CHAPITRE IX
DRAPER VEUT ÉLOIGNER LAFONTAINB DE L’ ÉCHANGE DE VUES ENTRE CEs DEUX x
ARÈNE OMMKXS
Peu de temps avant le départ de Met de la combinaison ministérielle, le chef ostensible,
l’histoire
me constitutionnel au Canada,
diaire à Draper auprès de LaFontaine. Notre province faisait si mauvaise figure dans les régions officielles que tous les esprits sérieux en étaient affligés ; deux ministres seulement nous y représentaient nominalement, car Viger et Papineau n’avaient aucune prise sur l'opinion, ni aucun ascendant sur les députés, tous groupés autour de LaFontaine. Toute l'influence française se trouvait concentrée du côté de l’opposition dans le groupe le plus uni et le plus fort de la députation. Cette anomalie frappait même Draper qui prévoyait bien que les rênes du pouvoir lui glisseraient des mains si la situation existante devait se prolonger.
Dans une première lettre à LaFontaine, M. Caron, parlant au nom de M. Draper, déplorait l’absence aux affaires d’une représentation adéquate du Bas-Canada, et se montrait disposé à la compléter. Aussi bien offrait-il de remplacer Viger et Papineau par deux autres Canadiens: Morin et Taschereau ; le premier comme président du Conseil, et l’autre, comme solliciteur-général, sans siège au Conseil exécutif. — “ Quant à LaFontaine, il ne pouvait être question de son entrée dans le Cabinet, disait Draper, vu l’antipathie que Metcalfe nourrissait à son endroit, mais rien n’empêcherait le gouvernement @e reconnaître ses services”. On faisait miroiter à ses yeux les séductions que pouvait présenter à un homme très pauvre la toge de juge en chef. Il ressortait du récit de M. Caron que, de l’aveu même de M. Draper, le Bas-Canada se trouvait depuis deux ans sous le coup d’une injustice sans égale, tandis que le Haut-Canada jouissait de ses droits dans toute leur ampleur. Les lois du Parlement du reste attestaient cette supériorité : législation favorable à tous les intérêts de la province de l’Ouest ;
DRAPER vVEur ÊLOIGNER LAFONTAINE énormes créd des modiques A la lecture bien baturelle s
its ACCordés à ses
ra ende la Province voi.
a lettre de LaF
tent d’elles-m détail.
distinction entre les deux sections de la province? N'y a-t-il pas dans ce fait-là seul une pensée d’injustice, d’oppression même ?
“ La voie qu’a prise M. Draper pour obtenir le résultat qu’il désire, me paraît être inconstitutionnelle. Personne n’est responsable de la démarche par suite de laquelle vous m'écrivez. Vous n'êtes pas chargé de réorganiser soit en tout, soit même en partie, l’administration dont il est membre, Vous n’assumez aucune responsabilité. C'est ce qui, au premier abord, m’a fait hésiter à vous faire part de mes opinions. S'il en eût été autrement, vous auriez eu le droit d’exiger d’un ami qu’il vous donnât son avis sur ce que vous auriez eu à faire, et en pareil cas, je me serais fait un devoir de répondre à votre appel, sans omettre aucune partie de vos demandes et san° crainte de compromettre qui que ce soit,
“Si donc, aujourd’hui, je réponds sur quelques points, vous devez croire que je ne le fais pas sans quelque hésitation. ”
Après avoir démoli la première partie des propositions de Draper, LaFontaine s'attaque à une question incidente qui a bien son importance. S’aidant de l’histoire d’un passé récent, il s’élève contre le danger de faire entrer les Cunadiens-Français dans le Cabinet en raison de leur nationalité seulement. C’est par une autre porte qu’ils doivent avoir accès au Conseil, c’est-à-dire en s’appuyant sur les droits que leur confère la constitution et non sur la faveur du gouverneur. C’est la partie la plus mouvementée de la lettre.
