-ci au nouvel état de choses et Epprenant, sans s’en douter, le métier de premier ministre,

Voilà quelques-uns des hommes de valeur que les der. nières élections avaient groupé autour de LaFontaine. Cette poussée vigoureuse, cette infusion de sang jeune et généreux dans la députation française, venait à son heure, Pour seconder la grande entreprise de reconquérir les li. bertés en danger.

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