“ Ce que l’on propose, dit-il, est une répudiation du principe de la responsabilité, en tant qu’il s’agit de son application au Bas-Canada. Puisque M. Draper admet que la sec-
DRAPER VEur ÉLOIGNER LAFONTAINE tion bas-can
+ De ce moment, l'apprend, ils sont sans influence, ‘ls ne sont plus des agents
entre leg Mains
+... Un peu Plus de divis tous ses malheüreux attendre d’
diens-Français, dans le C
vous ne pourriez pas vous mépreudre. C’est qu’en fait d’administration, le Bas-Canada doit avoir ce qui est accordé au Haut-Canada ; rien de plus, mais aussi rien de moins. Voilà l'expression sincère de mes vues. Si je me trompe, l'erreur est la mienne. Je le regretterai sans doute, mais advienne que pourra, je désire avant tout rester en paix avec mes convictions qui sont ma conscience. ”
Au cours des propositions Draper, il avait été question de M. LaFontaine et de ce qu’il pourrait attendre, au point de .ue personnel, de la réussite du plan Draper. Sa fierté dut être plus froissée qu’il ne le laissa paraître de cet appel indirect à l'intérêt ; il ne pouvait ignorer ce manque de tact, aussi il faut admirer avec quelle dignité il le relève.
&« Je l’ai souvent dit et je le répèterai encore, c’est qu’aucune considération qui me soit personnelle ne doit empêcher mes amis politiques de former partie d’une administration qui, pour le Bas-Canada, serait organisée d’après les principes constitutionnels qui doivent diriger notre conduite. Je ne servirai jamais d’instrument pour diviser mes compatriotes. Si l’on forme une administration qui mérite ma confiance, je la soutiendrai de bon cœur. Si cette administration n’a pas ma confiance, mais possède celle de la majorité de mes compatriotes, ne pouvant la soutenir, je me retirerai volontiers de la représentation plutôt que de jeter la division dans nos rangs. Si, sous le système d’accepter des places à tout prix, il est des personnes qui, pour un avantage personnel et momentané, ne craignent pas de détruire le seul bien qui fait notre force, l’union entre nous, je ne veux pas être et je ne serai jamais de ce nombre. "
LaFontaine sortit de la discussion, engagée à la tribune, sur le fond de la correspondance, grandi et nimbé d’un nou-
veau prestige. C’est en vain que Draper et ses voulant faire dévier l'attention de 1’
partisans, s affaire elle-même, atta-
Pas, lui, de présenter, 44 sages de la correspondance Pour incriminer son adversaire F et se décerner le beau rôle. Il n’y eut qu’une voix, dans le . parti libéral, pour applaudir à l’habileté, à la droiture, à la
“Vous verrez, disait M. Cauchon, du Journal de Québec, en parlant de la Correspondance, vous verrez qu’elle fait
vous admirerez un chefd'œuvre dans la lettre de M. LaFontaine, vous ÿ reconnai-
trez la pensée d’un homme d’Etat et d’un grand citoyen. C’est une belle attitude que celle prise par lui dans cette circonstance, et c'était la seule digne, la seule qui convînt È à un homme entouré de la confiance publique... ” F.
Il ne faut pas être grand clerc pour deviner le dessein de Draper en cette affaire ; se débarrasser de LaFontaine, semer la division dans les rangs des Canadiens et, à la faveur de la désunion, rallier une fraction des nôtres à Son gou- ÿ e le découragea pas ; F quelques mois plus tard, laissant de côté LaFontaine, il k
aron dans le Cabinet il
le Conseil exécutif s'était faite avec l’
agrément de lord Cathcart, le successeur de Metcalfe. Ce
&ouverneur, militaire
avant tout, qui se désintéressait de toutes les questions administratives, avait concédé plein pouvoir à Draper qui devint ainsi ministre constitutionnel et responsable à la Chambre seulement. Cette liberté d’action ne lui apporta pas de force ; malgré ses efforts désespérés, il ne put reconstituer le ministère et prit le parti de se retirer de la politique pour entrer plus tard dans la magistrature. Arès sa démission, Daly et Sherwood tentèrent un replâtrage ministériel. Le cabinet sortit de l’opration moins acceptable encore pour le Bas-Canada: sur neuf ministres, on ne vit pendant plusieurs mois qu’un seul Canadien, D.-B. Papineau. Avec un gouvernement dépouillé de prestige, s’il en eût jamais, et dépourvu de toute influence, la crise touchait à son terme: le ministère Daly-Sherwood agonisait comme un moribond que la mort guette au premier tournant de la voie.
CTAPITRE X
LE RÊTABLISSEMENT DE L'ORDRE — RETOUR DE LAFONTAINR ET BALDWIN AU POUVOIR.
€Xpédients Pour confier ses destinées à un ministère fort, résolu de 8Ouverner dans l'esprit de la Constitution.
) idément, il était temps que les affaires Publiques re. Prissent leur marche normale, La crise dont On souffrait durait depuis 1844. C'était Surtout le Bas-Canada qui avait
payé les frais des tristes manœuvres de lord Metcalfe : législation toujours favorable à la province de l’Ouest ; application des recettes provenant des biens des jésuites contrairement à leur destination ; crédits énormes affectés aux travaux publics du Haut-Canada ; crédits insignifiants pour les nôtres, comme si la devise du gouvernement eut été : “Tout à nos amis et rien au Bas-Canada ”. Avec lord Elgin on s’achemine rapidement vers le jour de la justice et de la réparation. Arrivé au Canada à la fin de janvier 1847, il se trouvait un an plus tard entouré de nouveaux conseillers. ! Son rôle dans l'intervalle se borna à assister à la lente agonie du ministère DalySherwood, qui parut devant les Chambres le 2 juin avec quelques ministres nouveaux et la même faiblesse ; ces élus de la dernière heure étaient MM. F.-P. Bruneau et Joseph-Edouard Turcotte, un nom retentissant dans les annales de l’éloquence canadienne; ce jeune député qui avait consenti, après la démission de M. Viger, à s’adjoindre à M. Papineau pour représenter les Canadiens, ne put se faire élire aux Trois-Rivières où sa popularité devait plus tard l’appeler à régner en maître.
Le nouveau gouverneur comptait parmi les plus hautes personnalités de son temps en Angleterre. Curieuse coïncidence, ‘! ‘tait le geudre de lord Durham qui, le premier, avait proposé d’appliquer aux colonies les institutions représentatives comme on les entendait en Angleterre, et il lui fut donné de les établir définitivement chez nous, mais avec un esprit large qui corrigeait les mauvaises dispositions de Durham à notre égard.
A la première rencontre des deux partis, lors de l’ouver-
1 M. Viger s'était retiré du ninistère le 17 juin 1846.
sultat. Le go la vie, Piétinai
affaires Publiques.
tout Mménagement lorsque, s’a
diens-français, il leur décoche “Vous avez, dit-il, sacrifié 1
Plois : vous n’avez 6
de vos collègues
bientôt la récompense. L
Conseil, l’autre le sera bie
Comment Pouvons-
tion actuelle... Vous avez dégoûté votre chef, l’honorable M. Draper, il se retire avec une place de juge ; cependant vous voulez l’abreuver d’amertume jusqu’à la fin. Vous le forcez lorsqu'il a résigné son siège, lorsque vous l'avez fait juge, à venir encore vous donner un vote politique dans cette Chambre. ”
A son arrivée au Canada, lord Elgin avait clairement indiqué la ligne de conduite qu’il entendait suivre. Ses idées ne ressemblaient en rien à cel. :s de Sydenham et de Metcalfe. “Je. me guiderai, avait-il dit, à Montréal, dans l’exercice de mes fonctions d’après ces grands principes qui scut familiers aux hommes politiques de la Grande-Bretagne. Tous mes soins et tous mes efforts tendront à la réalisation de ces espérances. Je suis convaincu que je ne pourrai mieux maintenir les prérogatives de la couronne et mettre plus efficacement à effet les instructions dont m’a honoré Sa Majesté, qu’en montrant de justes égards pour les désirs et les sentiments du peuple et qu’en recherchant les conseils et l’aide de ceux qui jouissent de sa confiance. ” C'était là un langage plein de promesses, correspondant de tous points aux vœux de LaFontaine et de son ami Baldwin. Il était donc permis au pays d’entrevoir la fin de la crise et du règne d’un pouvoir sans force pour le bien. Lord Elgin ne fit que se rendre au désir à peu près général lorsqu’il se décida de dissoudre les Chambres au mois de décembre 1847. Comme le Parlement n’était pas arrivé au terme de son existence, le gouverneur avait pris soin de faire autoriser son intervention dans le cours régulier des choses, par le gouvernement anglais, bien que le droit du souverain de faire un appel au peuple ne fut pas alors mis en question comme aujourd’hui.
Ne pouvait-il pas, d’ailleurs, invoquer pour ge justifier,
re qui ne se Maintenait au Pouvoir qu'avec deux voix de ma
jorité seulement, avait
Perdu la confiance de la Chambre ?
Au reste, l’appel au peu ligne dans les deux provi
en 1848, le ministère Sherur la question de l'élection
après, LaFontaine, appelé Par lord Elgin à Constituer un autre cabinet, se présen-
tait de nouveru devant le Peuple ; il était entouré de collègues choisis Parmi les hommes les plus distingués de la députation, et avec le Prestige d’être sorti d’une longue crise politique Sans avoir fléchi un seul moment sur les questions de principes.
On ne saurait trop louer la Persévérance, la force de caractère, la loyauté qui caractérisent chaque étape de la vie publique de LaFontaine, durant cette période historique si mouvementée (1838-1848), Les intérêts Publics le convièrent à la défcase de la cause nationale devant quatre Souverneurs. Lord Sydenham comme sir lord Metcalfe comme lord Elgin, l’homme attaché à des
l'événement, eurent raison de se montrer glorieux du triomphe de leur noble chef.
Sans nulle exagération, l’on peut dire que, au point de vue économique, la situation du Canada laissait grandement à désirer, à l’époque du retour de LaFontaine au pouvoir. Le pays se trouvait en face de la banqueroute. Un des plus sensibles effets des troubles politiques, c’est de nuire aux affaires et de paralyser l'énergie nationale ; les pouvoirs publics, absorbés par des discussions doctrinales, se font échec mutuellement. Avant l'Union, l'instruction publique, la colonisation, l’agriculture, l’industrie, tout était immolé aux intrigues des partis au sein du Conseil et de l’Assemblée. $i celle-ci élaborait une loi d'intérêt général, la Chambre haute y opposait son veto et la fortune nationale autant que l'instruction publique demeuraient stationnaires. Les discussions acrimonieuses suscitées par Sydenham et Metcalfe vinrent prolonger cette stagnation générale des intérêts matériels,
L'œuvre de régénération + de progrès se dressait donc immense devant la forte y . cé de LaFontaine. Si le courage du lutteur infatigable avait égalé l’imminence des périls de la patrie aux heures critiques, le sentiment des responsabilités nouvelles l’arma de la même énergie en présence des réformes urgentes. Son administration fut des plus fécondes en mesures bienfaisantes dont notre pre vince garde encore l’heureuse empreinte, Nous lui devons notre système d’enregistrement des hypotkèques, supérieur aux systèmes adoptés en Europe, auxquels il avait emprunté leurs meilleurs traits. Le Conseil spécial avait imposé au Bas-Canada des institutions municipales injustes et impraticables, sous le prétexte de rendre service; c'était
un bienfait à rebours. La première loi sur la matière attribuait au Bouverneur le droit de choisir tous les officiers Municipaux, dans le dessein d'étendre le bras du pouvoir
jüsqu’au dernier établissem
C’est à la session de 1849 — celle de 1848 ne servit que de transition entre le régime Sherwood-Daly et le retour de LaFontaine au Pouvoir — que le ministre entreprit résolument d'imprimer aux affaires une direction nouvelle, Son œuvre de réformes et de réparations se poursuivit à travers mille obstacles ; aux clameurs répétées, LaFontaine OPPosa toujours un front impassible, et, dans une occurrence, au péril même de sa vie. Ses adversaires ne lui consentirent aucune trève; c'était tout naturel sans doute, mais quelle ne dut pas être sa surprise de voir, au premier rang des plus acharnés à le combattre, son ancien chef Papineau, qu'il avait réintégré dans ses foyers !
De retour au Canada, depuis 1845, le grand agitateur avait d’abord fait mine de rester dans la retraite. L’inaction ne con: enait Pas à son tempérament : la hantise deg jours agités, et peut-être l’ambition de prendre sa revanche sur l’ennemie d'autrefois, l'oligarchie — en réalité défunte, mais pour Ini, toujours vivante et active, — le ramenèrent dans un milieu qui, pour sa gloire, aurait dû lui rester fermé. Quels écueils pour sa renommée l’attendaient de tous côtés ! Il ne les serçut point, ou bien il refusa de les
118 LE RÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE voir. Depuis dix années tout s'était déplacé et transformé sur la scène politique. Personnage dépaysé dans un monde nouveau, il se sentait, à raison de ses idées surannées, de ses haines sauvages et de ses préjugés, comme un étranger au milieu de ses concitoyens réconciliés à l’état actuel des choses et qui redoutaient le retour des agitations dont le nom de Papineau était le symbole.
Lorsque ses discours sonnèrent de nouveau la charge, ils ne purent réveiller aucun écho dans un camp où la paix semblait d'autant plus bienfaisante, que le souvenir angoissant des jours sinistres de ’37 n’avait encore rien perdu de son intensité.
Papineau avait bien promis aux électeurs de Saint-Maurice d'appuyer le ministère libéral. N'étaient-ce pas ses amis qui le composaient ? N’était-ii pas naturel qu’il rendît à LaFontaine l’appui indéfectible que celui-ci lui avait prêté aux jours de la lutte intense ? Mais à peine sur le terrain, l’enthousiasme belliqueux l’emporta bientôt audelà des limites de la remontrance amicale qu’il s'était peut-être assignées. Par des assauts suivis, il en arrive bientôt à l’opposition outrancière qui trouve matière à critique partout. Dès 1848, à la Chambre, en l’absence des ministres occupés à faire renouveler leur mandat par le peuple, il fonce sur les libéraux comme sil avait devant lui Dalhousie, Aylmer et Gosford. Sa verve gouailleuse déploie une énergie farouche. Les chefs libéraux sont des traîtres, dit-il, ils ont demandé le rappel de l’Union en 1841 et aujourd’hui ils l’acceptent ; tous les intérêts publics sont négligés, il faudrait une réforme électorale : la représentation basée sur la population. Toutes ces accusations lancées avec une éloquence violente, emphatique, qui est le carac-
» he songeant plus à refuser son assentiment aux lois de la Chambre ; un conseil législatif en Communion d'idées avec l’Assemblée ; un conseil exécutif
qui n’a d'existence qu’autant que le veulent les représentants du peuple. En quel Pays du monde la liberté s'épanouit-elle dans une sphère plus étendue ?
LaFontaine n’était Pas au poste, mais Chauveau et Cau-
chon, ses deux disciples, veillaient et n’hésitèrent pas à rompre une lance avec Apineau. Le premier, abordant la question de l’Union, cc vient qu’elle ne s’est pas, à l’origine, effectuée à notre avantage, que les députés canadiens ont protesté contre le régime qu’on nous imposait, mais s’ensuit-il qu’ils devraient s’ancrer éternellement dans leur protestation, s’obstiner à demander inutilement à l’An. gleterre la rupture de cette alliance ? « Fallaitil, s’excla. mait Chauveau, se croiser les bras, se laisser lier les mains et laisser pousser jusqu’à leurs dernières conséquences les
Mauvais résultats d’un Mauvais système ? Ne fallait-il pas aussi songer à la législation, songer aux choses pratiques ? Ne fallait-il Pas essayer de reprendre ce qui nous appartenait au moyen de ce qu’on nous avait laissé ? ”
Cauchon qui, à la mort de LaFontaine, se glorifiait d’avoir été le protégé du premier ministre, lequel “ l’avait conduit Par la main ”, se montra sans ménagements pour Papineau. Après avoir mis à néant son argumer: «tion, il lui décoche en finissant sa réponse cette flèche du Parthe :
pe baie er aie ja 0 aug de tree han
“ Je ne puis flétrir la politique du passé, celle de Papineau, parce que les hommes qui l’ont faite étaient consciencieux. J'ai droit de la considérer comme une leçon d’expé:rience et de la condamner parce qu’elle s’est suicidée pour avoir été trop excessive. A quoi nous ont servi les cinquante années de luttes de l’ancien régime, si ce n’est à produire l’état de choses actuel et les iniquités de l’Union ? Il y a des hommes puissants à détruire, mais qui n’ont jamais rien élevé sur les ruines qu’ils ont faites. Avant de consentir à détruire, je veux savoir ce qui doit remplacer nos éléments actuels de société politique...
“ Nous avons quelque chose de, plus à faire que de parler pour les galeries ; je maintiens, moi, qu’au lieu de crier contre ce qui n’est plus, nous devons nous efforcer de sauver l’avenir, contre son gré même, s’il est nécessaire. ”
I1 fallut à Papineau de longs discours pour récapituler tous ses griefs; l’on sentait dans cette déclamation effrénée le souffle inspirateur des interminables quatre-vingt-douze résolutions. L’exil n’avait rien changé à la manière du tribun, toujours enclin à se répandre en longues périodes aussi amères que sonores. Il n’était cependant point encore au terme de ses récriminations ; la courte session de 1848 n’avait établi que les préliminaires des verbeuses philippiques qui devaient retentir à la tribune les années suivantes. !
1 Un rédacteur de la Montreal Gazette, présent pendant nombre d’années aux sessions du Parlement, parlait comme suit des attaques de Papineau:
“Night after night, has the writer of these lines seen Mr. Papineau rise in the House as it were, an old man, eloquent and much embitte in the midst of an unsympathizing assembly, and now in French, and now in Engli:!, pour out the vials of wrath upon the head of Mr. Lafontaine. Mr. Lafontaine, sitting motionless and seldom deigning to make any repl; whatever. We do not remember any parallel to these “ philippiques,” unless indeed, it may be the attacks of Disraeli on Peel, after the passage of the Corn Laws.” — The Montreal Gazette, 1864.